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Moyen Orient et Monde

L’entente Washington-Riyad est-elle compromise ?

Diplomatie

La menace iranienne pourrait s'avérer plus cruciale qu'une cause palestinienne reléguée aux oubliettes depuis quelques années.

08/12/2017

« Irresponsable », « injustifiée ». Les termes ne sont pas choisis au hasard et sont tout sauf nuancés. Le communiqué saoudien qui a suivi l'annonce mercredi du président Donald Trump sur le statut de Jérusalem condamne avec fermeté et sans ambiguïté l'initiative américaine. À l'instar du reste de la communauté internationale, du monde arabe et de la oumma (la nation musulmane), Riyad a pris fait et cause pour les Palestiniens hier, après des avertissements répétés au cours des jours précédents sur les conséquences « dangereuses » d'une telle annonce.

La ligne saoudienne rejoint, officiellement, celle du reste du monde, ou presque. Sur les réseaux sociaux, les hashtags en tout genre fleurissaient hier : « L'Arabie saoudite soutient Jérusalem », entre autres, en est l'un des plus repris.

Sauf que les relations américano-saoudiennes connaissent une embellie depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Après deux mandats de Barack Obama au cours desquels le fossé s'est considérablement creusé entre Washington et Riyad, c'est même une nouvelle lune de miel. Ce n'est pas un hasard si la première visite à l'étranger du nouveau président américain a été en Arabie saoudite, au mois de mai. Elle a été fastueuse, mais aussi et surtout fructueuse. Et suivie d'une visite en Israël. Depuis, les gouvernements américain et saoudien affichent un soutien mutuel sans faille, multiplient compliments et amabilités.

Un tel rapprochement, solide en apparence, ne peut que se renforcer quand des intérêts mutuels convergent. En l'occurrence, l'endiguement de l'influence iranienne dans la région, qui est aujourd'hui la priorité pour Washington, Riyad et Tel-Aviv. Ces trois gouvernements sont obnubilés par la montée en puissance de Téhéran ces dernières années, et sa présence – directe ou indirecte – en Syrie, au Liban, au Yémen, ou encore en Irak. L'épine iranienne a-t-elle, pour autant, remplacé la question palestinienne, centrale dans la région depuis plusieurs décennies, dans la politique régionale de Riyad ? Certains observateurs semblent le croire, et accusent le royaume wahhabite de « collusion » avec les États-Unis et Israël. Les plus virulents affirment même que Riyad a « vendu » Jérusalem aux Américains.

 

(Lire aussi : « Jérusalem est à nous ! » : à Ramallah, la rue se soulève)

 

Plan Kushner
Il va sans dire que les informations qui circulent sur le plan de paix israélo-palestinien, élaboré par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, attisent les tensions. Selon plusieurs sources gouvernementales et diplomatiques palestiniennes, libanaises, saoudiennes, européennes, le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (MBS), réputé particulièrement proche de M. Kushner, aurait proposé au président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, en visite à Riyad le mois dernier, un plan de paix particulièrement favorable aux... Israéliens. Il consisterait en la création d'un État palestinien autonome, sans continuité territoriale de la Cisjordanie, avec pour capitale Abou Dis, un village palestinien dans les environs de Jérusalem-Est annexé, mais qui en est coupé par le mur de séparation encore en pleine construction. La majorité des colonies de Cisjordanie resteraient, et il n'y aurait aucun droit au retour pour les réfugiés palestiniens et leurs descendants. Tout aussi grave, MBS aurait proposé des compensations financières importantes au président Abbas et lui aurait donné deux mois pour prendre sa décision, au terme desquels son refus serait suivi d'une démission forcée en faveur d'un dirigeant palestinien plus malléable.

Si ces informations sont avérées, elles ont de quoi faire enrager le monde arabe et la communauté internationale. Aucune confirmation officielle n'a suivi ces fuites dans les médias. Au contraire, elles ont été rapidement démenties, et avec virulence, par, entre autres, le prince Khaled ben Salmane, frère de MBS, et ambassadeur du royaume à Washington.

 

(Lire aussi : « Nous revivons le temps de la Nakba. Il y a eu 1948, il y a eu 1967 et il y a aujourd’hui »)

 

Dans un contexte de revers diplomatiques répétés pour MBS – au Yémen, au Qatar, au Liban – les rumeurs grandissantes d'un rapprochement israélo-saoudien ne sont pas totalement irréalistes. Mais la prudence est de mise quand il s'agit de deviner ce que réserve l'avenir aux relations bilatérales entre Washington et Riyad. La déclaration de Donald Trump met ses alliés arabes dans une position on ne peut plus délicate. Après tout, Riyad a souvent été sur le devant de la scène des négociations de paix israélo-palestiniennes, comme en 2002 lors du sommet de la Ligue arabe à Beyrouth, au cours duquel Abdallah ben Abdel Aziz, prince héritier à l'époque, a proposé la paix des Arabes contre le retour aux frontières de 1967.

La légitimité du royaume, où se trouvent les deux premiers lieux saints de l'islam, est en jeu, d'autant que Riyad n'a été prévenu de la décision du président américain qu'à la dernière minute, et placé devant le fait accompli. Déjà en retrait dans la région, l'influence américaine pourrait se retrouver considérablement affaiblie par les déclarations du président Trump sur Jérusalem, ville trois fois sainte, surtout parmi les populations arabes. Sauf que la menace iranienne est bien plus pressante que la cause palestinienne, explosive depuis plusieurs décennies, mais reléguée aux oubliettes depuis les soulèvements arabes et les conflits sanglants de ces dernières années. Reste à voir si l'entente américano-saoudienne tiendra bon face à la colère du monde arabe.

 

 

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