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Moyen Orient et Monde

Mohammad ben Salmane, ou l’hubris du pouvoir

Commentaire
06/11/2017

Il a la fougue, la détermination, la démesure, l'intransigeance, la propension à être despotique et la volonté de dominer sa région et de métamorphoser son pays. Mohammad ben Salmane n'a que 32 ans, n'est pas encore roi (du moins officiellement), mais il a déjà fait ce qui n'avait jamais été fait dans l'histoire du royaume saoudien : lancer une révolution sociétale, remettre en question le discours de l'establishment religieux, liquider toute opposition politique au sein de la famille royale. L'homme fort du royaume est en train de rompre avec plus d'un siècle d'histoire saoudienne. En s'attaquant à ce qui constituait jusqu'ici le cœur de la tradition politique du royaume : le principe de compromis et l'équilibre des pouvoirs. Entre la famille royale et le clergé wahhabite. Entre les différents clans au sein de la famille royale. Entre tout ce qui a fini par constituer l'élite saoudienne. C'est ce compromis, cette division horizontale du pouvoir, qui rendait chaque petite réforme aussi difficile à mettre en œuvre et qui faisait que le royaume avait parfois son propre espace-temps par rapport au reste de la planète.

Mohammad ben Salmane n'a l'intention de faire aucun compromis. Il ne compte partager le pouvoir avec aucune autre personne. Il veut faire de l'Arabie saoudite une autocratie, comme il en compte tellement d'autres dans la région.
Le principe même de la négociation et de la diplomatie lui semble étranger. Le prince héritier ne semble croire qu'au rapport de force. Soit vous êtes avec lui, soit il vous déclare la guerre. Comme si cela était en mesure de régler tous les problèmes. Il n'en est pas à son coup d'essai et sa méthode est pour l'instant toujours la même : le conflit politique et / ou militaire pour mettre au pas tous ses adversaires. Il a lancé la guerre au Yémen pour en finir avec les houthis. Il a écarté son plus grand adversaire, Mohammad ben Nayef, qui était depuis dix ans l'un des hommes les plus puissants du royaume. Il a été à l'initiative de la mise au ban du Qatar, qui vise à obliger l'émirat à rentrer dans le rang. Mais comme si cela ne suffisait pas, il a un peu plus assouvi sa soif de pouvoir durant ce week-end aux allures de Game of Thrones. D'abord en poussant, probablement, Saad Hariri à démissionner et à faire un discours qui ressemble à une déclaration de guerre à l'encontre de l'Iran et du Hezbollah. Ensuite, en arrêtant des dizaines de personnalités, parmi lesquelles des émirs, des ministres et des hommes d'affaires, sous prétexte de lutter contre la corruption. MBS a liquidé en une nuit une grande partie de ses opposants politiques. Et ce n'est sans doute que le début, tant le prince hériter veut préparer au mieux son intronisation.

C'est un « nouveau royaume » que promet le prince saoudien. Un royaume sans doute plus libéral, sans doute plus efficace, mais sans nul doute plus despotique que jamais. Le prince a deux grands atouts dans sa manche. D'une part, le soutien d'une population en demande de changements et dont 75 % ont moins de 30 ans. D'autre part, une réalité économique qui oblige le royaume à penser l'après-pétrole et à diversifier par conséquent ses sources de revenus. Mais les obstacles sont nombreux. Sur la scène intérieure, déjà, où il faudra gérer les réactions des plus radicaux. Sur la scène extérieure, surtout, où le futur roi d'Arabie va vite être confronté aux limites de la puissance saoudienne.

MBS est dans l'hubris du pouvoir. Il est peut-être prêt à franchir encore d'autres lignes rouges, comme un rapprochement officiel entre le royaume saoudien et Israël, ayant tous deux désigné l'Iran comme l'ennemi numéro un. Mais pour l'heure, son bilan ne lui fait pas vraiment honneur. L'intervention au Yémen est un bourbier qui ressemble chaque jour davantage à un échec. La mise au ban du Qatar n'a pas eu, pour l'instant, les effets escomptés. Et force est de constater qu'au Liban, en Syrie et en Irak, c'est bien la République islamique qui est partout en position de force.

Mohammad ben Salmane semble être prêt à tout pour arriver à ses fins. Ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle, ni pour l'Arabie saoudite ni pour la région. Car ses adversaires sont tout aussi radicaux et maximalistes que lui. Et le choc entre deux radicalités est la route la plus rapide vers la guerre.

 

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Khlat Zaki

Dernier "bastion" de la géopolitique de MBS, Trump-adjoint de l'AS, le Liban jusqu'ici ventre mou de cette géopolitique est aujourd'hui sous les feux de la rampe.
Privilège ou malédiction, notre positionnement appelle à la mise en place d'une stratégie adaptée de l'infiniment petit face à l'infiniment grand sans quoi, ironie du sort, Goliath risque d'écraser David et Pascal de manger son chapeau.
Courage gouvernants !

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