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Moyen Orient et Monde

Trump menace, mais n’a toujours pas de stratégie

Nucléaire iranien

Les États-Unis ont décidé de poursuivre leur réflexion sur leur politique vis-à-vis de Téhéran et ont annoncé maintenir l'allègement des sanctions liées audit accord.

16/09/2017

Il n'a finalement pas « déchiré » l'accord, comme il avait promis de le faire durant sa campagne. Donald Trump est, pour l'heure, de nouveau revenu jeudi sur sa menace de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien signé le 14 juillet 2015 entre le P5+1, « le pire accord qu' (il) ait jamais vu ». Les États-Unis ont en effet décidé de poursuivre leur réflexion sur leur politique vis-à-vis de Téhéran, et ont annoncé maintenir l'allègement des sanctions liées audit accord. Selon l'administration américaine, cette « décision temporaire » doit lui permettre de « se donner plus de flexibilité ».

Mais ce choix témoigne surtout de l'absence de stratégie claire de la part de l'administration américaine, qui est tout à fait capable de bouleverser à nouveau la donne dans un mois. Donald Trump doit en effet décider avant le 15 octobre s'il « certifie » ou non devant le Congrès que Téhéran respecte les termes de cet accord. Depuis que cet accord est en vigueur, le 16 janvier 2016, l'administration américaine doit tous les 90 jours le « certifier » auprès du Congrès. C'est-à-dire attester que Téhéran en respecte les termes. Des termes que semblent remettre en doute les États-Unis. Les Iraniens « violent les différents termes » de l'accord et son « esprit », a déclaré jeudi Donald Trump, accord qu'il souhaiterait voir voler en éclats.

Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, a ainsi souligné que l'administration Trump n'avait pas terminé l'analyse de sa politique en Iran. « Malgré sa rhétorique, Trump n'a jamais été précis sur l'Iran. Il voulait d'abord le contenir, puis le confronter et enfin l'isoler. Ce qui montre qu'il existe une confusion au sein de l'administration américaine », estime une source diplomatique arabe.

 

(Lire aussi : Pourquoi Téhéran et Pyongyang ont les yeux braqués l'un sur l'autre)

 

Il semblerait que son entourage soit parvenu à le convaincre des conséquences irréparables d'une telle action : abandonner l'accord reviendrait à se mettre à dos les autres pays signataires et permettrait à l'Iran de se doter en matériel d'armement nucléaire. « La décision du Congrès laisse présager un respect des accords, et beaucoup d'indices laissent à penser qu'on se dirige vers une accalmie. Mais tout reste possible avec un personnage imprévisible tel que Trump », estime la source diplomatique. À Téhéran, les tergiversations de Donald Trump depuis son arrivée au pouvoir en janvier dernier n'ont pas fini de faire des vagues. Le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a indiqué jeudi que l'idée de renégocier l'accord était de l'ordre de la « pure fantaisie ». L'accord « n'est pas (re)négociable », a-t-il tweeté. « Il est temps pour les États-Unis d'arrêter les manipulations et de commencer à respecter (l'accord), comme le fait l'Iran. »L'accord prévoit une levée progressive et conditionnelle des sanctions contre l'Iran en échange de garanties que ce pays ne se dotera pas de l'arme atomique. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a déclaré de son côté que l'Iran a respecté ses engagements dans le cadre de l'arrangement, y compris les inspections. « Les Iraniens sont suffisamment malins pour ne pas être pris la main dans le sac », note la source diplomatique. Mais ces dernières semaines, les déclarations tonitruantes et menaçantes du président américain, et les nouvelles sanctions juridiques et financières mises en place ont aggravé les tensions entre les deux pays. L'Iran avait alors montré les dents en avertissant qu'il pourrait quitter très rapidement l'accord nucléaire avec les grandes puissances si les États-Unis en venaient à poursuivre leur politique de « sanctions et coercition ».

 

(Pour mémoire : Nucléaire : l'AIEA atteste que l'Iran est dans les clous)

 

Craintes israéliennes
Le retrait américain de l'accord est notamment appelé de ses vœux par l'administration israélienne qui estime qu'il met en péril ses propres intérêts, dans un contexte où l'Iran ne cesse de gagner en influence dans la région. Après avoir appelé mardi les grandes puissances à « réviser ou annuler » l'accord sur le nucléaire iranien, Benjamin Netanyahu essaie de convaincre son plus proche allié tergiversant. Le Premier ministre israélien et son ambassadeur à Washington tentent de persuader Donald Trump et son cercle proche de retirer les États-Unis de l'accord, mettant en garde contre ses conséquences néfastes. Une rencontre entre les deux hommes est notamment prévue lundi en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, à New York. Mais tout le monde ne partage pas l'avis de Benjamin Netanyahu. Les experts israéliens en matière de renseignement militaire, l'état-major israélien, le Mossad, le ministère des Affaires étrangères ainsi que le Comité de l'énergie atomique, s'opposent en effet à la vision de leur Premier ministre sur le dossier du nucléaire iranien, selon le Haaretz.

 

(Lire aussi : Téhéran menace de revenir à l'uranium hautement enrichi si Washington quitte l'accord nucléaire)

 

Tous les organes de renseignement israéliens qui traitent du dossier en question estiment, de concert, que depuis la signature de l'accord en 2015, l'Iran n'a aucunement été pris en flagrant délit de violation d'un seul article. Les renseignements israéliens ne détiennent en outre aucune preuve que les Iraniens ont repris leur projet nucléaire. Même s'ils s'accordent sur le fait que l'accord est « mauvais pour Israël », ils estiment par ailleurs qu'un « retrait américain serait encore pire », écrit le quotidien. Autant dire que l'opération séduction de Benjamin Netanyahu auprès de l'administration Trump risque fort de faire chou blanc. S'il ne parvient pas à limiter l'influence iranienne au niveau diplomatique, Israël espère convaincre les Américains d'empêcher un enracinement durable de l'Iran, allié de la Russie, sur le territoire syrien. Cette crainte a gagné en puissance, notamment depuis que les services de renseignements israéliens ont annoncé détenir l'information que Bachar el-Assad était sur le point d'autoriser l'Iran à implanter des bases militaires en Syrie.

Au vu du désengagement de leur allié américain en Syrie et de l'établissement d'un corridor chiite reliant Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth, autant dire que contrer l'influence iranienne dans la région risque d'être une tâche ardue. « Les Américains ne se soucient pas des préoccupations des Israéliens sur la Syrie », affirme la source diplomatique.

 

Repère
L'accord historique sur le nucléaire iranien de 2015

 

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ACE-AN-NAS

Je ne suis pas d'accord Mme Hayek , trump-pète a bien une stratégie, mais elle ne marche pas .

Avoir envoyé son armada , avoir menacé de frappe douloureuse etc.... C'EST de la stratégie, enfin je dirai C'ÉTAIT ...

EN A T'IL VRAIMENT UNE EN FAIT .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

COMME UN TRAPEZISTE INEXPERIMENTE IL SAUTE DE TRAPEZE EN TRAPEZE... PRET A SE CASSER LE COU !

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