Liban

La marchandisation de la santé (suite)

La psychanalyse, ni ange ni démon
07/09/2017

Il est évident dans un tel contexte de marchandisation de la santé (voir L'OLJ des 27/07/ et 3/08 2017) que la psychanalyse ne pouvait plus avoir sa place dans les soins possibles pour les troubles psychiques. Nous avons vu dans les précédentes rubriques comment la psychiatrie américaine a fait pour effacer même le nom de « psychanalyse » des outils de références psychiatriques mondiaux, le DSM IV et le DSM V, au profit d'une nomenclature, d'une nosologie basée sur le neuronal et le biologique. Le règne du « biopouvoir » trouvait un aboutissement comme l'avertissait Michel Foucault. Pour Foucault, le biopouvoir est un ensemble de techniques qui s'exerce sur les corps individuels et sur les populations.

Nous avons vu précédemment deux exemples des ravages de ce biopouvoir moderne, le procès des grands laboratoires contre l'Afrique du Sud en 2001, procès que rend possible l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'exemple du médicament Vioxx, commercialisé en l'an 2000 avec une publicité inimaginable qui vante son absence d'effets secondaires et retiré en 2004 après une hécatombe due à d'autres effets secondaires.

Le meilleur exemple
« Avant il y avait une pilule pour chaque maladie, maintenant il y a une maladie pour chaque pilule. »
Cette phrase du psychiatre Christopher Lane résume bien ce qu'il en est de la marchandisation de la santé. Le Zoloft, antidépresseur pour enfants fabriqué par Pfizer en est le meilleur excellent exemple. En 2001, en France, avant de commercialiser le Zoloft pour enfants, le dépistage des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou OCD en anglais chez les enfants prend une tournure bizarre. Tout est mis en place pour multiplier le nombre de TOC chez les enfants : enquêtes épidémiologiques comme dans Le Quotidien du médecin (quotidien paraissant en France) et autres hebdomadaires ou mensuels médicaux ; matraquage médiatique (la majeure partie des journaux télévisés consacrent leur page médicale à parler des TOC et même Le Monde se laisse piéger, puisqu'il publie une page entière censée prévenir et dépister les TOC. Tout cela va gonfler démesurément leur nombre, et on parle même « d'épidémie qui aurait atteint 1 million de personnes selon certains spécialistes » (Le Monde du 16-17 juin 2002), comme si les TOC étaient une maladie contagieuse... ; enfin des bandes dessinées à l'usage des enfants sont distribuées gratuitement et placées dans les salles d'attente des cabinets des médecins généralistes.

Écrite par les psychiatres F. Kochman et E. Hantouche et publiée aux éditions Narratives, la bande dessinée La Menace d'Anubis (Paris, 2001) est produite par Pfizer à 40 000 exemplaires et distribuée gratuitement aux médecins généralistes. Elle raconte l'histoire d'un jeune adolescent atteint de TOC. Héros d'une intrigue policière en Égypte, le jeune réussit à dénouer l'affaire à la manière d'un jeune Sherlock Holmes. Or, comme la tendance naturelle du lecteur, surtout les enfants et les jeunes adolescents, est de s'identifier au héros, du fait même de cette identification, forcément les jeunes qui lisent cette BD se retrouvent présenter eux-mêmes des signes obsessionnels. Ils s'identifient au héros et forcément à ses problèmes : les TOC. De manière tout à fait insidieuse, une bande dessinée devient une arme utilisée par un laboratoire pharmaceutique contre les enfants et pour son propre profit commercial.

Sans mentionner aucun médicament (ce qui est interdit par la loi en France), les deux dernières pages de la BD comportent un questionnaire pour dépister les TOC. L'enfant et sa mère tombent dans le piège de la soi-disant bienveillance de Pfizer et finissent par gonfler, à leur insu, le nombre des TOC recensés. Si ce laboratoire a pu mener sa campagne marketing sans être inquiété, c'est bien parce que tout le monde est maintenant convaincu que les « TOC existent, que c'est une maladie et que c'est une maladie grave potentiellement mortelle », comme le dit l'un des deux psychiatres auteurs de la bande dessinée.

Nous verrons la prochaine fois ce que cette stratégie marketing a généré comme bénéfices aux laboratoires Pfizer, la réaction bien tardive de la Food and Drug Administration (FDA) américaine qui a permis activement ou passivement de tels bénéfices, qui a contribué ainsi au développement de rumeurs malveillantes à l'égard des antidépresseurs en général, ce qui a provoqué de graves problèmes chez beaucoup d'adultes qui ont arrêté leur traitement.

 

 

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