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Moyen Orient et Monde

Dans l’embarras, Abbas joue sa légitimité

Éclairage

Les déclarations américaines font le jeu du Hamas en plein processus de réconciliation interpalestinienne.

09/12/2017

La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël met en difficulté le président palestinien Mahmoud Abbas, qui a toujours misé sur une médiation diplomatique pour parvenir à une solution dans le conflit israélo-palestinien. Peu après l'annonce du président américain, le leader palestinien est monté au créneau en affirmant que « les États-Unis ne pouvaient plus jouer le rôle de médiateur dans le processus de paix ». Mais cette prise de distance avec Washington ne suffit pas à cacher, aux yeux de nombreux Palestiniens, le sentiment d'un échec stratégique de la part du couple Fateh/OLP.

Depuis, le processus ayant abouti aux accords d'Oslo en 1993, les deux organisations misent en effet sur la voie diplomatique, via une médiation américaine, dans l'espoir de faire avancer les négociations de paix. Malgré les échecs des différentes tentatives, malgré la poursuite de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens, le duo Fateh/OLP n'a jamais remis en question son cap stratégique, continuant d'insister sur la nécessité d'un dialogue pour parvenir à « une solution à deux États ». C'est toute cette entreprise qui est aujourd'hui fragilisée par le président américain. « Le Fateh est maintenant vu comme un acteur qui n'obtient pas grand-chose », affirme à L'Orient-Le Jour Julien Théron, enseignant en conflits et sécurité internationaux à Sciences-Po Paris. « Vu la configuration actuelle et l'absence de progrès depuis très longtemps du processus de paix, on peut imaginer que c'est une position qui est très difficile pour lui », poursuit-il.

 

(Lire aussi : Washington peut-il encore jouer les arbitres entre Israéliens et Palestiniens ?)

 

Le président Abbas est d'autant plus mis dans l'embarras que ces déclarations arrivent en plein processus de réconciliation entre son mouvement et l'organisation islamiste rivale, le Hamas. Même s'il a quelque peu édulcoré sa position au cours de ces derniers mois, le mouvement islamiste continue de prôner une stratégie de lutte armée contre l'État hébreu, ce qui rendait déjà la réconciliation entre les deux mouvements délicate. En position de force, compte tenu de sa tactique d'étranglement de la banlieue de Gaza, le président palestinien réclamait le désarmement des milices du Hamas, et la soumission politique du mouvement islamiste à l'Autorité palestinienne. Il ne semble désormais plus en position de le faire. Même si le statut de Jérusalem fait consensus au sein des factions palestiniennes, la décision américaine remet en exergue leurs divergences fondamentales sur la meilleure stratégie à adopter. Le leader du Hamas, Ismaïl Haniyé, a appelé jeudi à une « troisième intifada contre l'ennemi sioniste ». Mais il a, dans le même temps, également critiqué indirectement la politique de son rival. « Nous devons prendre des décisions et construire une nouvelle stratégie pour faire face au nouveau complot contre la Palestine », a déclaré M. Haniyé. « L'Autorité palestinienne doit être assez courageuse pour se débarrasser des accords d'Oslo et des conditions arbitraires pour les Palestiniens dans ces accords », a-t-il ajouté. « Il y a une division stratégique entre les deux acteurs à un moment où ils étaient sur une ligne convergente », décrypte Julien Théron.

 

(Lire aussi : Que peuvent faire les Arabes face à Trump ?le commentaire d'Anthony Samrani)

 

« Un État unique avec des droits égaux »
Mis à mal du fait de sa mauvaise gestion de la banlieue de Gaza, le Hamas reprend des couleurs après l'annonce du président américain et pousse M. Abbas dans ses retranchements. « Abbas va devoir soit trouver une nouvelle ligne, soit trouver d'autres atouts », explique Julien Théron. S'il semble clairement exclu que le couple OLP/Fateh tourne le dos à la voie diplomatique, sur laquelle il a basé toute sa légitimité depuis plus de vingt ans, il pourrait néanmoins opter pour un revirement important concernant l'objectif final des négociations. « Le président Trump a transmis un message au peuple palestinien : la solution des deux États est terminée et il est temps de transformer la lutte pour un État unique avec des droits égaux pour tous ceux qui vivent dans la Palestine historique, de la rivière à la mer », a déclaré mercredi au quotidien Haaretz le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat. C'est la première fois qu'un dirigeant palestinien évoque un renoncement à la solution à deux États. Le cap n'est toutefois pas encore complètement franchi.

« Le peuple palestinien est attaché à la solution à deux États, à la paix, à l'initiative arabe et nous soutiendrons le processus de paix jusqu'au bout », déclare pour sa part à L'OLJ Salman el-Herfi, ambassadeur de la mission de Palestine à Paris. « Mais Israël ne veut ni un ni deux États. Il veut un État avec deux régimes, ce qui veut dire un nouvel apartheid  », poursuit Salman el-Herfi.

Alors que l'Autorité palestinienne coopère avec Israël pour maintenir la sécurité en Cisjordanie, sa marge de manœuvre semble, dans ces circonstances conflictuelles, nettement plus réduite que celle de ses rivaux. C'est pourtant elle qui joue le plus gros dans cette histoire : sa légitimité à être la plus à même de défendre la cause palestinienne.

 

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Saliba Nouhad

Pas d’autre choix aux palestiniens que la résistance armée, escarmouches, harassements, tenir la société Israélienne en haleine, perturber la vie économique assez longtemps pour faire intervenir en leur faveur l’opinion mondiale, et, peut-être, forcer des concessions et la reprise de pourparlers.
Mais, en ont-ils les moyens et est-ce que les Israéliens se laisseront faire ou vont-ils recourir aux représailles massives, les punitions collectives, en jouant à la légitime défense?
Pourvu que le Hezbollah et l’Iran ne s’en mêlent pas, sinon ils ouvriront la voie à une guerre totale dont le Liban paiera le prix.
Dans tous les cas, le statuquo et la diplomatie douce de Mahmoud Abbas et consort ne mèneront à rien: ils se font mener par le bout du nez depuis des années et les israéliens gagnent sournoisement du terrain et font ce qu’ils veulent!
Où ça passe où ça casse: les palestiniens n’ont plus d’autre choix, sinon leur cause sera reléguée aux poubelles de l’histoire dans une ou deux décennies!

FAKHOURI

" Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. "

Romain Rolland

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VERRAIT-ON LE RETOUR DU FATEH A SES ORIGINES D,AVANT OSLO APRES CETTE MEGA DECEPTION ?

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