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La Ligue islamique mondiale veut "annihiler" l'extrémisme

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"Ce que nous faisons et voulons faire est de purifier l'islam, de le débarrasser de cet extrémisme, de ces interprétations fausses, et de transmettre des interprétations correctes de l'islam", explique Mohammad al-Issa, secrétaire général de la Ligue.

OLJ/Reuters
25/11/2017

La Ligue islamique mondiale (LIM), bras religieux du wahhabisme qui professe depuis des décennies un islam rigoriste à travers le monde, va désormais concentrer ses efforts sur la lutte contre l'extrémisme, déclare son secrétaire général à Reuters.

"Le passé est le passé. (...) C'est par notre travail que nous devons anéantir l'idéologie extrémiste. Nous devons annihiler l'ultra-rigorisme et l'extrémisme religieux qui sont le point d'entrée du terrorisme. C'est la mission de la Ligue islamique mondiale", souligne Mohammad al-Issa, qui a fait étape à Paris dans le cadre d'une tournée européenne.

Les propos peuvent surprendre de la part de cette organisation, fondée en 1962 à La Mecque, que ses détracteurs accusent d'avoir exporté le salafisme dans le monde et un dogme mortifère dont l'organisation Etat islamique se réclame.

Cette démarche de "pacification" intervient alors que le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane, a entrepris de moderniser le royaume et d'assouplir des règles religieuses et sociales ultra-conservatrices. Le tour de vis contre l'institution religieuse avait commencé en avril dernier, quand le Conseil des ministres s'en était pris à la police religieuse, limitant ostensiblement son pouvoir. Enfonçant le clou, MBS avait appelé récemment à "détruire maintenant et tout de suite les idées extrémistes", et d'ajouter : "L'Arabie saoudite n'était pas ainsi avant 1979. L'Arabie saoudite et la région entière ont été marquées par le mouvement d'éveil (Sahwa). (...) Nous souhaitons seulement revenir à ce que nous étions : un islam modéré ouvert au monde, ouvert à toutes les religions."

La mission de Ligue islamique mondiale, qui bénéficie de financements du gouvernement saoudien, est de favoriser l'enseignement islamique à travers la construction d'écoles et d'instituts culturels musulmans.
"Ce que nous faisons et voulons faire est de purifier l'islam, de le débarrasser de cet extrémisme, de ces interprétations fausses, et de transmettre des interprétations correctes de l'islam", explique Mohammad al-Issa, ancien ministre de la Justice qui a été nommé en 2016 à la tête de l'organisation. "Seule la vérité peut vaincre, et nous représentons la vérité".

 

(Lire aussi : MBS cherche-t-il à mater l'establishment wahhabite ?)

 

"Apporter des réponses"
La Ligue, qui dit rejeter toutes les manifestations du jihadisme, entend les débusquer dans les institutions qu'elle gère mais aussi dans les écoles, centres, mosquées qui lui seraient signalés comme suspects.
"Dès que nous repérerons ce type de messages, nous ne resterons pas les bras croisés, nous mettrons tout en œuvre pour annihiler cette idéologie", dit le secrétaire général, dont les propos étaient traduits de l'arabe.

La semaine dernière en Suisse - l'entretien a été réalisé jeudi soir à Paris -, Mohammad al-Issa s'est engagé à réformer la principale mosquée de Genève, que les autorités suisses et françaises considèrent comme un creuset d'extrémistes. La mosquée est sous la responsabilité de la LIM.

L'émissaire explique que l'organisation veut notamment axer son travail sur les conditions de vie des musulmans dans les pays non-musulmans, sur les difficultés d'intégration qu'ils peuvent rencontrer.
"Nous essayons d'apporter des réponses pour contrer ces messages qui changent la réalité de l'islam. Nous voulons proposer l'interprétation réelle des textes sacrés qui ont été pris en otages et interprétés de façon erronée", insiste-t-il.

La Ligue islamique mondiale coopère avec les représentants des autres religions. Mohammed al-Issa a notamment rencontré le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, qui avait effectué une visite historique le 14 novembre à Riyad, et a eu des entretiens à Paris avec des responsables catholiques et juifs.
"Nous avons un objectif commun : mettre fin à la haine. La Ligue islamique mondiale pense vraiment qu'on peut y parvenir, et toutes les religions ont une grande influence à cet égard".

 

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Saliba Nouhad

Le problème de tous les extrémismes et fondamentalismes religieux, c’est que, dès que vous parlez de modération, de dialogue, de compromis, ils se sentent menacés, ne peuvent tolérer que leur idéologie soit remise en question, deviennent encore plus fanatiques, et usent de terrorisme et de violence pour s’imposer, car leurs dogmes religieux imposent une façon de vivre, de penser et de gérer leurs sociétés qui ne souffre aucune exception: soit que vous vous soumettez, soit vous devenez apostat et méritez la peine de mort ou l’exil...
Ceci était le cas pour l’Arabie Saoudite depuis plus d’un siècle!
Quand ce Mr. nous parle de purifier l’Islam, le débarrasser de ces fausses interprétations et de l’extrémisme, soit qu’il est sincère et se tire une balle dans le pied, soit que c’est une hypocrisie pure, car se sentant menacé par ce même monstre qu’ils avaient eux-mêmes créé...
Seul l’avenir nous le dira!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BONNES PAROLES ! BONNE INTENTION ! RESTE LA MISE EN PRATIQUE... QUAND ET COMMENT ?

Melki Elias

Trop peu, trop tard.
L'extrémisme, ce n'est pas seulement le "jihadisme" armé, comme semble vouloir dire le vénérable cheikh, qui joue les vierges effarouchées, mais bien l'enseignement et l'interprétation de l'islam que lui-même et ses semblables, poussés et financés par l'Arabie Saoudite, ont propagés pendant des décennies.
On ne peut que louer son désir de mettre fin à la haine. Fera-t-il pour cela confiance à l'intelligence des gens et à leur libre arbitre ?

Irene Said

Enfin une bonne nouvelle !
Puissent d'autres extrémismes et idélologies qui se croyent tout permis en prendre de la graine,
surtout ici au Liban.
Irène Saïd

Ma Fi Metlo

La main qui l'a posé peut elle seule l'enlever.

Mais la véritable main coupable est celle qui agit dans l'ombre et qui manipule ces bédouins ignorants.

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