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Quand un tweet de Hariri lève (juste) un pan du mystère

Liban

Dès le milieu de l'après-midi, une source très proche du PM démissionnaire assurait que ce dernier est « dans sa résidence à Riyad », et que les rumeurs à son encontre sont « grotesques ».

05/11/2017

Où se trouve Saad Hariri ? A Beyrouth, juste avant le tweet à 19h48 par le PM démissionnaire lui-même, cette question était quasiment sur toutes les lèvres dans la journée de dimanche, et la rumeur de son éventuelle interpellation a enflé, surtout après la déclaration de l'ancien ministre Wi'am Wahhab, qui avait appelé samedi dernier le président de la République Michel Aoun à convoquer les ambassadeurs pouvant contribuer à "l'exfiltration" de Saad Hariri. "J'espère que le président Aoun convoquera les ambassadeurs des grands pays afin d'assurer l'exfiltration de Hariri d'Arabie saoudite vers un pays européen sûr", avait écrit M. Wahhab sur son compte Twitter.

(Lire aussi : Démission de Hariri : quelles conséquences sur l'économie)

C'est peut-être la succession d'événements ce 4 novembre à Riyad qui aurait poussé une partie de l'opinion publique à conclure à une implication du Premier ministre démissionnaire dans les affaires de corruption dans lesquels seraient plongés un grand nombre de personnalités de premier plan en Arabie saoudite. Et qu'il serait « parqué », comme ces princes et ces anciens ministres soupçonnés, à l'hôtel Ritz Carlton.

Mais dès le milieu d'après-midi, une source à Riyad proche de M. Hariri a naturellement démenti en bloc toutes les rumeurs faisant état d'une éventuelle arrestation de ce dernier. Le patron du courant du Futur se trouverait donc « chez lui, dans la capitale saoudienne où il a une résidence », selon la source interrogée par téléphone, qui rejette ainsi les allégations selon lesquelles les autorités saoudiennes auraient saisi les biens de M. Hariri, dont sa résidence à Riyad. « Toutes ces rumeurs sont fausses, nous les démentons catégoriquement », a assuré cette même source. A la question de savoir quelle réponse M. Hariri aimerait apporter aux propos formulés par Wi'am Wahhab, la source haririenne a estimé que les déclarations de l'ancien ministre sont « tellement grotesques qu'elles ne méritent pas de faire l'objet d'une réponse ». Interrogé également sur le point de savoir si M. Hariri s'était rendu en Egypte où il devait prendre part, aujourd'hui dimanche à Charm el-Cheikh, à un forum sur la jeunesse, la source a précisé que l'ex-Premier ministre ne s'y est pas rendu mais qu'il avait « prévenu le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi de son absence, en raison de sa récente démission ». Quid de ses autres engagements en tant que Premier ministre démissionnaire ? « Ses obligations officielles seront annulées », « mais ses engagements personnels qui nécessitent des déplacements à l'étranger » se poursuivront normalement, a expliqué la source précitée.

(Lire aussi : Démission de Hariri : ce qu'en dit la presse locale et régionale)



Le vent en poupe

Vu de Riyad, Saad Hariri semble avoir le vent en poupe, puisqu'il fait depuis samedi l'objet d'informations matraquées en boucle sur la chaîne satellitaire al-Arabiya. Celle-ci répète dans tous ses bulletins d'informations la nouvelle de la démission de M. Hariri et lui consacre même un reportage exclusif dans lequel elle affirme avoir obtenu des informations concernant une tentative d'assassinat contre sa personne et qui aurait été déjouée il y a peu. Dimanche matin, la presse saoudienne consacrait de son côté une large part de ses informations à la démission de Saad Hariri. La plupart des quotidiens ont placé cette nouvelle en Une, juste en-dessous de l'annonce de la création d'une commission ad hoc dédiée à la lutte contre la corruption. Ainsi, le journal Okaz estimait dans un titre alarmiste que le Liban est désormais « sur un volcan ». L'article est assorti d'un portrait de Saad Hariri à l'air grave. Toujours en Une, le quotidien anglophone d'Arabie, Arab News, annonce la démission de Hariri qu'il impute à « l'ingérence iranienne » dans les affaires du Liban. Le quotidien al-Riyad choisit pour sa part de placer en Une un entretien avec le porte-parole du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, qui salue l'invitation qui lui a été faite par le roi Salman afin de visiter le royaume. Cela prouve, selon Mgr Raï, qu'il n'y a pas de place pour l'extrémisme religieux, « ni en Arabie Saoudite ni dans le reste du monde arabe », soulignant que cette visite est proprement « historique » puisqu'il s'agit de la première d'un dignitaire religieux chrétien en Arabie.

Et puis, à 19h48...

Au vu de l'atmosphère générale qui prévaut dans les médias saoudiens, il semblerait que le Liban ait intégré, bon gré mal gré, et notamment après la démission voulue ou forcée de M. Hariri, l'axe anti-iranien, que les tenants du pouvoir à Riyad sont déterminés à consolider. Le missile balistique intercepté dans la nuit de samedi à dimanche est d'ailleurs tombé à point nommé pour rappeler à ceux qui tentent encore de l'ignorer dans le royaume, que l'ennemi, le seul, reste l'Iran, son satellite qatari et son bras armé, en l'occurrence le Hezbollah. Pas un jour ne se passe, depuis la crise diplomatico-politique qui oppose Riyad à Doha, sans que la presse ne se déchaîne contre les dirigeants iraniens et qataris.

(Lire aussi : Nasrallah : La démission de Hariri a été imposée par Riyad)

 

Il n'en reste pas moins que les rumeurs continuent d'aller bon train sur les réseaux sociaux, comme celle véhiculée sur Twitter par un dénommé Mujtahidd, pour qui Saad Hariri aurait été en fait forcé de démissionner afin que Riyad puisse l'obliger à honorer ses créances en Arabie, après la débâcle du géant de la construction Saudi Oger. Une autre rumeur, absolument pas confirmée non plus, mais véhiculée par des sources informées à Washington, évoque un coup d'Etat contre le prince héritier Mohammad ben Salman, auquel Saad Hariri aurait sinon participé, du moins eu vent.

Mais la thèse la plus plausible, soulevée par les cercles proches du pouvoir à Riyad, reste celle d'un hypothétique accord stratégique qui aurait été conclu par l'Arabie, à la fois avec les Etats-Unis et Israël, afin d'affaiblir de manière définitive Téhéran et l'axe qui lui est affilié dans la région. Il y a deux semaines, le gendre du président américain, Jared Kushner, effectuait une visite secrète dans le royaume en compagnie de responsables américains de premier rang.

Quelles que soient les causes et les raisons qui ont poussé ou forcé Saad Hariri à jeter l'éponge, il n'en reste pas moins que le fait est là. L'Exécutif est une nouvelle fois limité à la gestion des affaires courantes, alors que la présidence de la République, perdue comme tout le monde dans mille suppositions, n'a toujours pas fait connaître sa volonté de procéder à d'éventuelles consultations en vue de la nomination d'un nouveau Premier ministre.

En attendant, et comme un pied-de-nez à toutes les rumeurs sur son interpellation, Saad Hariri twittait à 19h48, postant une photo de lui, en pantalon et polo noirs, et en compagnie du nouvel ambassadeur saoudien au Liban, Walid Yaacoub. Cela n'éclaire en rien ses relations avec Mohammad ben Salman, mais le mystère sur son lieu de résidence est levé.

 

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Bery tus

Tout comme quand l’Armen a gagnée contre daesh HN a parler a la nation au lieu que cela soit le président ... pareil maintenant c’est à se demander qui est vraiment le President du Liban

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,Y A PLUS DE MYSTERE... LA REGION ENTRE DANS DE NOUVELLES TOURMENTES...

Ferhat Nabil

Le lien très étroit qui lie Mr Hariri à l'Arabie Saoudite prête à toutes sortes d'interprétations légitimes.
L'intérêt du Liban ne devrait pas être négociable. Même pour tout l'or du monde.

Marionet

Etonnée que le président de la République ne s'adresse pas à la nation, à la télévision et/ou à la radio, pour calmer les spéculations, rassurer si besoin sur sa capacité à gérer les affaires de l'Etat, y compris la démission du PM. ça me paraît indispensable.

Sarkis Serge Tateossian

Il faut attendre au moins quelques semaines pour comprendre plus ou moins ce qu'il s'est "réellement" passé lors de ce "voyage" rocambolesque du premier ministre démissionnaire.
Espérons le moins mal à notre pays.

Antoine Sabbagha

Une photo ne veut rien dire . Attendons le retour de M. Hariri jeudi prochain comme prévu.

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