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Moyen Orient et Monde

Tous ceux qui disent désormais merci à Trump...

Commentaire
07/12/2017

Donald Trump est en passe de réussir un véritable exploit au Moyen-Orient : faire regretter aux Arabes les deux mandats du particulièrement impopulaire Georges W. Bush, dont la politique a pourtant eu des conséquences désastreuses que la région continue de subir. Après avoir vilipendé l'Iran, accusé d'être la principale source du terrorisme dans la région, et fragilisé l'accord nucléaire, fruits de longues années de délicates négociations, le président américain s'est attaqué hier de plein fouet à la question israélo-palestinienne. Avec toujours aussi peu de discernement, de mesure et de compréhension de la complexité régionale, le locataire de la Maison-Blanche a mis une nouvelle fois le feu aux poudres en annonçant sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'État hébreu et de transférer l'ambassade américaine dans la ville trois fois sainte.


Si la démarche peut paraître dénuée de toute rationalité, elle s'inscrit toutefois dans une certaine logique : celle de prendre le parti, quel que soit le sujet et quels que soient les intérêts américains, du gouvernement Netanyahu. Jamais, en effet, un président américain n'avait autant calqué la politique de son pays au Moyen-Orient sur celle de l'État hébreu. Jamais aucun de ses prédécesseurs n'en avait fait l'alpha et l'oméga de la diplomatie américaine dans la région, quitte à aller à l'encontre des intérêts de son propre pays. Jamais aucun n'avait autant adopté la rhétorique d'un dirigeant israélien dans tous ses grands discours concernant le Moyen-Orient. Donald Trump parle comme Benjamin Netanyahu, comme s'il était le chef d'un gouvernement israélien qui penche très dangereusement à droite depuis plusieurs années. Il le fait lorsqu'il invective l'Iran et lorsqu'il aborde la question israélo-palestinienne. Il s'agit à chaque fois de répondre aux angoisses de la droite israélienne, sans rien lui demander en retour. Du moins publiquement.


Le président américain a franchi hier un nouveau cap en la matière. Il s'était jusqu'ici contenté de remettre en question la solution à deux États, tout en se gardant d'évoquer la colonisation israélienne des territoires occupés. Il s'est désormais complètement converti à la vision israélienne du processus de paix : une paix négociée dans un cadre bilatéral, où l'État hébreu est en position d'obtenir tout ce qu'il souhaite sans faire la moindre concession. Une vision à laquelle ni les Palestiniens, ni les Arabes, ni le reste de la communauté internationale ne peuvent adhérer.

 

(Lire aussi : Les principaux extraits de l'annonce de Trump sur Jérusalem)


Et c'est bien le plus dangereux dans cette histoire : Donald Trump est en train de sortir les États-Unis de l'histoire du Proche-Orient. Il décrédibilise Washington en tant que principal médiateur du processus de paix israélo-palestinien. Il isole les Américains vis-à-vis de leurs principaux alliés, tant sur la scène internationale que sur la scène régionale. Même l'Arabie saoudite, à qui l'on prêtait des volontés d'opérer un rapprochement historique avec Israël, se voit obligée de se démarquer de la décision américaine. Que les dirigeants saoudiens soient sincères ou non importe peu : le simple fait qu'ils se sentent contraints de prendre leurs distances avec l'allié américain sur cette question démontre le caractère explosif d'une telle entreprise vue par les Arabes.


La question de Jérusalem est peut-être actuellement la seule à pouvoir réunir, non seulement les pays arabes, mais plus généralement les musulmans dans le monde entier, y compris les Saoudiens et les Iraniens. Donald Trump et ses proches n'ont clairement pas pris la mesure de cette unanimité, qui risque de les isoler et de compromettre les actions et les intérêts américains dans la région. Benjamin Netanyahu n'est ainsi pas le seul à pouvoir dire merci à Donald Trump aujourd'hui. Le guide suprême iranien Ali Khamenei peut en faire de même, compte tenu du superbe cadeau qu'il vient de recevoir, alors que tous les regards étaient ces derniers temps braqués sur l'autoroute chiite qui relie Téhéran à la Méditerranée. Les groupes les plus radicaux, jamais avares de surenchères anti-impérialistes et d'actions de représailles, peuvent également remercier le président américain. Toute la région devrait lui dire merci, après tout. Car malgré tous les défauts de son approche, il faut bien lui reconnaître une immense qualité : avoir remis, pour un temps, le conflit israélo-palestinien au centre de l'actualité et donner l'illusion d'une région unie dans une même volonté de défendre la cause palestinienne. Dont Jérusalem est forcément le cœur.

 

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Correction:
Si certains avaient réusssi à retarder cette folle décision (condition sans doute sine qua none de son élection), d'aucuns se sont chargés de la lui rappeler, en lui mettant certains bâtons. Ls accusations dont lui et son proche entourage ont fait l'objet vont peut-être disparaitre, maintenant...

Quand on vend son âme au diable.... Le problème est que les personnes qui en paieront le prix ne seront pas celles qui le "méritent"...

NAUFAL SORAYA

Si certains avaient réusssi à retarder cette folle décision (condition sans doute sine qua none de son élection), d'aucuns se sont chargés de la lui rappeler, en lui mettant certains bâtonsonta fait l'objet vont disparaitre, maintenant...

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