Lors de la cérémonie au palais présidentiel de Baabda, la première dame Neemat Aoun, entourée notamment à sa droite de la ministre de l'Éducation, Rima Karamé, du directeur régional de l'Unesco, Paolo Fontani, et du directeur général de l'Éducation, Fady Yarak.
Il y a un an, 150 établissements scolaires publics et privés, sélectionnés à travers le pays, ont adhéré au programme de l’École de la citoyenneté lancé par la Première dame, Neemat Aoun, avec le soutien de l’Unesco, du ministère de l’Éducation et de la société civile. La guerre est venue bouleverser cette dynamique, sans entamer la détermination de l’épouse du chef de l’État à poursuivre son rêve de former « une génération de citoyens ».
Jeudi, Mme Aoun a rendu hommage aux chefs d’établissement engagés dans ce projet pilote et annoncé son extension à 300 écoles dès la prochaine rentrée. Lors d’une cérémonie au palais présidentiel de Baabda, elle a souligné le rôle fédérateur des écoles qui ont continué à enseigner, accueilli des déplacés et impliqué leurs élèves dans des initiatives citoyennes.
« Ce que vous avez accompli cette année n’était pas simplement l’accomplissement d’un devoir, mais un acte de foi. La foi que l’école doit rester ouverte lorsque des routes se ferment, que l’enfant doit être entouré d’espoir malgré la peur qui l’envahit, que le Liban mérite notre attachement, même dans les circonstances les plus difficiles », a souligné Neemat Aoun.
La Première dame a rappelé que la guerre a détruit des écoles. « Mais leurs cœurs sont restés ouverts. Malgré la peur, l’inquiétude, la destruction, des écoles sont restées ouvertes. Certaines se sont transformées en refuges, mais elles sont restées des phares de l’apprentissage », a-t-elle noté, rappelant que plusieurs établissements du programme ont accueilli des déplacés.
À chaque école ses projets
« La peur aurait pu diviser, elle a rassemblé. La différence aurait pu créer de la distance, elle a créé la rencontre. Des élèves se sont assis aux côtés d’élèves déplacés et ont découvert que ce qui les unit est bien plus grand que ce qui les sépare. Il ne s’agit pas juste d’éducation, mais de la construction d’une nation », a ajouté Neemat Aoun.
Parmi les participants, Hatem Hakim, principal de l’École secondaire publique de Abadiyé (Baabda), évoque un projet de jardin durable auquel ont été associés des enfants déplacés. « Certains étaient si enthousiastes qu’ils ont exprimé leur tristesse au moment de rentrer chez eux », raconte-t-il.
Pour Izdihar Hassan, directrice de l’école secondaire publique pour filles de Wadi Khaled (Akkar), les projets sociaux, comme un marché de bienfaisance ou le reboisement du village, constituent aussi un moyen de lutter contre le décrochage scolaire. « Nos élèves sont en âge d’être mariées. Nous redoublons d’efforts pour retarder l’échéance », précise-t-elle.
Doha Kourani, directrice de l’école privée Rihab Zahra' relevant de la Fondation de l’imam Moussa Sadr à Tyr, indique que les 1 250 élèves de l’établissement sont déplacés. « Nous les avons encouragés à s’impliquer dans le bénévolat et à raconter leur ville. Notre objectif est de faire de nos élèves de bons citoyens déplacés et de leur apprendre à sortir du langage de haine », explique-t-elle.
Des résistances surviennent parfois
À Baalbeck, où les défis sont particulièrement importants, sœur Dima Chebib, directrice du collège des Saints-Cœurs, poursuit son travail de sensibilisation à l’indépendance du Liban et au rôle de l’armée. « Les résistances sont fortes (vu l’implantation du Hezbollah). Mais rien ne nous arrête », assure-t-elle.
Et à l’école officielle secondaire de Marjeyoun, au Liban-Sud, « où les 90 élèves proviennent de 18 villages, le travail porte sur la diversité et les points communs à travers des clubs de photographie, de patrimoine et de dialogue interreligieux », explique sa directrice, Pauline Abou Hamad. « Parler politique est en revanche interdit », affirme-t-elle.
S’il est encore trop tôt pour tirer un bilan de cette année pilote, « un premier Congrès national sur l’éducation à la citoyenneté se tiendra à la prochaine rentrée », annonce Lina Comaty, conseillère de la Première dame. Outre l’élargissement du programme à 300 écoles, les quatre établissements les mieux classés représenteront le Liban lors d’une grande conférence de l’Unesco en France, en Inde ou en Corée du Sud. « Le Liban est le premier pays arabe à mettre en œuvre les recommandations de l’Unesco en matière d’éducation à la paix et au développement durable », assure-t-elle.



