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Liban

« Les aides internationales potentielles sont assorties de conditions »

Trois questions à Sami Nader...

L'économiste et conseiller stratégique démontre que le gouvernement risque de ne pas profiter du nouveau parrainage international qui s'offre à lui.

21/12/2017

Le nouveau compromis de la présidentielle est-il plus prompt à redynamiser le pays que ne l'était le premier?
Le nouveau compromis, centré sur la distanciation, n'est pas suffisamment fort pour garantir une stabilité politique. Son sponsor, à savoir la France, est en désaccord avec la partie qu'il entend contenir, c'est-à-dire l'Iran. Les tensions entre les deux pays s'exacerbent. La France questionne la politique balistique iranienne et ses « tentations hégémoniques » au Moyen-Orient, et Téhéran lui répond vertement. La problématique politique est la même : l'Iran reste la menace à la stabilité. L'économie demeure donc le rouage du nouveau compromis. La seule originalité est que le nouvel accord part sur des bases plus solides, grâce à l'encadrement diplomatique dont il bénéficie. Le Groupe international de soutien au Liban a été ravivé à Paris, au lendemain du retrait par le Premier ministre Saad Hariri de sa démission. Trois autres conférences sont annoncées, dont Paris IV. La nuance est que les aides internationales potentielles sont assorties de conditions : le Liban doit procéder à des réformes structurelles devant optimiser la mise en œuvre de ces aides.

La terminologie employée par le GIS dans son communiqué final, sur la transparence et les réformes nécessaires, est on ne peut plus claire. Cela avait été l'originalité de Paris III, mais aussi la cause de son échec, révélant l'incapacité du Liban à mener de telles réformes. Rien n'indique jusqu'à nouvel ordre que l'actuel gouvernement réussira à mener les réformes attendues. D'ailleurs, il me semble que la tenue de Paris IV, bien qu'annoncée de prime abord pour mars prochain, doive attendre les législatives et la formation d'un nouveau gouvernement.

 

(Lire aussi : Pétrole offshore : Berry réclame une "accélération" des procédures)

 

Pourtant, le Conseil des ministres vient de marquer une avancée sur le dossier des ressources offshore...
C'est justement la gestion du dossier des hydrocarbures qui révèle le mieux l'absence d'une volonté officielle de réforme. En réduisant le débat économique à ce dossier – c'est avec lui que le mandat Aoun a été entamé, et avec lui que le retour de Saad Hariri a été scellé –, le gouvernement occulte la question prioritaire de la réforme économique globale. Sa première erreur est de surestimer le potentiel du secteur gazo-pétrolier, tout en négligeant d'autres secteurs, comme le tourisme, ou des secteurs à potentiel d'exports, plus rentables et plus propices à un développement économique durable.

Faut-il rappeler que le pétrole est une richesse épuisable qui, de surcroît, voit son prix en baisse sur le long terme ? Entretenir l'illusion que le pétrole viendra combler le déficit budgétaire risque aussi de couvrir les effets pervers de son exploitation. Des effets observés dans la plupart des pays pétroliers, souffrant du règne des mafias qui en tirent les bénéfices, comme en Libye, au Nigeria, au Venezuela...C'est pour éviter ce danger que des pays du Golfe, comme l'Arabie et les Émirats arabes unis, ont opté pour la diversification de leur économie. Le Liban, dont l'économie est naturellement diversifiée, a choisi de la réduire au secteur pétrolier. Non seulement il renonce à ses atouts, mais il va à contresens des nouvelles stratégies mises au point par des exportateurs de pétrole bien plus pesants que lui. L'on peut se demander quelles sont, pour le gouvernement, les motivations réelles d'une telle démarche...

 

Le parrainage français n'est-il pas un gage suffisant de réforme ?
Chacun a ses intérêts propres. La France a un intérêt géoéconomique au compromis libanais, qui apparaît par exemple dans la présence du géant Total dans le consortium sélectionné pour l'exploitation de deux blocs dans la zone économique exclusive libanaise. Le terrain libanais pourrait aussi servir l'objectif plus large de la France de s'investir dans la reconstruction de la Syrie, objet de rivalités qui s'annoncent déjà, notamment avec la Russie... Les forces politiques libanaises ont elles aussi leurs intérêts. Et c'est de ceux-ci que le succès de la réforme économique au Liban reste principalement tributaire.

 

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Bery tus

Très bon et très fort Mr Sami Nader ... bravo

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PERSONNE NE DONNE SANS PRENDRE... C,EST LA DEVISE DES INTERETS !

gaby sioufi

QU'ON SE LE TIENNE POUR DIT ET QUE CA S'ANCRE DANS SA CERVELLE :

LE LIBAN EST PLUS GRAND, BIEN PLUS GRAND ET IMPORTANT POUR QUE QUI QUE CE SOIT LUI POSE DES CONDITIONS.

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