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Moyen Orient et Monde

Querelle de drapeau, cris et sifflets : le Congrès du dialogue national syrien tourne au psychodrame

Récit

L’ouverture des débats, hier à Sotchi, a exposé les divisions, faute d’apporter une avancée concrète en vue d’un règlement politique.

OLJ/Agences
31/01/2018

Portes qui claquent, querelle de drapeau et sifflets : la réunion convoquée par la Russie entre représentants de la société civile et politique syrienne, à Sotchi, a exposé leurs divisions, faute d’apporter une avancée concrète en vue d’un règlement politique.

Cela fait des mois que la Russie tente de mettre dans une même salle, dans cette station balnéaire de la mer Noire, des représentants du pouvoir et de l’opposition. Et de transformer ainsi les succès militaires du régime de Bachar el-Assad, soutenu par l’aviation russe, en amorce de solution diplomatique au conflit qui a fait plus de 340 000 morts depuis 2011. Boudé par les principaux groupes d’opposition, les Kurdes et les Occidentaux, le Congrès du dialogue national syrien, convoqué par Moscou avec le soutien de Téhéran et Ankara, partait avec des ambitions modestes. Pas question d’aborder le sort de M. Assad, revenu en position de force grâce à l’intervention russe, mais plutôt de discuter d’une nouvelle Constitution.

Loin de l’ambiance feutrée des rencontres diplomatiques, l’ouverture des débats, avec plus de deux heures de retard, a vu le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, interrompu par les sifflets et les cris alors qu’il lisait un message de Vladimir Poutine. « Vive la Russie ! » criaient certains participants, alors que d’autres accusaient la Russie de « tuer des civils » en Syrie. La scène a été diffusée en direct à la télévision russe.


(Lire aussi : Sotchi : maîtresse du jeu, la Russie peine toutefois à faire cavalier seul)


« Les conditions sont réunies pour tourner une page tragique de l’histoire du pays », est-il parvenu à lire. « Seul le peuple syrien a le droit de déterminer le futur de son pays », a-t-il ajouté, fixant pour « objectif-clé de déterminer une vision générale des perspectives pour surmonter cette crise ». Moscou, qui avait lancé plus de 1 600 invitations, assure que la société syrienne était représentée dans son ensemble à Sotchi. Mais la plupart des participants sont affiliés soit au parti Baas au pouvoir, qui fait office de représentant du régime, soit à ses alliés, soit à l’opposition dite « tolérée ».

Avant même de commencer, la réunion avait tourné au psychodrame. Un groupe d’environ 80 rebelles venus d’Ankara ont découvert avec fureur, à leur arrivée lundi soir à l’aéroport de Sotchi, que le logo de la conférence ne comportait que le drapeau officiel syrien et pas celui créé par l’opposition au début du conflit, avec trois étoiles entre des bandes verte et noire. Face à leur refus de quitter le terminal, où ils ont passé la nuit, les organisateurs ont accepté d’éteindre l’éclairage de certains panneaux d’affichage et de changer leurs badges. Des feuilles blanches ont été placées sur certaines pancartes. En vain.


(Lire aussi : À Sotchi, Moscou ne parvient pas à imposer sa paix)



Refus catégorique
Après plusieurs heures de tractations et deux coups de téléphone entre M. Lavrov et son homologue turc, Mevlüt Cavusoglu, pour tenter de les convaincre, le groupe a décidé de reprendre l’avion. « Les négociations se sont achevées sur notre refus catégorique de participer à Sotchi », a expliqué Ahmad al-Saoud, qui dirige la Division 13, un groupe rebelle soutenu par les États-Unis. Après l’échec des discussions organisées par l’ONU à Vienne, le Comité des négociations syriennes (CNS), qui représente les principaux groupes d’opposition, avait déjà prévenu qu’il ne participerait pas à Sotchi. Les Kurdes, qui ont établi une autonomie de facto dans le nord de la Syrie, avaient pris une décision similaire, accusant Moscou d’avoir donné son accord à l’offensive turque qui vise depuis le 20 janvier leur enclave de Afrine.

La séance plénière a, en outre, dû être suspendue en raison de violents désaccords sur le choix du président de cette conférence.
« Nous attendrons, nous gagnerons, nous aurons une nouvelle Constitution, et nous commencerons un nouveau processus politique, même si tout cela nous prend beaucoup plus de temps que prévu », a assuré à la presse Randa Kassis, opposante laïque et coprésidente du Groupe de Moscou, proche de la Russie. Un député du parti Baas, Ahmad al-Kuzbari, a assuré cependant que l’objectif des discussions lancées à Sotchi était de discuter de changements non contraignants à la Constitution actuelle, pas d’en rédiger une nouvelle.

La Russie s’est imposée comme un acteur majeur du conflit syrien avec son intervention militaire lancée en septembre 2015, qui a permis à Bachar el-Assad de reprendre l’avantage sur le terrain. Elle a parrainé avec l’Iran et la Turquie les pourparlers d’Astana, qui ont abouti à la création de « zones de désescalade » permettant d’abaisser les tensions sur le terrain, mais elle peine à transformer ces résultats en avancée politique. Outre la réticence de l’opposition et le refus d’Ankara d’y intégrer les Kurdes, les Occidentaux se sont montrés sceptiques quant à cette initiative russe. Ils craignent qu’elle n’affaiblisse les discussions sous l’égide de l’ONU à Genève et ne vise à obtenir un accord de paix avantageant le régime de Damas.


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