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La psychanalyse, ni ange ni démon

La contre-révolution de droite des années 80 aux USA

À partir des années 80, le DSM (Manuel diagnostic et statistiques des troubles mentaux, DSM III-R puis IV) a exclu toute référence à la psychanalyse et rayé de son répertoire le mot même. Nous l'avons vu la dernière fois, dans leur ouvrage critique et historique sur le DSM, devenu une référence mondiale, The Selling of DSM, publié aux États-Unis en 1992 et en 1998 en France sous le titre Aimez-vous le DSM, Stuart Kirk et Herb Kutchins le constatent clairement : « L'enjeu de la publication du DSM par l'Association américaine de psychiatrie était de réduire l'influence des psychothérapeutes freudiens. » La raison est-elle de nature purement scientifique? Nous allons voir que non.

« Ce sont bien les années 60 qui sont visées par le DSM », ajoutent également les mêmes auteurs. Pourquoi donc les années 60 sont-elles la cible du DSM III-R ? Parmi les différentes révolutions des années 60, le mouvement antipsychiatrique eut son heure de gloire. Foucault, Lacan, Mannoni, Laing, Cooper, Ivan Illich, Szasz et tant d'autres ont remis en question les bases même de la psychiatrie, son histoire, ses classifications, ses méthodes de soins (surtout les asiles), etc. À ce propos, Kirk et Kutchins citent Thomas J. Scheff, un sociologue américain qui écrivait en 1966 : « Le diagnostic est une étiquette arbitraire qui donne plus d'informations sur la structure de l'autorité (qui étiquette) que sur une pathologie » et « le trouble mental est un mot derrière lequel les psychiatres et le public cachent leur ignorance » ou encore « l'étiquette pousse l'individu à s'y conformer et à agir comme tel ». On le constate, la subversion est radicale et la révolution contre la psychiatrie en marche.

Or si la psychanalyse reconnaît des structures, trois structures névrotiques (hystérie, obsession et phobie) et trois structures psychotiques (schizophrénie, paranoïa et psychose maniacodépressive) plus un aménagement limite qui est la perversion, elle refuse l'étiquetage et la ségrégation que produit la classification psychiatrique. Elle ne peut donc être d'aucune utilité pour la commercialisation de nouveaux produits pharmaceutiques comme l'est le DSM qui a atteint un chiffre incroyable de 400 troubles. Par ailleurs, la psychanalyse défend le statut du sujet contre toute tentative de normalisation qu'impose l'ordre social. Pendant la révolution des années 60, la psychanalyse défend le droit à l'avortement, le droit à l'homosexualité et le droit à une sexualité libre tant qu'elle concerne les adultes.

Voilà contre quoi va lutter la contre-révolution de droite aux États Unis.
En février 1999, dans le New York Times Magazine, Andrew Sullivan constate que les croyances et les pratiques des années 60 sont la cible d'une « contre-révolution menée par la droite chrétienne américaine au nom du conservatisme et du puritanisme moral ». Il fait une étude approfondie de cette contre-révolution qui traque l'infidélité, l'avortement et l'homosexualité qui menacent la cohésion familiale. Par exemple, l'affaire Monica Lewinsky fut une occasion rêvée de partir en guerre contre Bill Clinton, considéré comme un enfant des années 60. David Frum, l'un des plus brillants idéologues conservateurs de cette nouvelle contre-révolution, déclarait le 16 février 1998 dans le Weekly-Standard (fondé en 95 par Rupert Murdoch) : « Ce qui est en jeu dans le scandale Lewinsky, ce n'est pas le droit à la vie privée (comme le soutiennent ceux qui défendent Bill Clinton) mais le dogme central des enfants du "Baby-boom", à savoir "la croyance selon laquelle, le sexe, dès lors qu'il concerne des adultes consentants, ne doit jamais faire l'objet d'un quelconque jugement moral". » Il faut donc attaquer et abolir cette croyance. David Frum poursuit : « Il n'existe qu'un seul droit (n'en déplaise aux enfants du Baby-boom), c'est celui d'une vie de famille privée. »
Ces chevaux de bataille idéologiques constitueront la base de la campagne électorale de George W. Bush et seront décisifs pour sa victoire. Nous verrons la prochaine fois la lutte de cette contre-révolution de droite contre l'homosexualité et l'avortement.

 

 

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