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Économie

Démission de Hariri : quelles conséquences pour l’économie ?

Liban

Selon plusieurs économistes, la crise gouvernementale va un peu plus retarder la mise en place de réformes structurelles, comme le lancement de projets d'investissement.

06/11/2017

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a pris tout le monde de court samedi en annonçant sa démission depuis Riyad, un an après sa désignation dans la foulée de l'élection de Michel Aoun à la présidence de la République. Peu après cette annonce, plusieurs voix ont fait part de leurs inquiétudes concernant les répercussions de cette crise gouvernementale sur l'économie du pays ainsi que sur la stabilité de la livre – ancrée au dollar.
Un climat anxiogène qui a poussé la Banque du Liban (BDL) à réagir hier dans un communiqué dans lequel son gouverneur, Riad Salamé, a assuré que la situation financière du pays n'était pas menacée et que le secteur bancaire disposait de suffisamment de réserves pour voir venir.

 

Livre protégée
Cette assurance est partagée par plusieurs économistes contactés par L'Orient-Le Jour. « La livre est protégée par des (pare-feux) financiers, à l'image des importantes réserves de devises rassemblées par la BDL et qui ont atteint 44,3 milliards de dollars (NDLR, un niveau record) et qui couvrent 80 % des dépôts en livres. La stabilité monétaire s'appuie aussi sur les importantes réserves de liquidités en devises de ses banques », indique par exemple le directeur du département de recherche de Bank Audi, Marwan Barakat.
Même constat pour le directeur du département de recherche du groupe Byblos Bank, Nassib Ghobril. « La BDL a pris des mesures préventives depuis longtemps, démontrant au passage que sa politique monétaire est adaptée à la situation économique et au profil du pays », affirme-t-il, faisant référence aux opérations d'ingénierie financière menées par la Banque centrale en 2016 ainsi que celles réalisées cette année – et sur lesquelles la BDL a communiqué à chaque fois après coup.
« S'il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions définitives, je pense que l'on peut écarter le risque d'une déstabilisation de la livre ou de panique à court terme, même si beaucoup de déposants seront fébriles », note de son côté l'économiste Roy Badaro. Ce dernier écarte également la possibilité que les principales agences de notation financière américaines modifient la note de la dette souveraine du Liban dans l'immédiat. Cet été, Moody's a abaissé d'un cran la notation du pays du Cèdre, de B2 à B3, ce qui correspond au B- confirmé dans la foulée par Fitch et Standard & Poor's. Les trois agences ont en outre assorti leur note d'une perspective « stable ».
Pour M. Ghobril, « ces agences vont toutefois suivre avec beaucoup d'attention l'évolution de la situation dans les prochaines semaines et publieront sans doute des commentaires pour exprimer leur opinion ». M. Badaro considère, lui, que la situation pourra nettement se compliquer si une issue à cette crise n'est pas rapidement trouvée. « Cette démission crée une période trouble. La conséquence à terme, c'est que les risques – et donc le prix du risque – augmentent, ce qui va négativement influer sur les investissements et les taux d'intérêt, entre autres », soutient-il.

 

Baisse de la confiance
Les trois économistes sont moins sereins concernant les répercussions de la démission de M. Hariri sur l'économie réelle et l'avenir des réformes structurelles promises par le gouvernement.
« Elles vont être significatives, notamment parce que d'importants projets d'investissements – publics et privés – vont être repoussés ou mis en attente », résume M. Barakat. De fait, la démission pourrait en premier lieu provoquer un retard important dans l'attribution des licences d'exploration et de production d'hydrocarbures offshore de cinq des dix blocs de la Zone économique exclusive (ZEE) libanaise. Le 13 octobre, l'Autorité de l'énergie avait annoncé avoir reçu deux candidatures dans le cadre de l'appel d'offres et s'était fixé un délai d'un mois pour les évaluer. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a exprimé hier sur son compte Twitter sa crainte que la démission de M. Hariri ne retarde l'avancée de ce dossier.
M. Ghobril considère pour sa part que « la démission du Premier ministre ne va pas provoquer un choc dans la mesure où l'année a déjà été décevante par rapport aux attentes portées par le consensus politique » qui a abouti, il y a un an, à l'élection d'un président de la République après plus de deux ans de vacance présidentielle. « Malgré sa gravité, cette démission intervient deux mois avant la fin d'une année pendant laquelle la croissance devrait se situer entre 1,5 % et 2 %, un niveau qui reste médiocre », analyse-t-il. La BDL tablait avant ce week-end sur une croissance de 2,5 %. « Les répercussions de la démission de M. Hariri seront plus nettes en 2018, même si on peut déjà s'attendre à une baisse de la confiance des consommateurs d'ici à la fin de l'année. » Autre victime directe, selon MM. Barakat et Ghobril : le tourisme, qui devrait subir le contrecoup de cette crise gouvernementale, après un été marqué par un début de reprise. « La démission de M. Hariri va en outre repousser le lancement des réformes structurelles promises par le gouvernement et réclamées aussi bien par le secteur privé que par plusieurs organisations internationales. On peut aussi craindre que l'État ne soit plus en mesure d'adopter le budget 2018 dans les délais constitutionnels », conclut M. Ghobril.

 

 

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