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Culture

Lucien Bourjeily, l’homme pressé

L’artiste de la semaine

Récompensé au Festival international du film de Dubaï pour son film « Ghada el-Eid », Lucien Bourjeily espère que le film sortira dans les salles beyrouthines au mois de février.

28/12/2017

Tout commence pour Lucien Bourjeily lorsqu'il prend des cours d'actorat avec Mounir Abou Debs, à l'école du théâtre contemporain. C'est son maître à penser qui lui insuffle la passion du jeu, de l'histoire et aussi de la relation avec le public. Tout commence là, alors que le jeune homme poursuit en parallèle des cours de publicité et de marketing à la Notre Dame University. Suivant les conseils de sa famille ainsi que ceux de Mounir Abou Debs, il veut se munir dès le début d'outils nécessaires pour assouvir entièrement sa passion.

 

Du théâtre contemporain...
Après cinq ans de carrière dans différentes boîtes de publicité, notamment Saatchi & Saatchi, l'artiste se consacre totalement au théâtre d'improvisation. Il adaptera même une petite nouvelle de Tchekhov, cet auteur dont il se sent très proche, pour en faire d'abord une pièce de théâtre, puis par la suite un court-métrage. Taht el-Ariché (inspiré de At the summer villa) obtiendra le prix du meilleur réalisateur au Beirut Film Festival. Un film au budget infime de 20 dollars qui aura ouvert bien des portes à Lucien Bourjeily. Grâce à ce court-métrage, il pourra décrocher plus facilement une bourse d'études de la commission Fulbright. De 2010 à 2013, il s'installe à Los Angeles où il s'immerge complètement dans le milieu du cinéma. Un tournant dans sa vie, puisque l'homme de théâtre devient homme de cinéma sans distinction aucune. En Amérique, Lucien Bourjeily aura l'occasion de collaborer avec un théâtre de Londres pour un projet intitulé 66 minutes in Damascus, pour rebondir en 2014 sur une autre pièce, Vanishing State. Une pièce interprétée également à Londres où le spectateur s'installe sur la table des négociateurs Sykes-Picot et effectue le partage du Moyen-Orient avec eux.

Des idées, l'auteur qui aime le théâtre de Tchekhov – où la comédie côtoie le drame et le bonheur le malheur – en a plein les poches. Il adapte des pièces, en écrit quelques-unes en relatant des moments de vie. Celle-ci n'est pas entièrement rose ni entièrement noire à ses yeux. Elle est panachée de couleurs et c'est ce qui la rend vivante et vibrante. En collaboration avec le British Council, il écrira une pièce Beirut Syndrome qui a été à l'époque censurée et interdite.

 

...au cinéma
Les déboires avec la censure sont un avant-goût pour d'autres ennuis, quelques années plus tard, avec l'État. Lucien Bourjeily n'est pas quelqu'un à se laisser marcher sur les pieds. Le théâtre et le cinéma font partie de ce combat contre l'injustice et pour les droits de l'homme, auquel il adhère avec courage et conviction.

« La vie est pleine de surprises », comme le dit Tchekhov et elle en réserve quelques-unes à l'artiste qui se voit exposé à ces manifestations activistes contre la politique des déchets. Foncièrement pacifiste mais tout simplement juste, il ne peut rester impavide devant ce qui se passe dans le pays. « Ceux qui ont désespéré du pays l'ont quitté. Moi, je suis encore là », dit-il. Reprenant le chemin des studios, le metteur en scène écrit pendant un an et demi et réalise Ghada el-Eid. Présenté au Festival de Dubaï, le film sera récompensé du Grand Prix du jury. L'artiste est alors satisfait. « Je suis un homme pressé, confie-t-il. C'est un projet qu'il me tardait d'accomplir et je ne pouvais le ranger dans un tiroir en attendant des fonds ou le soutien d'une fondation ou d'une autre. Il me fallait le réaliser et le partager. Il représente le cumul de plusieurs étapes de ma vie. » Dans Ghada el-Eid, où une famille se retrouve autour d'un repas festif après de longues années de séparation, tout ne va pas se passer comme prévu. Un film où chacun peut se retrouver, mais aussi comprendre une société à travers la cellule familiale, dit encore Bourjeily.

Le metteur en scène est un marionnettiste de la vie. Il s'amuse à choisir telle ou telle scène, couper cet extrait de la vie et animer les acteurs. Il leur donne la parole et les fait taire quand il veut. Pour lui, le cinéma, le théâtre, l'écriture, tout se confond en un seul medium qui est « l'histoire ». « Il faut savoir quel format choisir, dit-il, mais au bout du compte, tout se vaut pourvu que le récit soit entendu. L'important c'est d'être honnête avec soi-même et avec la vie. Je n'aime être ni un moralisateur ni un didactique, mais simplement un outil entre les mains du spectateur afin qu'il emprunte la route qu'il veut pour comprendre l'histoire. » Lucien Bourjeily ouvre les fenêtres, voire les tiroirs de son travail, pour que le public continue sans cesse de découvrir de nouvelles facettes de ce travail. Et le faire vivre. « Quand un travail cesse d'interpeller les autres, il meurt tout seul », conclut-il.

1980
Naissance de l'artiste

1999
Rencontre avec Mounir Abou Debs

2009
Première consécration au Festival d'Edimbourgh

2010 à 2013
Bourse Fulbright et études à Los Angeles

2012
Choisi par CNN comme un des leaders des mouvements culturels libanais

2017
Grand Prix du jury au Festival international du film de Dubaï

 

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