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Liban - La psychanalyse, ni ange ni démon

Pourquoi la psychanalyse aujourd’hui (suite) ?

Nous avons vu dans la dernière rubrique que la révolution scientifique que constitue la psychanalyse est, depuis le milieu des années 70, rejetée par la psychiatrie américaine, rejet planifié par l'Association psychiatrique américaine. Nous verrons plus loin les raisons politiques et économiques de ce rejet. Pour le moment, continuons à examiner les faits. Si la psychanalyse permet de retrouver notre mémoire inconsciente, et par là de ne plus rester dans la répétition mortifère de nos comportements, pour la psychiatrie américaine, il s'agit de faux souvenirs induits par le thérapeute. Comme le dit Pam Belluk dans le New York Times (décembre 1997) : « L'Association américaine de psychiatrie a fini par mettre en garde contre le fait que ce type de mémoire était souvent artificiel. » Et comme on l'a vu précédemment à plusieurs reprises, le DSM III (1980) constitue une rupture par rapport aux DSM I et II. Ces derniers comprennent des références claires à la psychanalyse et contiennent un nombre de 150 troubles environ, alors que le DSM III-R (1987) ne comprend aucune référence à la psychanalyse et contient 300 troubles environ (le DSM IV en contient plus de 400). Il repose sur un modèle biomédical et se veut purement empirique, « détaché de toute théorie et surtout des théories psychanalytiques ».

Dans un ouvrage de référence sur le DSM, un ouvrage critique et historique, The Selling of DSM (1992), paru en France (1998) sous le titre de Aimez-vous le DSM ?, Stuart Kirk et Herb Kutchins sont catégoriques : « L'enjeu de la publication du DSM par l'Association américaine de psychiatrie était de réduire l'influence des psychothérapeutes freudiens. » En même temps, le nombre croissant de troubles comporte « une volonté délibérée de permettre la commercialisation de nouveaux produits pharmaceutiques, ce qui permet aux lobbies psychiatriques et pharmaceutiques de se renforcer », ajoutent Kirk et Kutchins. Ils citent trois nouveaux troubles candidats au DSM qui témoignent du ridicule de cette multiplicité des troubles. « L'agressivité au volant » décrite par le Dr Arnold Nerenberg, psychologue clinicien de Californie qui anime une émission radio hebdomadaire. L'agressivité au volant est la manifestation de colère à l'égard d'un autre conducteur par « des gestes obscènes, des regards hostiles ou des coups de klaxon ». « Si quelqu'un fait ça deux fois par an ou plus, ajoute Nerenberg, l'agressivité au volant devient un trouble psychique. » Le deuxième trouble est « le trouble du juré ». Défini par le Bulletin of the Academy of Psychiatry and the Law, il s'agit des troubles qui surviennent quelques jours après le passage d'un juré devant un tribunal : palpitations cardiaques, phobies, problèmes sexuels, dépression et anorexie. Enfin, dernier trouble candidat au DSM, le trouble du stress de la loterie. Très sérieusement, le British Medical Journal le décrit ainsi : il s'agit de l'euphorie et de la conviction illusoire qu'on a le ticket gagnant, et de la baisse brutale de l'humeur au moment du résultat. C'est-à-dire un trouble bipolaire.

Autant l'agressivité au volant que le stress de la loterie concernent à l'évidence un nombre incalculable de personnes. Si ces comportements de tous les jours devenaient des troubles et que ces troubles étaient répertoriés dans le DSM, cela confirme le point de vue des deux chercheurs quant à la commercialisation des produits pharmaceutiques qu'autorise le DSM. Si nous ajoutons qu'aux É-U les sociétés d'assurance-maladie ne remboursent pas les soins donnés par des psychiatres pour des troubles non répertoriés dans le DSM, il devient plus clair que, pour les lobbies de l'industrie pharmaceutique, les psychiatres affiliés à l'Association américaine de psychiatrie, les sociétés d'assurance-maladie ainsi que les congrès internationaux organisés par l'APA, il s'agit d'immenses intérêts communs. Le nouveau langage clinique imposé par le DSM aux psychiatres du monde entier, langage auquel il est impossible d'échapper, finit de tisser une toile financière dont l'individu va payer les frais. Le DSM IIIR apparaît donc, dans sa politisation par la psychiatrie américaine, comme un outil de lutte contre la psychanalyse et un outil de profit pour les industries pharmaceutiques. Nous verrons pourquoi dans les prochaines rubriques.

 

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commentaires (2)

AUJOURD,HUI ON NE PEUT PLUS PSYCHANALISER LES CHOSES ... L,HYSTERIE ETANT GENERALE SUR TOUTE LA PLANETE...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

12 h 37, le 14 juillet 2017

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Commentaires (2)

  • AUJOURD,HUI ON NE PEUT PLUS PSYCHANALISER LES CHOSES ... L,HYSTERIE ETANT GENERALE SUR TOUTE LA PLANETE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 37, le 14 juillet 2017

  • Juste une question ! La psychanalyse est une therapie ? Si oui pour quelle pathologie....?? Est ce le but est de guerir ? Ou juste pour evoquer des souvenirs enfouis......et si c un traitement ....ca va durer combien de temps...et comment evaluer les resultats ou la guerison.... Il est donc difficile pour un psychanalyste d'admettre que c une des plus gtandes illusions de notre epoque comme la religion d'ailleurs ...pardon pour les croyants...

    Houri Ziad

    12 h 17, le 14 juillet 2017

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