Des secouristes inspectent des décombres dans la localité de Kafra, au Liban-Sud, le 18 juin 2026. Photo relayée par Mountasser Abdallah
Alors que les retours des déplacés et les opérations de déblaiement se poursuivaient jeudi dans certaines localités du Liban-Sud, l'armée israélienne n'a pas hésité à tirer en direction de civils, de secouristes et de militaires à Haddatha, dans le caza de Bint Jbeil, freinant ainsi les recherches et poussant à l'évacuation de la localité. Les frappes se sont en outre poursuivies dans le sud du pays, faisant au moins quatre morts dans la région de Nabatiyé et de Jezzine, dans laquelle les Israéliens tentent d'avancer vers une colline stratégique.
L'occupation du Sud fait d'ailleurs l'objet, selon des sources israéliennes citées par l'agence Reuters, de discussions « acharnées » entre Tel-Aviv et Washington, qui réclame la fin des opérations israéliennes comme le prévoit le protocole d'accord conclu avec Téhéran.
Sur le terrain, trois personnes ont été tuées dans deux frappes israéliennes de drone sur la périphérie de Nabatiyé, à Zebdine (à l'ouest de la ville) et Kfartebnit (au sud-est) dans la matinée, selon les informations de notre correspondant Mountasser Abdallah. Une quatrième personne, nommée Mohammad Haïdar, a été tuée dans l'après-midi par une autre frappe de drone à Sejod (Jezzine).
Deux personnes, un Libanais et un Syrien, ont en outre été blessés à Beit Yahoun, dans le caza de Bint Jbeil, lorsqu'un drone de l’armée israélienne a lancé une bombe près de civils dans le village. Au cours des dernières heures, les attaques israéliennes se sont concentrées dans la région de Nabatiyé, alors que des échanges de tirs ont lieu entre les forces occupantes et le Hezbollah.
Les habitants de villages de plusieurs régions ont tenté de rentrer sur leurs terres tout au long de la journée, comme ils le font depuis lundi, de déblayer les routes et chercher des dépouilles de victimes d'attaques israéliennes, des opérations qui ont parfois été interrompues par des tirs. Des habitants de Haddatha qui avaient réussi à accéder jeudi matin à la place du village ainsi qu’aux quartiers est, sous escorte de l’armée libanaise et de secouristes des scouts de la mission islamique (al-Rissala, affiliée au mouvement chiite Amal) et du Comité sanitaire islamique (les secouristes du Hezbollah), ont ainsi été visés par des tirs et l'envoi par Israël de véhicules téléguidés dans leur direction, selon notre correspondant. Les travaux ont été interrompus par le ciblage d'une pelleteuse. Les habitants ont alors fui les lieux. Des opérations de déblaiement ont également été lancées dans les villages de Chakra, Kafra et Debbiyé, dans le caza de Bint Jbeil également. À Nabatiyé el-Faouqa, un drone de l’armée israélienne a largué une grenade assourdissante en direction d’une famille qui venait d’arriver devant chez elle, rapporte notre correspondant. La famille s’est réfugiée à l’intérieur, avant d’être évacuée vers la ville de Nabatiyé par les secours.
Tirs vers un hélicoptère israélien
Dans la nuit de mercredi à jeudi, des informations de notre correspondant ont fait état d’une tentative du Hezbollah d’abattre à la mitrailleuse un hélicoptère israélien effectuant une mission de reconnaissance aux abords de la colline stratégique de Ali al-Taher qui surplombe toute la région, et dont les Israéliens tentent de prendre le contrôle. L’hélicoptère a été pris pour cible par un missile sol-air, ce qui l’a contraint à se retirer de la zone, selon des sources locales. Plusieurs missiles ont également été tirés sur des véhicules israéliens aux abords de Kfartebnit. Le Hezbollah n'a pas revendiqué ces attaques. Toujours dans cette région, les localités de Kfar Remmane, Habbouche et Kfar Joz ont été la cible, pendant la nuit, de tirs d’artillerie qui ont provoqué des incendies. À minuit, les forces israéliennes avaient tiré à la mitrailleuse en direction de la zone de Wadi Slouki et des abords de la localité de Houla (Marjeyoun).
L'armée israélienne a de son côté annoncé jeudi matin la mort d'un de ses soldats, la veille, lors d'un incident au Liban-Sud au cours duquel sept autres militaires ont été blessés. Le soldat, un sergent-chef de 29 ans, « est tombé au combat dans le sud du Liban », a indiqué l'armée israélienne dans un communiqué, sans préciser la localisation de l'incident.
« Petit différend » entre Trump et Netanyahu sur le Liban
L'armée israélienne a, en outre, officialisé ses avancées hors de la « zone tampon » initialement revendiquée au début de son offensive terrestre au Liban-Sud, notamment au nord de Bint Jbeil, sur le littoral au sud de Tyr et vers les collines dites d'Ali el-Taher, en publiant une carte actualisée de sa « zone d'opérations » en territoire libanais. Et ce alors que Tel-Aviv veut convaincre Washington de laisser son armée maintenir les positions conquises au cours des dernières semaines au Liban-Sud. Deux responsables israéliens dont un officiel proche du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ont ainsi affirmé à Reuters, sous couvert de l'anonymat, que des négociations étaient en cours entre Washington et Tel-Aviv pour que l'armée israélienne maintienne son « déploiement » au Liban-Sud, alors que le protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis prévoit un arrêt des hostilités au Liban et un engagement des deux parties à « garantir (son) intégrité territoriale et sa souveraineté ».
L'une de ces sources israéliennes a indiqué que l'État hébreu ne reviendrait pas sur ses positions, notamment sur le maintien des forces déployées au sud du fleuve Litani. Un second responsable israélien a affirmé que l'issue des discussions dépendrait en définitive de la volonté du président américain Donald Trump de « forcer la question », notamment en menaçant Israël de conséquences s'il ne respectait pas les termes du protocole d'accord conclu avec l'Iran. Selon cette source, tout dépendra donc de la décision de M. Trump d'exercer — ou non — une pression directe sur Israël afin qu'il se conforme aux engagements prévus par cet accord. Depuis le G7, M. Trump avait indiqué avoir un « formidable partenariat » avec Benjamin Netanyahu, qualifiant leur désaccord sur le Liban de « petit différend ». Sur « la partie libanaise, c'est une chose sur laquelle il va falloir qu'on travaille un peu », a reconnu Donald Trump depuis Evian, alors que les Iraniens exigent qu'Israël cesse ses frappes contre le Hezbollah au Liban. « C'est en fait une toute petite pièce du puzzle, mais elle fait quand même beaucoup de bruit », a-t-il poursuivi.
Le Liban a été entraîné dans le conflit après des tirs de roquettes du Hezbollah contre Israël le 2 mars. Malgré un cessez-le-feu instauré le 17 avril, le conflit se poursuit au Liban-Sud, où l'armée israélienne a lancé une offensive terrestre et occupe aujourd'hui une partie du territoire. Dans son dernier bilan des victimes de la guerre, publié mercredi, le ministère libanais de la Santé a dénombré 3 912 tués et 11 873 blessés, soit respectivement 28 morts et 17 blessés de plus en 24 heures, malgré la baisse des attaques israéliennes depuis dimanche, à l'annonce de l'accord conclu entre l'Iran et les États-Unis.

