Le Conseil des ministres réuni au palais de Baabda, le 9 avril 2026. Photo tirée du compte X de la présidence de la République
Le Hezbollah affirme être sorti « victorieux » de la dernière guerre avec Israël et de l’accord irano-américain. Mais il semble qu’il lui sera difficile de monnayer son « triomphe » sur la scène politique. Ou du moins au niveau du gouvernement. Car à l’heure où les milieux de la milice assurent qu’elle pourrait réclamer un remaniement ministériel en sa faveur, elle pourrait vite se heurter à ses limites politiques. Le cabinet Salam bénéficie, en effet, du soutien d’un large éventail de protagonistes locaux et de la communauté internationale, à commencer par les Américains et les Saoudiens. Un remaniement susceptible de bouleverser les équilibres au sein du gouvernement pourrait donc se heurter au veto de nombreux acteurs.
Des informations rapportées par la presse locale indiquent que certaines modifications pourraient être apportées au sein du gouvernement, sous l’effet notamment d’un forcing du Hezbollah, enhardi par le contexte régional. Si celui-ci s’en défend officiellement, des sources proches du parti chiite indiquent que des « idées portant sur d’éventuels changements de la composition du gouvernement » seraient évoquées dans les coulisses. Selon les informations de L’Orient-Le Jour, les ministres concernés seraient : Joe Raggi (Affaires étrangères, Forces libanaises), Adel Nassar (Justice, Kataëb), Fadi Makki (Développement administratif, chiite non inféodé au tandem Amal-Hezbollah) et Paul Morcos (Information, relevant de la quote-part du président de la République). Un choix loin de relever du simple hasard. Il découlerait d’une volonté du Hezbollah de régler ses comptes avec ces ministres, les partis politiques auxquels ils sont affiliés et, surtout, le chef du gouvernement, Nawaf Salam.
Tel est évidemment le cas de Joe Raggi, porteur d’un discours sévère contre la milice pro-iranienne. « Il y a surtout le fait qu’il a déclaré l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth, Mohammad Reza Chibani, persona non grata », commente un proche de la formation. Il ajoute, dans ce cadre, que le ministre de la Justice, Adel Nassar, est dans le collimateur du parti pour plusieurs raisons. « Il a déclaré la guerre au Qard al-Hassan (société de microcrédit du Hezbollah) qu’il veut traduire en justice, au même titre que le secrétaire général du parti, Naïm Kassem, qui fait l’objet de plusieurs demandes de poursuites depuis plus d’un an ». De même source, on apprend que le Hezbollah reproche au ministre de l’Information sa décision d’interdire aux médias officiels, conformément aux décisions gouvernementales, d’employer le terme « résistance » pour évoquer les activités du Hezbollah. Quant à M. Makki, on lui reproche son « manque de coordination » avec le tandem chiite, qui veut monopoliser la représentation de sa communauté. Certes, M. Makki s’est retiré des deux séances gouvernementales des 5 et 7 août 2025, consacrées au désarmement du Hezbollah. Mais à d’autres occasions, il a maintenu sa marge de manœuvre. Cependant, en s’attaquant au « ministre-roi », le Hezbollah semble vouloir porter un coup dur au chef du gouvernement, Nawaf Salam. Plusieurs observateurs estiment, dans ce cadre, que le but ultime de la milice pro-iranienne sera de détenir à nouveau le tiers de blocage qui lui avait été difficilement arraché en février 2025.
« Tout cela n’est encore que des idées en discussion. Mais rien n’est officiel », précise le proche du Hezbollah cité plus haut. Une impression confirmée par les milieux officiels. L’OLJ a en effet appris qu’aucun des ministres concernés n’a été notifié d’une volonté de mettre fin à sa mission au sein du gouvernement. « Tout ce qui se dit à ce sujet dans les médias n’est que rumeurs et analyses de presse », affirme un proche de la présidence de la République. « Nawaf Salam n’entend en aucun cas introduire des changements dans son équipe. Il ne va pas ouvrir cette porte aujourd’hui », appuie une source gouvernementale.
« S’ils peuvent faire tomber le gouvernement, qu’ils le fassent »
Dans ce cadre, un député anti-Hezbollah laisse entendre que le parti n’a les moyens ni de faire chuter le gouvernement ni d’y introduire des changements qui lui seraient favorables. D’abord, parce que Nawaf Salam est soutenu par plusieurs pays dont l’Arabie saoudite. Des sources concordantes indiquent dans ce cadre que l’émissaire spécial de Riyad, Yazid ben Farhane, a clairement fait comprendre à ses interlocuteurs libanais lors de son récent passage à Beyrouth que le royaume insiste pour le maintien du gouvernement. De son côté, le vice-président américain, JD Vance, a indiqué dans une lettre adressée mardi au leader des FL, Samir Geagea, qu’aux yeux des États-Unis, le président de la République et le gouvernement Salam « sont le seul pouvoir légitime du pays », réitérant ainsi le soutien américain au cabinet.
Plus encore, le camp anti-Hezbollah ne restera pas les bras croisés. « Nous allons défendre notre ministre jusqu’au bout », affirme le porte-parole des FL, Charles Jabbour. Idem pour les Kataëb qui excluent la possibilité de retirer M. Nassar de son poste. « S’ils peuvent faire tomber le gouvernement à la Chambre, qu’ils le fassent, mais nous les affronterons », poursuit M. Jabbour. D’ailleurs, le Hezbollah pourrait ne pas compter sur le président de la Chambre, Nabih Berry, pour mener cette bataille, le chef du législatif étant hostile à une chute du cabinet. À son tour, le leader druze Walid Joumblatt risque de ne pas être de la partie. « Il ne va pas jouer un jeu qui le mènerait à franchir une ligne rouge saoudienne », estime le député anti-Hezbollah.



