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Moyen Orient et Monde

Sotchi : maîtresse du jeu, la Russie peine toutefois à faire cavalier seul

Syrie

Le congrès voulu par Moscou s’est achevé sans grandes avancées, au bout de deux jours mouvementés et confus.

31/01/2018

La réunion de Sotchi s’est terminée comme elle avait commencé : sans perspective prometteuse. Le « Congrès du dialogue national » était censé paver la voie à des négociations menant à l’élaboration d’une nouvelle Constitution syrienne, mais n’a fait qu’exposer les divisions des différents groupes de l’opposition syrienne. Le congrès s’est déroulé dans des circonstances confuses et agitées.

Boycottée par les principaux groupes de l’opposition et les Kurdes, la réunion était censée commencer lundi et durer deux jours. Finalement, elle ne s’est ouverte qu’hier, après le retard de plusieurs heures occasionné par le refus d’autres groupes rebelles d’y participer. Ces derniers étaient bel et bien arrivés à l’aéroport de Sotchi, avec l’intention de se rendre à la réunion, mais lorsqu’ils ont constaté que le logo de la conférence arborait le drapeau gouvernemental syrien et non celui de l’opposition, ils se sont rétractés et sont restés plus de douze heures à l’aéroport avant de rentrer en Turquie.


(Lire aussi : Querelle de drapeau, cris et sifflets : le Congrès du dialogue national syrien tourne au psychodrame)


Une délégation turque les a remplacés dans la station balnéaire russe de la mer Noire.
Le début de la séance a également été mouvementé. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a été interrompu pendant qu’il lisait un message du président russe Vladimir Poutine. « Les conditions sont réunies pour tourner une page tragique de l’histoire du pays », est-il parvenu à lire, avant d’être chahuté et sifflé par plusieurs délégués dénonçant les bombardements russes en Syrie. Tant bien que mal, le congrès s’est conclu par un communiqué final, dans lequel les participants insistent sur le respect de la souveraineté et de l’unité territoriale de la Syrie, ainsi que sur le libre arbitre du peuple syrien, censé pouvoir choisir son avenir. Un « comité constitutionnel » de 150 membres, représentant toutes les instances syriennes, dont celles qui ne se trouvaient pas à Sotchi, doit être créé, avec pour objectif d’étudier l’élaboration d’une nouvelle Constitution, selon M. Lavrov.

La présence à Sotchi du représentant des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, n’a pas non plus conféré la légitimité espérée au congrès, dénigré par les Occidentaux : le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a réaffirmé la nécessité de passer par les Nations unies, et non la Russie, pour trouver une solution au conflit syrien qui fait rage depuis maintenant sept ans. « La résolution de cette crise passera par l’urgence d’une solution sous l’égide des Nations unies (...). Cela ne se passe pas à Sotchi, cela doit se passer à Genève », a-t-il martelé.


(Lire aussi : À Sotchi, Moscou ne parvient pas à imposer sa paix)

Gains russes
Après plus de deux ans d’intervention militaire victorieuse aux côtés du gouvernement de Bachar el-Assad en Syrie, il est temps pour la Russie de transformer ces gains militaires en gains diplomatiques. Malgré la présence de plus de 1 500 participants, le congrès de Sotchi ne semble pas avoir eu le résultat escompté. Est-il pour autant prématuré d’affirmer qu’un échec à Sotchi signifie celui, assuré, de Moscou sur le plan politique ? « Rassembler les acteurs en Russie et dire lesquels peuvent se trouver légitimement autour de la table (dont nombre d’“opposants dans le système” parrainés par Moscou) est incontestablement une force, mais la défection de groupes d’opposition et des Kurdes mine l’efficacité de ce format de négociations. Il serait plus juste de parler d’un demi-échec que d’un fiasco total, dans la mesure où l’on peut imaginer Moscou reprendre l’initiative dans le climat de tension diplomatique actuel », estime Florent Parmentier, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste de la Russie.

Pour nombre d’observateurs, le fait que le congrès ait eu lieu malgré l’absence de groupes kurdes et d’opposition est la preuve que la Russie tente de faire passer une solution au conflit syrien par Moscou, sans grande considération pour les opposants non tolérés par Damas. Sans davantage de pressions sur le régime syrien pour obtenir des compromis, Moscou risque l’embourbement en Syrie. Composer avec le reste de la communauté internationale pour atteindre ses objectifs politiques, qui visent à aboutir à une solution négociée et à attirer les investisseurs pour entamer la reconstruction de la Syrie, pourrait s’avérer être une solution viable. « Sur le plan politique, son sommet pour la paix est la preuve d’une diplomatie capable de prendre des initiatives – mais qui ne maîtrise pas l’ensemble du jeu. La Russie n’est pas seule, mais sa capacité d’initiative (militaire, politique et économique) l’a avantageusement positionnée dans un jeu compliqué », avance M. Parmentier, selon lequel la reconstruction de la Syrie ne reposera pas sur la Russie uniquement, mais « se fera également avec bon nombre de capitaux étrangers, plus probablement chinois que russes ».


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