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Moyen Orient et Monde

À Sotchi, Moscou ne parvient pas à imposer sa paix

Syrie

Le régime poursuit son offensive contre la province d’Idleb.

30/01/2018

Avec Sotchi, Moscou espérait enfin imposer sa paix en Syrie. Mais, une fois encore, celle-ci devra attendre. L’absence à la fois des principaux opposants au régime de Bachar el-Assad – plus d’une trentaine de groupes rebelles syriens – mais aussi des Kurdes, à la veille de la réunion qui se tient aujourd’hui dans la station balnéaire, constitue un sérieux camouflet pour Moscou. L’absence de ces acteurs majeurs du conflit n’est pas vraiment une surprise puisque plusieurs dizaines de groupes de l’opposition syrienne avaient annoncé le mois dernier qu’ils n’avaient pas l’intention de se rendre à Sotchi. La diplomatie russe, à l’origine du cycle de pourparlers à Astana, avait déjà tenté d’organiser des négociations entre régime et rebelles syriens à Sotchi en novembre, mais le projet avait périclité, qualifié de « blague de mauvais goût » par les opposants syriens.

Alors que la question de la participation des Kurdes syriens à la table des précédentes négociations avait, à plusieurs reprises, posé problème pour Ankara, qui considère le PYD (Parti de l’Union démocratique) comme une organisation terroriste, les derniers développements sur le terrain ont de facto écarté leur présence à Sotchi. Ces derniers ont annoncé dimanche qu’ils ne s’y rendraient pas, accusant la Russie et la Turquie, marraines de la réunion, de s’être mises d’accord sur Afrine, enclave kurde du Nord syrien, cible d’une offensive turque depuis plus d’une semaine. Pour Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie au CNRS d’Aix-en-Provence, contacté par L’Orient-Le Jour, cette nouvelle session de pourparlers constitue un véritable échec. « Non seulement ils n’ont pas réussi à avoir le comité de négociations (CNS), que les Russes considèrent aujourd’hui comme l’opposition radicale au sein de la coalition nationale et de l’armée syrienne libre, mais également le HCN, considéré par certains comme modérés et pour d’autres comme proches du régime, ce qui est surprenant. Le comble est qu’il y a même certains membres de la plateforme de Moscou qui ne veulent pas y participer », estime l’analyste.


(Lire aussi : A Afrine, les Kurdes en appellent au régime syrien, sans céder sur leur autonomie)


Minimiser l’affront
À l’initiative de Moscou et de Téhéran, alliés du régime de Damas, et d’Ankara, soutien des rebelles, la conférence vise à réunir des représentants du pouvoir et des rebelles pour définir une nouvelle Constitution pour le pays. Le porte-parole du Kremlin pour la Syrie Alexandre Lavrentiev a tenu à minimiser ce revers auprès de l’agence TASS hier en annonçant que plus de 1 500 personnes sont attendues, sur plus de 1 600 invitations lancées, y compris des représentants de l’opposition « à titre individuel » et des Kurdes dont il n’a pas précisé l’affiliation. De son côté, le gouvernement syrien n’est pas représenté directement, mais par des mouvements et des partis qui soutiennent Bachar el-Assad. Ces refus « témoignent du fait que des percées immédiates sont peu probables concernant le règlement politique en Syrie », a en outre reconnu hier le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. Mais, dans la course au règlement diplomatique de la crise, le processus initié par Moscou n’est pas le seul à être à la traîne, puisque les derniers pourparlers de Vienne jeudi et vendredi derniers, sous l’égide de l’ONU, ont clairement été un échec.

En visite à Tokyo, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a estimé que Sotchi ne permettra « pas non plus cette avancée puisqu’une partie essentielle ne (sera) pas là », faisant allusion à l’opposition syrienne. Un porte-parole du Quai d’Orsay a indiqué que la France ne participerait pas à cette réunion. En revanche, l’émissaire pour la Syrie, Staffan de Mistura, devrait être présent. « Le seul processus de paix est celui basé sur les résolutions de Genève 1, telles que la 2118 et la 2254, estime Mohammad Adib, membre du bureau politique du Front du Levant, groupe affilié à l’Armée syrienne libre (ASL), interrogé par L’Orient-Le Jour. » « La Russie n’a pas réussi à faire pression sur Assad qui ne fait que retarder le processus, ce qu’a confirmé De Mistura à Genève », poursuit Mohammad Adib. « Ce n’est pas non plus une urgence absolue pour la Russie, car ce n’est pas comme si elle devait absolument se défaire du dossier syrien dans les trois mois qui viennent », analyse de son côté Thomas Pierret. Ce qui n’empêche pas Moscou de se montrer prévoyant, car, malgré les annonces de victoire de Damas, « un retournement de tendances n’est pas impossible », nuance le spécialiste.


(Lire aussi : Dans les hôpitaux d'Afrine, l'offensive turque fait craindre une "tragédie")


Offensive du régime à Idleb
Depuis le lancement en septembre 2015 d’une campagne militaire russe en Syrie pour soutenir Damas, la Russie est devenue l’un des acteurs-clés du conflit, sur le terrain comme sur le théâtre diplomatique. Elle a aidé le régime syrien à reprendre de nombreux territoires et affaiblir les groupes rebelles. « Sur le terrain, la situation est plutôt bonne pour les Russes », poursuit Thomas Pierret. L’aviation russe continue d’appuyer l’armée syrienne qui mène depuis fin décembre une opération pour reconquérir la province d’Idleb. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), au moins 33 civils ont été tués ces dernières 24 heures dans des frappes aériennes du régime dans cette région. « Moscou est en train de punir les rebelles de l’affront fait en ne venant pas à Sotchi », estime une source au sein de la rébellion interrogée via Whatsapp par L’Orient-Le Jour. Même si la Russie profite d’une avancée considérable sur le terrain, elle ne parvient pas à la convertir en gain diplomatique et pour cause : « La Russie se pose en médiateur alors qu’elle bombarde tout ce qui bouge dans la province d’Idleb, ce qui ne la met pas en position idéale », estime Thomas Pierret.



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