Promotion 1994

Aoun et Berry campent sur leurs positions... en attendant Hariri ?

Le Hezbollah reconnaît se trouver en porte-à-faux par rapport à ses deux alliés.

L’audience hebdomadaire de Nabih Berry, hier, à Aïn el-Tiné. Photo ANI

La querelle opposant le président de la République, Michel Aoun, au chef du législatif, Nabih Berry, autour du décret de la « promotion Aoun » est loin de s'estomper dans un proche avenir. Pour rappel, cette grave crise s'était déclenchée après l'adoption, il y a deux semaines, d'un décret accordant une année d'ancienneté aux officiers de l'armée de la promotion 1994.

Le débat portant sur la constitutionnalité de cette procédure (dans la mesure où le décret en question signé par le chef de l'État et le Premier ministre est dépourvu du contreseing du ministre des Finances Ali Hassan Khalil) a fini par prendre une coloration politique. D'autant que le locataire de Aïn el-Tiné est monté au créneau à plusieurs reprises pour dénoncer « une atteinte à la Constitution et l'accord de Taëf ».

À l'heure où l'on s'attendait à ce que Saad Hariri déploie des efforts pour mettre fin à la querelle entre Baabda et Aïn el-Tiné, Nabih Berry a déclaré hier que « les choses sont toujours telles quelles concernant le décret de la promotion 1994 », appelant par la même occasion au respect de la Constitution et des lois en vigueur, sur ce plan. Ces propos du chef du législatif (qui a reçu hier une délégation du commandement de l'armée) tenus dans le cadre des audiences du mercredi revêtent une importance certaine. D'autant qu'ils sont intervenus à l'heure où des informations ont été véhiculées hier dans les médias, selon lesquelles des proches de Baabda estimeraient que le décret de la promotion 1994 est entré en vigueur dès que le chef de l'État l'a signé, et qu'il n'y a pas besoin de le publier dans le Journal officiel.

 

(Lire aussi : Pourquoi la polémique Aoun-Berry embarrasse le Hezbollah...)

 

Réagissant à ces informations via l'agence locale al-Markaziya, des sources proches de M. Berry les ont interprétées comme une « erreur constitutionnelle », notant que le chef du législatif a présenté des concessions en acceptant de mettre fin à la polémique si le ministre des Finances signait le décret. « Nous attendons que Saad Hariri joue un rôle sur ce plan, en sa qualité de partenaire et responsable de ce dossier », ajoute-t-on de même source.

Sauf que, dans les milieux de Baabda, on précise que la coutume veut que ce décret ne soit pas publié dans le Journal officiel parce qu'il contient les noms des militaires concernés. Commentant la querelle avec Nabih Berry, un proche de Michel Aoun indique à L'Orient-Le Jour que le chef de l'État campe sur ses positions. « Le décret d'ancienneté a été émis et signé par le ministre concerné (le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf), conformément à l'article 54 de la Constitution », a-t-il dit. Dans les mêmes milieux, on rappelle que, dans une décision rendue en 1991, le Conseil d'État avait affirmé qu'un ministre n'a aucun droit de contrôle sur les activités de ses collègues. Une accusation que Ali Hassan Khalil n'a pas tardé à rejeter, réitérant toutefois son attachement à ses « prérogatives constitutionnelles ».

Dans les milieux présidentiels, on exhorte, en outre, ceux qui s'opposent au décret de la promotion 1994 à saisir le Conseil d'État, d'autant qu'il s'agit principalement d'une procédure administrative qui ne devrait pas être politisée.

 

(Lire aussi : L'impasse persiste entre Baabda et Aïn el-Tiné)

 

Message politique
Si certains expliquent cela par une tentative de réduire la querelle à son caractère strictement administratif, le Courant patriotique libre, dont les rapports avec le président de la Chambre passent souvent par des moments de troubles, semble conscient du « message politique » qu'adresse Aïn el-Tiné à Baabda.
À la faveur de cette logique, Salim Aoun, ancien député aouniste de Zahlé, n'a pas manqué de placer le désaccord entre MM. Aoun et Berry dans le cadre de manœuvres visant à modifier l'accord de Taëf. « Certains tentent d'amender l'accord de Taëf, mais cet objectif ne pourrait être atteint au moyen de la querelle observée aujourd'hui », a dit M. Aoun dans un entretien accordé à l'agence al-Markaziya, avant d'aller beaucoup plus loin. « Certains voudraient consacrer le ministère des Finances à une communauté bien déterminée (les chiites). Mais je leur rappelle que, depuis Taëf, plusieurs personnalités (non chiites) ont dirigé ce portefeuille dont notamment Georges Corm, Jihad Azour et Fouad Siniora », a ajouté Salim Aoun, estimant que « si le ministre des Finances n'appartenait pas au mouvement Amal, la polémique n'aurait pas pris tant d'ampleur ».

 

(Lire aussi : Hariri affirme avoir initié une médiation entre Aoun et Berry)

 

Le Hezbollah
Face à ce tableau, nombreux sont ceux qui renvoient la balle dans le camp de Saad Hariri, attendu à Baabda avant le Conseil des ministres pour tenter de régler le problème. D'autant que le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a déclaré hier que ce dossier est désormais entre les mains du chef de l'exécutif.

D'autres préfèrent garder leur regard braqué sur le Hezbollah, dans la mesure où la querelle concerne ces deux alliés traditionnels. Un proche du parti chiite confie, dans ce cadre, à L'OLJ que le Hezbollah se trouve en porte-à-faux par rapport à ses deux alliés, mais que des efforts sont actuellement déployés pour régler les différends entre MM. Aoun et Berry. On insiste aussi sur le caractère strictement légal de la polémique, assurant qu'elle n'aura pas de retombées négatives sur le gouvernement, encore moins sur les législatives de mai prochain.

 

 

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commentaires (6)

En attendant Godot...

Wlek Sanferlou

13 h 14, le 04 janvier 2018

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Commentaires (6)

  • En attendant Godot...

    Wlek Sanferlou

    13 h 14, le 04 janvier 2018

  • Entre les 2 mon coeur balance , je ne sais pas laquelle prendre des 2....... Et une 3eme est attendue. ...lolllllll......

    FRIK-A-FRAK

    12 h 00, le 04 janvier 2018

  • Les Libanais assistent à la querelle entre Michel Aoun et Nabih Berri sur le "sexe" et la constitutionnalité de la procédure de la promotion 1994 tandis que Hariri se réjouit avec des chiffres truqués de la diminution du nombre des réfugiés palestiniens et des déplacés syriens, puisque leur naturalisation en gros et en détails en secret abyssal bat les records.

    Honneur et Patrie

    11 h 17, le 04 janvier 2018

  • Que dit le Conseil Constitutionnel ????

    Beauchard Jacques

    10 h 38, le 04 janvier 2018

  • HARIRI QUE VA-T-IL JOUER, LE ROLE DU BON SAMARITAIN OU CELUI DU DELEGUE HEZBIOTE ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 34, le 04 janvier 2018

  • Pays tribal par excellence ou tout finira à se resoudre quand certaines concessions se feront ressentir par un troc politique .

    Antoine Sabbagha

    09 h 04, le 04 janvier 2018