Avec l’ouverture mardi du cinquième round des négociations directes entre le Liban et Israël sous parrainage américain, les spéculations se multiplient sur leurs résultats, surtout qu’elles devraient examiner en profondeur la situation militaire et les détails techniques au Liban-Sud. Car depuis l'annonce, samedi, d'un cessez-le-feu à partir de la Suisse (où se tiennent les négociations entre les États-Unis et l'Iran), les négociateurs à Washington peuvent passer à des questions purement relatives à la situation sur le terrain au Sud. Dans ce contexte, l’idée lancée par les Israéliens et agréée par les Américains de créer des « zones pilotes » – d'où les Israéliens se retireraient, permettant à l'armée libanaise de se déployer – devrait forcément être au cœur des discussions. Mais le tandem chiite, en particulier le Hezbollah, rejette cette idée, considérant qu’elle donne aux Israéliens des avantages qu’ils n’ont pas pu obtenir par la guerre.
L’idée de départ consiste en effet à découper le sud du Liban, et en particulier la région au sud du Litani, en zones expérimentales, desquelles les Israéliens se retireraient pour laisser la place à l’armée libanaise. Celle-ci sera alors chargée de les « nettoyer » de toute présence du Hezbollah et de ses installations. Il s’agirait donc d’un plan par étapes, dont l’application serait évaluée au fur et à mesure, afin de bâtir la confiance entre les parties en présence. Mais Nabih Berry et le Hezbollah ont aussitôt estimé que cette proposition renfermait de nombreux pièges.
Le premier piège, selon le Hezbollah, se cache dans la définition géographique des zones dites pilotes. En principe, il s’agit de choisir des secteurs au sud du Litani, mais il craint que les Israéliens ne cherchent à tourner le découpage à leur avantage en choisissant des secteurs qu’ils ne contrôlent pas réellement. Ce qui leur permettrait de laisser l’armée libanaise faire le travail à leur place et de détruire les infrastructures du Hezbollah, alors qu’ils n’ont pas pu le faire eux-mêmes. Le Hezbollah soupçonne ainsi les Israéliens de vouloir placer la colline de Ali Taher et ses environs parmi les « zones pilotes », alors qu’en dépit de plusieurs attaques intensives, ils n’ont pas pu en prendre le contrôle. De même pour Zaoutar, où des combats « à distance zéro » ont eu lieu sans permettre aux Israéliens de s’en emparer. Pour le tandem chiite, les « zones pilotes » pourraient être un moyen pour les Israéliens d’obtenir un retrait total du Hezbollah et la destruction de ses infrastructures, sans concessions de leur part.
Le second piège pour le Hezbollah, c’est le risque de prolonger indéfiniment le processus de retrait en créant des « zones pilotes » de petite superficie, composées de deux ou trois localités, sachant que le plan prévoit de terminer une zone avant de passer à une autre. C’est dans cette optique, d’ailleurs, que le président de la Chambre a proposé de prendre le caza comme base des « zones pilotes », d’abord pour accélérer le processus de retrait qui, ainsi, ne devrait pas s’éterniser, et pour éviter aussi d’interminables débats sur l’inclusion de certaines localités plutôt que d’autres.
Le troisième piège, toujours pour le Hezbollah, c’est le mode d’action proposé, qui comporte des démarches assez floues, facilitant une coopération entre l’armée libanaise et les Israéliens au détriment du parti chiite. Il est prévu, par exemple, que les Israéliens, s’ils se trouvent sur ce lieu, s’en retirent, en même temps que les combattants du Hezbollah. L’armée pourrait alors se déployer et procéder à ce que les Israéliens appellent « le nettoyage » de la région de toute présence ou toute infrastructure du parti. Mais les Israéliens seraient alors en position de juger et d’évaluer le travail accompli par l’armée. Cette situation est jugée inacceptable, voire désobligeante, pour l’armée et pour le Liban en général. Elle donne en tout cas, aux yeux du Hezbollah, des avantages aux Israéliens, que le Hezbollah ne perçoit pas comme des « vainqueurs ».
Le quatrième piège, c’est que l’ensemble du processus est censé se dérouler sans que les Israéliens soient contraints de suspendre les survols de leurs avions et de leurs drones. Ce qui leur permettrait de surveiller l’exécution des « zones pilotes » et d’accéder ainsi à des informations secrètes sur l’action de l’armée, ses moyens et ses méthodes.
Enfin, le cinquième piège, c’est justement que ce processus semble jeter les fondements d’une sorte de coopération sur le terrain entre l’armée et les forces israéliennes, ce que le Hezbollah rejette. Pour toutes ces raisons et peut-être pour d’autres, plus précises et techniques, Berry et le Hezbollah ne sont pas favorables à l’idée « des zones pilotes » telle qu’elle est proposée.

