Culture

Qu’y a-t-il au-delà d’une simple insulte proférée au Liban

À l’affiche

Le nouveau film du réalisateur Ziad Doueiri, « L'Insulte », produit par Ezekiel et coproduit par Rouge international, sort aujourd'hui le 14 septembre en salle. Un film qui donne des ailes au cinéma libanais.

14/09/2017

Coécrit par le cinéaste et Joëlle Touma, L'Insulte, quatrième long-métrage de Ziad Doueiri, considéré comme le pionnier du cinéma contemporain libanais avec son innovateur West Beyrouth en 1998, réunit une pléiade d'acteurs, dont Adel Karam, Rita Hayek, Camille Salamé, Diamand Abou Abboud, Talal Jurdi, Julia Kassar, Rifaat Torbey, Carlos Chahine, Christine Choueiri et le Palestinien Kamel el-Basha, qui vient tout juste de recevoir à Venise la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.

Mémoire et pardon
L'action a lieu à Beyrouth, et plus particulièrement à Fassouh, un quartier chrétien d'Achrafieh. À la suite d'une insulte qui dégénère, Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) doivent se confronter devant les tribunaux. Pour écrire ce film, le réalisateur Ziad Doueiri a dit s'être inspiré « d'un petit incident » qu'il a vécu il y a quelques années. Son but n'est pas juste d'affirmer uniquement une prise de position, mais de raconter une histoire qui s'inscrit dans l'actualité, dans le cœur même de la société. Avec des mots crus, non par souci de provocation, mais plutôt d'authenticité –, le réalisateur appelle un chat, un chat –, Doueiri parle de deux choses : des blessures anciennes enfouies, de celles qui transforment un être humain en enragé, mais aussi de la confiance retrouvée dans la justice par un peuple opprimé. Regarder l'autre en face, mais aussi se regarder soi-même pour se dépasser et aller au-delà de ses faiblesses et de ses failles pour comprendre l'autre : tel est le sujet sur lequel le cinéaste élabore L'Insulte. Un sujet universel qui va de l'individu au collectif et qui touche l'humain en général.

Comment aucun travail de réconciliation et surtout de mémoire n'a encore été entamé, et aucun pardon de quelque sorte que ce soit n'a été effectué après ces trente années de guerre civile ? Pour susciter un débat et dans ce climat de déni continu, le metteur en scène essaye de retrouver dans le labyrinthe de la question libanaise le chemin de la dignité humaine. Et pour ce faire, il interroge la justice. Au bout du compte, ce que Toni et Yasser demandent, c'est l'équité – un bien vaste concept. Mais dans cette quête, « il y a également une recherche de la dignité », explique Doueiri.

 

(Lire aussi : L’insulte réparatrice de Ziad Doueiri)

 

« Proche de la peau »
La caméra du réalisateur libanais est d'un dynamisme foudroyant qui tient le spectateur en haleine. Tel un scanner, elle sonde l'intérieur humain dans un minimalisme muet et sans fioritures. « J'aime être proche, très proche de mes acteurs, a-t-il précisé. Proche de la peau qui respire, des yeux qui scrutent, se perdent dans le vague ou pleurent, proche, enfin, des êtres aux émotions qui se soulèvent comme un volcan. » Le réalisateur révèle, à ce propos, avoir fait passer des castings à plus de 400 acteurs avant de choisir les interprètes de son film. « Je n'en connaissais aucun auparavant et, à ma très agréable surprise, j'ai réalisé quel vivier de bons comédiens le Liban comprend. Il suffit de les mettre en lumière et de leur offrir l'occasion nécessaire pour s'affirmer et confirmer leur talent. »

L'Insulte invite encore et toujours à aller vers l'autre. Mais pour se réconcilier avec celle ou celui d'en face, il faudrait d'abord se réconcilier avec soi-même. Tout en ayant de l'empathie pour les deux personnages principaux, Joëlle Touma et Ziad Doueiri, ont tissé une histoire « humaine » et toute simple qui a lieu au Liban. L'Insulte est une invitation, en douceur et sans aucun ton moralisateur, à réfléchir sur les non-dits et sur les émotions enfouies. Une réflexion qui atteint son paroxysme en huis clos, dans de très belles scènes de tribunal où le cinéaste libanais témoigne de son professionnalisme et de son perfectionnisme. Du jamais fait dans le cinéma libanais.

 

Kamel el-Basha : Personne n'a le monopole du patriotisme

 

Kamel el-Basha. Photo Michel Sayegh

 

Il était un homme de théâtre, né dans la ville sainte. Aujourd'hui, Kamel el-Basha est un acteur reconnu. Grâce à « L'Insulte », il a reçu à la Mostra le prix d'interprétation masculine pour le film de Ziad Doueiri, et bien que silencieux dans ce film, sa voix porte.

Comment le cinéaste libanais vous a-t-il contacté ?
Ziad Doueiri insistait pour avoir un acteur natif de Jérusalem et ayant l'accent palestinien. Des amis communs, comme Raëd Andoni, lui ont avancé mon nom et j'ai fait le casting par Skype. Il a tout de suite adhéré à mon jeu.

Lire la suite de l'interview ici

 

 

Adel Karam : « Voir le Adel de "Ma Fi Metlo"
signer un autographe à Venise à une Italienne émue... »

 

Adel Karam. Photo Michel Sayegh

 

Jusque-là, il était animateur de télé et comédien stand-up. Aujourd'hui, Adel Karam incarne Toni Hanna, le chrétien vivant à Fassouh, hanté encore par les fantômes du passé. Entretien avec cet acteur de haut niveau qui ne perd rien de sa gouaille.

Quand Ziad Doueiri vous a casté, qu'est-ce qui vous a séduit le plus ?
Il m'a raconté en bref l'histoire. Elle m'a tout de suite interpellé. Sans compter que c'est un honneur pour tout acteur de travailler avec un metteur en scène de son calibre. Avoir été choisi parmi 400 acteurs (je ne sais combien ont été castés pour le rôle de Toni Hanna) m'a rempli de joie et de fierté.

Lire la suite de l'interview ici

 

 

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L'Orient-Le Jour

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Georges MELKI

"Tout en ayant de l'empathie pour les deux personnages principaux, Joëlle Touma et Ziad Doueiri, on a tissé une histoire « humaine » et toute simple qui a lieu au Liban"

Je pense que Joëlle Touma et Ziad Doueiri ont tissé une histoire etc...

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