Moyen Orient et Monde

Que peuvent faire les Arabes face à Trump ?

Commentaire
09/12/2017

Si Donald Trump avait voulu déchaîner la colère du monde arabe et abîmer un peu plus l'image des États-Unis dans la région, il ne s'y serait certainement pas pris autrement. Dans les rues de Ramallah, de Amman, de Beyrouth, du Caire, de Bagdad, de Tunis ou encore de Sanaa, les Arabes ont manifesté leur mécontentement suite à la décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. Des drapeaux américains et israéliens ont été brûlés, des slogans appelant à la mort de ces deux pays, associés à Satan, ont été scandés. Une réaction attendue tant la question de Jérusalem est à la jonction des revendications nationales et des convictions religieuses dans toute la région.

Mais la colère des Arabes est avant toute autre chose un aveu d'impuissance. Et c'est là que le bât blesse: les Arabes n'ont tout simplement pas les moyens de répondre à l'initiative américaine. Brûler des drapeaux ou afficher le dôme de la mosquée al-Aqsa en photo de profil sur les réseaux sociaux ne changera rien à la situation. Appeler à la lutte armée, lancer des roquettes contre Israël, comme le fait le Hamas, ne fera que renforcer la conviction des Américains et des Israéliens. Et compte tenu du rapport de force entre les parties, cela aura pour seul conséquence de précipiter vers la tombe davantage de Palestiniens.

Les Arabes sont pris au piège de leur faiblesse et de leurs divisions. Leur voix n'est plus prise en compte car ils ne jouent plus un rôle de premier plan sur la scène régionale. L'Iran, la Turquie, la Russie et bien sûr les États-Unis sont aujourd'hui les grandes puissances du Moyen-Orient. Les pays arabes sont au pire le théâtre de guerres civiles, au mieux trop dépendants des Américains pour pouvoir sérieusement contester leur décision. La Syrie et l'Irak sont dévastés par la guerre. La Jordanie, l'Égypte et l'Arabie saoudite sont intimement liées aux Américains, ne serait-ce que pour des questions sécuritaires. Que Donald Trump ait sérieusement cru ou non que ses alliés arabes, tourmentés par leurs propres angoisses, soient prêt à lâcher du lest sur la question palestinienne ne change finalement pas grand-chose. Le président américain savait qu'il pouvait franchir cette ligne rouge, piétiner ses propres alliés, sans que ceux-ci ne puissent lui opposer autre chose que des critiques verbales. Mais la décision du locataire de la Maison-Blanche a pour principal effet d'affaiblir la position de ces mêmes alliés, ceux-là mêmes qui avaient choisi la voie de la modération, au profit des discours les plus virulents. Les Iraniens et leurs obligés n'en demandaient pas tant pour faire oublier leur entreprises guerrières dans le monde arabe et se présenter à nouveau comme les meilleurs défenseurs de la cause palestinienne. Les groupes sunnites les plus radicaux ont déjà commencé aussi, de leur côté, à essayer de tirer les dividendes de l'entreprise trumpienne.

C'est tout le processus de normalisation des rapports entre les pays arabes et l'État hébreu que Donald Trump a fragilisé avec sa décision. D'abord parce qu'il enterre un peu plus la solution à deux États. Ensuite, parce qu'il met les pays arabes ayant fait ou étant prêt à faire la paix avec Israël dans une position intenable, alors que leurs opinions publiques demeurent sensibles à la cause palestinienne. À l'instar de Hassan Nasrallah, leurs détracteurs ont désormais beau jeu de moquer leur échec stratégique à tout miser sur la voie diplomatique et à faire confiance aux Américains. La voie de la modération n'a fait que conforter une situation de statut quo au niveau des négociations, qui s'accompagnent d'une dégradation continue de la position palestinienne, dont le territoire ne cesse d'être grignoté par la partie israélienne.

Mais il est nécessaire de rappeler, d'autant plus dans un moment aussi tendu, que la stratégie concurrente a eu des effets encore plus néfastes. Les guerres arabes contre l'État hébreu ont eu pour principal effet de permettre à Israël d'accroître son territoire au détriment des Palestiniens, avec notamment l'annexion de Jérusalem-Est en 1967. Dans la même optique, malgré leurs discours visant à les faire passer pour la seule résistance légitime, le Hamas, le Hezbollah ou encore le Jihad islamique – tous les mouvements prônant en fait encore la lutte armée – n'ont pas fait avancer la cause palestinienne d'un pouce au cours de ces dernières décennies.

S'ils veulent vraiment faire bouger les lignes, s'ils veulent être à la hauteur de la cause palestinienne, les Arabes n'ont pas d'autre choix que de parler enfin d'une même voix, qui puisse être à la fois ferme et modérée. Qui puisse monnayer collectivement la paix avec Israël contre la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967. Mais cela nécessite qu'ils dépassent leurs profondes divisions, qu'ils soient capables de soutenir les victimes syriennes, irakiennes, yéménites, libyennes, tuées le plus souvent par « leurs frères arabes », avec autant de vigueur que lorsqu'ils le font pour les victimes palestiniennes. Dans le cas contraire, la cause palestinienne devra se contenter de rester le simple exutoire du malheur arabe.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES ARABES... ILS PEUVENT CHANTER LE MAWAL YA REYTENA RIGHELA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Tabet Ibrahim

Bravo ! Je suis entièrement d'accord avec cette analyse. Je serai curieux de lire le commentaire de la propagandiste du " hezb" de service (SH) qui ne manquera sans doute pas faire un nouveau panégyrique a la gloire de Nasrallah en affirmant qu'il avait raison sur toute la ligne.

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