Une femme inspecte les décombres d'un bâtiment effondré dans la ville de Nabatieh al-Faouqa, au sud du Liban, le 23 juin 2026. Photo Fadel ITANI / AFP
Le chef de l'Etat, Joseph Aoun, a une nouvelle fois insisté sur l'importance de considérer les négociations à Washington, menées directement entre le Liban et Israël et focalisé sur la consolidation du cessez-le-feu et le retrait israélien, comme « distinctes » des pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis. Le chef de l'Etat a confirmé que la question des « zones pilotes » desquelles doit se retirer l'armée israélienne dans le Sud occupé, doit être au centre des discussions qui se poursuivront en soirée, tandis qu'un responsable sécuritaire anonyme avait confié en matinée à Reuters que les pourparlers seraient menés au niveau militaire uniquement ce mercredi.
Devant une délégation de parlementaires britanniques, M. Aoun a affirmé que « les efforts se poursuivent pour consolider le cessez-le-feu dans le Sud ». Selon lui, cela doit s'accompagner du retrait des forces israéliennes des territoires occupés et du déploiement dans le Sud de l'armée libanaise, du retour des déplacés sur leurs terres, de la libération des prisonniers libanais en Israël et du lancement du processus de reconstruction, autant d'objectifs martelés depuis des mois par les autorités. Le chef de l'Etat a encore indiqué que les discussions doivent se poursuivre à Washington sur plusieurs sujets, dont « les mesures de sécurité nécessaires au rétablissement de la stabilité dans le Sud et à l’extension de l’autorité de l’État jusqu’à la frontière sud reconnue internationalement ». Dans ce cadre, la question des « zones pilotes », dont Israël doit se retirer pour permettre à l'armée libanaise de s'y déployer » « reste à l'étude », en attente de « l'approbation de la partie israélienne ».
Mercredi, l’ambassadeur américain au Liban, Michael Issa, a indiqué à la chaîne al-Jadeed que de nouvelles difficultés étaient apparues mardi lors des discussions entre les délégations libanaise et israélienne engagées dans les négociations à Washington. « Il y a eu un blocage hier entre les deux délégations, mais nous espérons qu’il sera résolu aujourd’hui », a-t-il déclaré.
Formation des soldats libanais
Plus tôt dans la journée, des responsables israéliens ont indiqué, sous couvert de l'anonymat, à Reuters, que les troupes libanaises concernées par un déploiement dans ces « zones » devraient suivre une formation donnée par les Américains et feraient l'objet d'un processus de vérification de leurs antécédents afin de s'assurer qu'elles ne sont pas liées au Hezbollah, tandis qu'Israël maintiendrait une présence militaire dans la « zone tampon » établie de facto le long de la frontière. Cette zone, qui s'étend sur une dizaine de kilomètres de profondeur, couvre plus de 600 km2 du territoire libanais et des dizaines de villages, dont beaucoup ont été totalement démolis. La proposition d'établissement de « zones pilotes » et le maintien de troupes israéliennes en territoire occupé sont rejetés par le Hezbollah, qui critique également les négociations directes entre le Liban et Israël. Un haut responsable sécuritaire libanais a, lui, indiqué à Reuters que les discussions seraient consacrées à des échanges entre les délégations militaires uniquement, sur les « zones pilotes » et sur un calendrier de retrait. Selon cette source, aucun plan éventuel de retrait ne sera divulgué avant la dernière journée de pourparlers, prévue jeudi. Ce responsable n'a pas répondu à une demande de commentaire concernant les affirmations israéliennes au sujet du processus américain de vérification des soldats libanais déployés.
M.. Aoun a en outre insisté sur le fait que « les négociations » entre le Liban et Israël sont « distinctes des conclusions des réunions tenues en Suisse la semaine dernière entre les États-Unis et l’Iran sous médiation du Qatar et du Pakistan ». A l'issue de plusieurs heures de réunions en Suisse, les deux médiateurs avaient publié un communiqué qui annonçait notamment la création d'une « cellule de désescalade » pour le conflit entre le Hezbollah et les Israéliens. À ce sujet, le Premier ministre qatari Mohammad ben Abdelrahmane al-Thani a indiqué au Financial Times que ce mécanisme aurait pour objectif de « vérifier les violations du cessez-le-feu, en coordination entre le gouvernement libanais, le commandement central américain (Centcom), l'Iran et les médiateurs » pakistanais et qatari. Dans son entretien, le responsable qatari a encore dénoncé une riposte « disproportionnée » des Israéliens dans le conflit avec le Hezbollah, accusant le gouvernement de Benjamin Netanyahu d'avoir « aggravé les conflits au lieu de les désescalader. »
La Finul et le soutien à l'armée
Joseph Aoun a par ailleurs souhaité, devant la délégation britannique, que les aides au Liban se poursuivent en provenance de Londres, et surtout « au profit de l'armée libanaise », notamment en ce qui concerne les programmes de formations des militaires et la construction de miradors frontaliers. En février 2024, Londres aurait proposé la construction de miradors à la frontière sud, similaires aux tours de surveillance déjà installées depuis une dizaine d'années dans la région de Baalbeck. Londres avait concrétisé en 2012 la construction de 82 tours et bases d'opérations avancées, pour superviser la frontière avec la Syrie face à toute tentative d'infiltration au Liban. Le président a encore plaidé pour le maintien d'une présence internationale dans le Sud après le retrait de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), qui doit prendre fin début 2027, soulignant que d'autres pays européens souhaitent selon lui « conserver des contingents » dans le Sud.
De son côté, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a également souligné, devant des visiteurs, que si Beyrouth a bien été informée de la création de cette cellule en Suisse, « le processus de Washington est distinct » des pourparlers Iran/Etats-Unis. « Nous avons accepté de participer aux négociations à Washington parce qu’il s’agit de la voie la moins coûteuse pour le Liban. Parviendrons-nous à un accord ? Personne ne peut connaître à l’avance l’issue d’une négociation. Mais nous savons parfaitement ce que nous en attendons : le retrait complet d’Israël », a-t-il ajouté, affirmant que Beyrouth n'acceptera pas « le maintien » des forces israéliennes « ni en cinq points, ni en deux » sur le territoire libanais. Selon lui, « il est normal que les Israéliens proposent des arrangements sécuritaires, parmi lesquels nous examinerons ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ». Concernant le désarmement du Hezbollah, M. Salam a affirmé ne demander au parti chiite « que de respecter ses engagements... pris en 2006 lorsque le gouvernement a promis d'appliquer la résolution 1701 » du Conseil de sécurité de l'ONU qui a mis fin à un mois de conflit entre le mouvement et Israël, puis en 2024 « à travers l'accord de cessez-le-feu. » « Nous ne cherchons pas à monopoliser les armes pour satisfaire Israël. Il s’agit d’une question purement libanaise, sur laquelle un consensus existe et dont l’application a été retardée pendant trop longtemps, depuis l’accord de Taëf », en 1989.


