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Liban - La psychanalyse, ni ange ni démon

Pourquoi la psychanalyse aujourd’hui ?

Le 100e article de cette rubrique, paru dans L'Orient-Le Jour du vendredi 23 juin, a remis à jour la nécessité de la psychanalyse aujourd'hui. Je constate dans mon expérience quotidienne de psychanalyste et de chef du service de psychiatrie de l'hôpital Mont-Liban que le besoin de psychanalyse est toujours aussi pressant. Dans l'avant-propos de son livre Pourquoi la psychanalyse ? paru en 1999 aux éditions Fayard, Élisabeth Roudinesco écrit : « La mort, les passions, la sexualité, la folie, l'inconscient, la relation à autrui façonnent la subjectivité de chacun, et aucune science digne de ce nom n'en viendra jamais à bout. »

À l'époque où nous vivons, cette subjectivité irréductible de l'être humain se rebelle encore plus contre toute tentative de réduction, d'où qu'elle vienne. Qu'elle vienne de la science pourrait nous étonner, mais il en a toujours été ainsi. Mais que cette tentative de réduction de la subjectivité vienne des sciences médicales et particulièrement de la psychiatrie est un paradoxe. Que la relation médecin-malade, soignant-soigné soit aujourd'hui réduite à la prescription de médicaments ou à des techniques psychothérapiques n'est pas scientifique. Non pas que les médicaments en psychiatrie ne soient pas utiles, loin de là. L'exemple des neuroleptiques en témoigne. Dans les années 60, les neuroleptiques agissaient sur les psychoses avec autant d'effets positifs que d'effets secondaires négatifs qui amenaient les patients à refuser de les prendre. Aujourd'hui, ces mêmes neuroleptiques qu'on appelle antipsychotiques (appellation qui n'est pas innocente du tout) agissent très bien dans la socialisation du patient avec beaucoup moins d'effets indésirables. Or cette appellation témoigne d'une dérive qui indique qu'on vit dans une période de « dictature du médicament ». Si les antidépresseurs luttent contre la dépression, les anxiolytiques contre l'angoisse et les somnifères contre l'insomnie, pourquoi choisir le mot antipsychotique ? On lutterait contre les patients psychotiques eux-mêmes, c'est-à-dire les fous ? Ainsi, sous une forme scientifique, la ségrégation et la discrimination réapparaissent.

 

« Le médicament le plus prescrit au monde, c'est le médecin lui-même »
Cette nouvelle appellation, apparue au milieu des années 80 avec la marchandisation de la santé, indique la dérive scientiste à laquelle nous assistons de nos jours. Le DSM IV (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) est l'outil principal de cette dérive scientiste en psychiatrie. Au-delà de son utilité pour les psychiatres, il véhicule cette idéologie scientiste qui fait la science une religion. Les comportements humains sont de plus en plus psychiatrisés, ce qui a fait passer en une ciquantaine d'années le nombre des troubles d'environ 100 dans le DSM III à 300 dans le DSM IV. L'intérêt des industries pharmaceutiques, des assurances maladies est évident. Plus rien n'échappe à ce monstre, disait Thomas Szasz à propos du DSM IV.

Ainsi cette dictature des médicaments, que nous verrons plus en détail dans les prochaines rubriques, efface complètement l'importance de la relation médecin-malade qui faisait dire à Michaël Balint, médecin et psychanalyste anglais : « Le médicament le plus prescrit au monde est le médecin lui-même. » Ce constat est le fruit d'un long travail fait avec les médecins généralistes sur la relation médecin-malade et son importance dans le diagnostic, le traitement et le pronostic des maladies organiques.

Or de cela, le premier médecin psychothérapeute de l'histoire a parfaitement témoigné. Franz-Anton Mesmer (1734-1815), qui fonda la théorie du magnétisme animal, était convaincu que chaque être humain portait en lui une force magnétique qui peut le rendre malade mais qu'on peut utiliser également pour le guérir. D'où la technique des passes magnétiques. Mais, à la fin de sa vie, il reconnaissait que ce n'était pas le magnétisme qui guérissait ses patients mais ce qu'il appela alors « le rapport », soit le rapport médecin-malade, ce que Freud appellera plus tard le transfert. Au début, en bon scientifique, Mesmer avait besoin d'explications pour comprendre ce qui se passait entre lui et son patient : il utilisa la découverte en physique des champs magnétiques. À chaque période sa découverte scientifique nous fait oublier que « l'homme est libre de sa parole et qu'il ne peut être réduit à son être biologique ».

 

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