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Guerre en Iran : les leçons d’une défaite


«La justesse d’une guerre se juge non à son déclenchement mais à son résultat », expliquait le politologue Olivier Roy dans nos colonnes quelques jours après le début de celle lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran.

Le texte de l’accord conclu dimanche entre Washington et Téhéran n’a pas encore été dévoilé, et sa pérennité dépendra des négociations sur le nucléaire qui risquent d’être particulièrement ardues. Mais même en restant prudent sur la suite des événements, comment ne pas déjà considérer cette guerre comme un fiasco qui risque d’avoir de graves conséquences en Iran, au Moyen-Orient et sur l’ordre international ?

Je pose cette question avec d’autant plus de gravité que je fais partie de ceux qui estimaient qu’il s’agissait alors de la moins pire des solutions pour sortir de l’impasse totale dans laquelle était plongée la région – ce qui a créé de vifs débats au sein même de la rédaction. Compte tenu du décalage entre les objectifs et les résultats, des pertes humaines et des répercussions (géo)politiques, force est néanmoins de constater que cela était non seulement une erreur, mais même une faute.

Dès le départ, cette guerre posait une double équation impossible. D’abord sur le plan moral, non seulement en raison de son timing mais aussi de ses acteurs. Elle intervenait dans la foulée de l’anéantissement de la bande de Gaza, d’une part, et du massacre des Iraniens à la suite du mouvement de protestation, d’autre part. Elle opposait un Premier ministre israélien visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité – et en outre allié à un président américain devenu torpilleur en chef de l’ordre international – à un régime islamiste radical prêt à sacrifier jusqu’aux derniers de ses citoyens pour survivre.

Il n’y avait pas de « camp du bien » et encore moins de « bonnes intentions » derrière les calculs de chacun de ces trois acteurs. De quoi largement justifier une position de neutralité. Mais la neutralité est un luxe dont on peut difficilement se prévaloir lorsque notre sort dépend en grande partie du conflit en question.

La donne n’était pas moins grise sur le plan stratégique. Avant le déclenchement du conflit, le régime était à la fois très affaibli et en même temps extrêmement résilient. Les Pasdaran étaient de plus en plus influents, l’appareil sécuritaire avait réprimé sans sourciller toutes les vagues de manifestation, les capacités balistiques augmentaient de mois en mois et le programme nucléaire était toujours en vie. Le régime devait faire face à de nombreux défis de premier ordre (la succession du guide suprême, l’étranglement de l’économie, le désaveu de la population, l’affaiblissement de son « axe de la résistance »), mais rien qui soit susceptible de l’achever en l’absence d’une opposition armée à l’intérieur ou d’une intervention militaire extérieure. La première étant absente, la seconde était ainsi le seul moyen sinon d’en venir à bout, au moins de le contraindre à rectifier sa trajectoire après qu’il a été une source de malheur et de déstabilisation pour sa propre population et pour la région depuis des décennies.

Mais avec quels objectifs ? Si le statu quo jouait en faveur du régime, était-il possible de le briser à un coût raisonnable? Soit Washington et Tel-Aviv se contentaient d’objectifs purement opérationnels (destruction des programmes balistiques et nucléaires, élimination de certaines figures-clés) sans véritablement modifier l’équation en profondeur, soit ils se lançaient dans une opération de changement de régime qui nécessitait nettement plus de moyens et qui aurait eu un coût et des conséquences d’une tout autre envergure.

Sans stratégie claire, les États-Unis ont oscillé entre les deux pensant pouvoir obtenir la seconde avec les moyens de la première. Mais concernant cet aspect, cette guerre a au moins eu le mérite de clarifier les choses. D’une part, la disproportion entre les pertes que le régime est prêt à accepter et le coût que les États-Unis sont prêts à supporter est telle que l’option militaire s’est retournée contre la première puissance mondiale pour devenir un atout pour la République islamique. D’autre part, la nature du régime fait qu’il n’y a pas de possibilité de le faire capituler avant qu’il ne disparaisse.

Face à lui, soit la guerre doit être totale, avec d’immenses retombées pour l’économie mondiale, pour l’Iran et pour le Moyen-Orient, soit elle doit être très limitée à des visées spécifiques. Si elle n’est ni l’une ni l’autre, ce qu’elle a été, elle est forcément à son avantage. Car comment vaincre un ennemi qui, quelles que soient ses pertes, n’acceptera jamais sa défaite ?

Tout dans cette guerre était gris. L’identité des belligérants, l’absence de stratégie, le manque d’informations crédibles de part et d’autre et le nombre de couches, d’enjeux internationaux ou de débats nationaux qui sont venus se superposer sur le sujet au point de complètement l’occulter.

Son bilan ? Un régime enhardi, un Golfe fragilisé et terrorisé, une Amérique illisible, un Israël isolé et une relation de plus en plus tumultueuse entre Washington et Tel-Aviv.

Le bilan complet est encore difficile à établir puisque nous ne savons pas grand-chose de l’état des programmes nucléaires et balistiques iraniens, à part le fait qu’ils n’ont pas été oblitérés. Nous ne savons pas non plus comment un régime qui s’est encore plus radicalisé sera capable de gérer une population qui manifestait massivement au péril de sa vie encore quelques semaines avant le déclenchement du conflit dans un pays en ruine. Nous ne savons pas comment la géopolitique du Golfe va évoluer à l’issue de ce conflit, entre un allié américain imprévisible et défaillant, un potentiel partenaire israélien égoïste et agent de déstabilisation, et un voisin iranien qui, faute de pouvoir faire suffisamment mal aux États-Unis et à Israël, s’est défoulé sur les pétromonarchies.

Nous ne savons pas davantage si le couple Washington-Tel-Aviv traverse une passe difficile – comme ce fut déjà le cas par le passé – ou se dirige vers un divorce qui aurait de très grandes conséquences sur le plan stratégique. Nous ne savons pas, enfin, si la Chine, la Russie et tous les autres prédateurs qui ont observé cette guerre à distance en ont tiré pour principale leçon la décadence de l’empire américain ou les limites des superpuissances face au conflit asymétrique.

Ce que nous savons par contre, c’est qu’à défaut d’avoir gagné la guerre, l’Iran est en train de gagner une nouvelle fois la négociation. Il n’a rien cédé ni sur les missiles ni sur les milices, voit son rôle régional légitimé, son pouvoir renforcé en interne, semble avoir fait très peu de concessions sur le nucléaire et pourrait en plus – c’est la grande inconnue de l’accord – toucher une partie de ses fonds gelés. De quoi lui donner de l’oxygène ainsi qu’à ses mandataires…

Pour le Liban, l’accord en gestation ressemble à une double peine. Nous risquons de subir à la fois l’occupation israélienne et la revanche du Hezbollah. Les deux vont durcir encore plus leurs positions vis-à-vis de l’État, le premier en posant des conditions impossibles, le second en menaçant de faire tomber le gouvernement. Il sera désormais encore plus compliqué pour Beyrouth de dissocier son destin de celui du bras de fer irano-israélien.

À ce tableau noir, il faut toutefois ajouter une nuance de taille : si un chapitre est en train de se clore, nous ne sommes certainement pas à la fin de l’histoire. Rien n’est fondamentalement réglé entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Et seul le recul historique permettra de savoir si cette guerre était ou non un point de bascule, et surtout pour qui.

«La justesse d’une guerre se juge non à son déclenchement mais à son résultat », expliquait le politologue Olivier Roy dans nos colonnes quelques jours après le début de celle lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran.Le texte de l’accord conclu dimanche entre Washington et Téhéran n’a pas encore été dévoilé, et sa pérennité dépendra des négociations sur le nucléaire qui risquent d’être particulièrement ardues. Mais même en restant prudent sur la suite des événements, comment ne pas déjà considérer cette guerre comme un fiasco qui risque d’avoir de graves conséquences en Iran, au Moyen-Orient et sur l’ordre international ?Je pose cette question avec d’autant plus de gravité que je fais partie de ceux qui estimaient qu’il s’agissait alors de la moins pire des solutions pour...
commentaires (18)

L’Iran a maintenant un nouveau Guide Suprême, dont tRump a fait tuer le père, la mère, l’épouse et le fils adolescent. …

Hacker Marilyn

12 h 26, le 19 juin 2026

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Commentaires (18)

  • L’Iran a maintenant un nouveau Guide Suprême, dont tRump a fait tuer le père, la mère, l’épouse et le fils adolescent. …

    Hacker Marilyn

    12 h 26, le 19 juin 2026

  • Tres bonne analyse. Par contre, en lisant les commentaires, on voit bien que mes compatriotes se réjouissent de l’interprétation de ces événements comme une défaite des USA. Et bien réjouissez vous et ne soyez pas surpris de l’état du Liban qui reflète la médiocrité de son peuple.

    Cedrus Fidelis

    19 h 17, le 17 juin 2026

  • Si Yahya Sinwar était encore vivant, je me demande s'il avait entrevu que son 7-Octobre provoquerait un tel chamboulement régional et international. Et le début de la fin de l'histoire d'amour US-Israël?

    Alain Raymond

    08 h 23, le 17 juin 2026

  • Et vous comptez encore et toujours sur les Ètats-Unis pour vous sortir de l'impasse? Volà qu'ils lâchent allègrement même leur allié génocidaire qui était l'ami le plus sacré des yankees : Quelque chose s'est brisé ! Quelque chose a changé dans cette relation , et définitivement ! Plus aucun président américain n'aidera Israel sans sourciller, à partir de cet instant : La faute à Bibi .

    Chucri Abboud

    14 h 24, le 16 juin 2026

  • La guerre est terminé et l'Iran bien que détruite a gagné la guerre. Pour la première fois les Etats Unis et Israel n'ont pas pu achever leurs objectifs. Et ça est une défaite historique que les deux pays pour des années ne pourront la répéter (certainement pas Trump qui pensait se balader en Iran comme lui ont dit les israéliens). Il n'ya plus d'amour entre Trump et Netanyahu, le premier ayant perdu toute confiance dans le second.

    Ma Realite

    14 h 22, le 16 juin 2026

  • Si ces rumeurs se confirment, l’influence iranienne au Liban demeurera pratiquement intacte. J’ai du mal à comprendre comment les gouvernements libanais, syriens et israéliens pourraient accepter une telle situation. Le président Trump a pourtant déclaré à plusieurs reprises que le Liban mérite la paix et que le peuple libanais est un peuple extraordinaire. Or, tout semble indiquer que le Hezbollah resterait en place. À moins d’un changement majeur, il est difficile d’être optimiste.

    Gebran Eid

    13 h 27, le 16 juin 2026

  • Cette guerre était illégale et rien ne la justifiait, vu que l'iran ne menaçait en rien ni l'Amérique ni israel, plutôt le contraire, et vu que l'iran, depuis 2003 avait annoncé avec une fatwa qu'elle ne produirait pa de bombe atomique, contrairement aux déclarations mensongères de trump et bibi. Vu qu'israël et les USA ont la bombe atomique et menacent constamment l'iran, il serait rationnel que l'iran ait aussi la bombe pour se défendre contre ces états voyous. L'iran sort aujourd'hui renforcée et pièce maîtresse régionalement.

    MeK

    11 h 59, le 16 juin 2026

  • Pour fabriquer la paix, au Moyen Orient comme ailleurs, il faut que les anciens ennemis se parlent. Seul la diplomatie et la retenu permettront un jour l'appaisemment au Moyen Orient. Surtout Israel doit accepter de parler avec ceux qui sont ses ennemis aujourd'hui. Ces mots sont peut être illusoires mais on ne ptrouvera aucune paix au Moyen Orient, au bout du fusil...

    FLEURY Pierre

    10 h 20, le 16 juin 2026

  • Excellent article... Bravo !

    Hanna Philipe

    10 h 20, le 16 juin 2026

  • pour le Liban , comme cela avait toujours ete le cas , le Liban joue a belote, rebelote et re re re re belote. Square one. Case depart .

    L’acidulé

    09 h 47, le 16 juin 2026

  • Je loue votre honnêteté et votre capacité à reconnaître votre erreur de départ est rare ! Je vous en félicite !!Je vote des deux mains pour votre expression " tout dans cette guerre était gris" c'est très juste du côté Americain et ca passe meme au gris sombre si l'on prend en consideration l'element "Epstein" dans le declenchement de la guerre. Rappelons nous qu'à ce moment on était en pleine résurgence de la polémique : les réseaux en degoulinaient, la pression pour la publication du "restant" s'accroissait ... d'où le mauvais timing que vous évoquez ... il etait tres bon pour Trump hélas

    Yann Guislain

    09 h 22, le 16 juin 2026

  • ''Qu'il s'agissait alors de la moins pire des solutions'' n'est pas français !Il vaut mieux dire ''qu'il s'agissait alors de la moins mauvaise des solutions''.

    AWADA Azzam

    09 h 09, le 16 juin 2026

  • Objectifs d’origine : * nucléaire iranien * missiles balistiques iraniens * proxys d’iran ( dont Hezbollah) * le peuple iranien à sauver OR Accord de Trump Iran: * déblocage d’ Ormuz * déblocage des avoirs iraniens * péage à Ormuz en faveur des iraniens Rien à voir avec les objectifs d’origine . La négociation s’est portée sur les conséquences de la guerre. Malheureusement, à terme , l’occident et les pays arabes vont payer très cher cet accord.

    LE FRANCOPHONE

    09 h 02, le 16 juin 2026

  • C’est bien dit, on ne sait pas grand chose de cet accord. Trump est impatient d’en finir. Et on ne sait pas encore ce qu’il a consenti aux barbus, qui pourraient garder les rescapés de leur milice, même vaincus. Si celà est vrai, le Liban officiel et le féroce voisin auraient donc une demande commune, désarmer la milice étrangère. Suite sans fin apparemment.

    NG

    08 h 33, le 16 juin 2026

  • Très bon article M. Samrani ! S’agissant du Liban, il faut tout de même garder à l’esprit que le Hezbollah sort affaibli de cette nouvelle phases de guerre, l’armée israélienne est toujours au Sud et très remontée, la Syrie n’est plus un allié de l’Iran, le Liban n’aura pas un dollar (pour la reconstruction ou pour autre chose) tant que la milice sera présente, et une majorité de la population libanaise est encore plus remontée contre dite milice. Dans ces circonstances, difficile pour elle d’imposer ses desiderata car le contexte qui prévalait avant le 2 mars n’a pas évolué en leur faveur.

    Karim K

    08 h 23, le 16 juin 2026

  • Avec l.acces aux et l,acquisition des ICBM et surtout DES DRONES par les moyennes et meme petites nations du monde, en exemple l,Iran et l,Ukraine, la *DEFAITE MILITAIRE* des SUPER-PUISSANCES, et nommement de Trump/Netanyahu et de Poutine et de tout autre AVENTURIER, EST SCELLEE D,AVANCE. Tout a change dans le monde. Et au LIBAN nous restons KIDNAPES en SUSPENS sur les CORDES des BARBUS ETAUTRES TRAPESISTES de TOUTE SORTE. Triste et dangereux DESTIN pour le PAYS et ses PATRIOTES Citoyens. IL FAUT NOUS LIBERER DES CARCANS ETRANGERS ET DE LEURS SUPPOTS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 17, le 16 juin 2026

  • Les seuls perdants dans cette guerre sont le peuple libanais et le peuple iranien. Le peuple libanais a un pays encore plus en ruine et le peuple iranien an encore un régime sanguinaire. 2 peuples lâchés par les Américains et les occidentaux. Le régime iranien et le Hezbollah vont continuer à détruire et ruiner leur pays respectif.

    Achkar Carlos

    06 h 43, le 16 juin 2026

  • Très bonne analyse.

    tarabay Assaad

    06 h 32, le 16 juin 2026

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