Liban

La bataille des jurds contribuerait à « rétablir la confiance saoudo-libanaise »

La situation
26/08/2017

L'essentiel du dernier discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est d'avoir tenté de déconstruire l'équation souverainiste de 2005 en confirmant le triptyque « armée-peuple-résistance » et en y incorporant « l'armée syrienne ». Sous le couvert d'un discours de bienséance à l'égard de l'armée libanaise, il a laissé entendre que tout acte de souveraineté accompli par celle-ci reste incomplet sans le Hezbollah et sans le régime syrien.

Le leader chiite a ainsi multiplié jeudi soir, en les revisitant, les références à « la concomitance des volets libano-syriens », leitmotiv de la période de tutelle. Il a qualifié d'« indivisible (...) la bataille » menée de part et d'autre des frontières nord-est contre l'État islamique et lié le dénouement du dossier des otages militaires à la normalisation des rapports libano-syriens : « Que personne n'agisse comme si nous faisions deux fronts (...). Nous agissons tous selon le principe que nous sommes unis par un même destin, un même front, une même sécurité et une même bataille. »

En s'auto-habilitant à mener les négociations auprès de l'EI pour la libération des otages, « après consultation du régime syrien », il s'est autoproclamé officier de liaison entre Damas et Beyrouth, tout en s'autorisant à permettre au gouvernement libanais de participer le cas échéant aux négociations. « Nous n'avons aucun problème à ce que la partie libanaise officielle soit partie aux négociations, mais tout engagement obtenu sera mis en œuvre par Damas », a-t-il déclaré.

Cette volonté de « ramener le Liban vers le choix syrien » est confirmée par une source proche de l'Iran. C'est dans ce cadre que se situerait la récente visite à Beyrouth de l'adjoint du ministre iranien des Affaires étrangères aux pays arabes et africains, Hussein Jaber Ansari, selon la même source. Parallèlement à cette visite, des milieux chiites proches de Téhéran se sont activés à minimiser l'obstacle qu'incarne Saad Hariri face à une normalisation officielle des rapports libano-syriens. Projetant dans un premier temps que M. Ansari ne se rendra pas au Grand Sérail, ils ont précisé ensuite que s'il l'a fait, « ce n'est qu'au troisième jour de sa visite ».

 

(Lire aussi : La nouvelle équation de Nasrallah, une « gifle » pour les forces souverainistes du gouvernement

 

Anticipant un dialogue irano-saoudien avec un optimisme que Riyad ne partage pas encore, ces milieux vont jusqu'à dire que ce dialogue se fera au détriment de M. Hariri : soit qu'il en sera écarté, soit qu'il devra s'y résigner, au prix de lourds compromis, disent-ils. Selon eux, le Hezbollah serait près d'arracher au cabinet Hariri une adhésion à la normalisation des relations libano-syriennes.

Il y aurait ainsi comme un empressement syro-iranien de sécuriser des acquis au niveau régional, en profitant du nouveau temps de répit accordé au régime syrien, et de tenter de le faire à partir du Liban où le Hezbollah a consolidé son influence.

Mais cette agitation iranienne n'est pas sans provoquer des soubresauts souverainistes internes. Outre la réponse virulente hier du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, au discours de Hassan Nasrallah, le bloc du Futur a dénoncé jeudi soir « un chantage » du parti chiite au gouvernement sur le dossier des otages militaires.

La visite du ministre d'État saoudien pour les Affaires du Golfe arabe, Thaër al-Sabhane, sans porter un appui explicite à ces positions, vient « confirmer le soutien traditionnel de Riyad aux institutions libanaises », estiment des milieux libanais proches de l'Arabie. Ce message se résumerait par le tweet de M. Sabhane hier : « Les efforts de l'armée libanaise et son aptitude à préserver la sécurité et la stabilité de son pays prouvent que seules les institutions légitimes nationales, et non communautaires, construisent des États. » Cette position obéirait à la même logique qui avait dicté la décision saoudienne de verser une donation à l'armée libanaise, rappellent ces milieux, en veillant toutefois à ne pas exagérer la portée de cette visite diplomatique.

Selon eux, rien n'a changé depuis l'assainissement des rapports bilatéraux officiels facilité par le déblocage de la présidentielle. « Il n'y a toujours pas de politique saoudienne claire au Liban, celle-ci demeurant une politique à feu doux, qui consiste à ne pas rompre avec le pays, sans toutefois y défendre un engagement en faveur d'une tendance particulière », disent ces milieux.

Il n'empêche que la bataille des jurds entre dans le cadre des événements à même de « contribuer, par un effet cumulatif, à rétablir la confiance » entre l'Arabie et le Liban officiel, ajoutent-ils. Cette confiance serait confortée par « la solidarité populaire » avec l'armée, qui suffirait à contrebalancer à elle seule le discours de Hassan Nasrallah. Déjà, selon un interlocuteur libanais de M. Sabhane, « l'Arabie considère le gouvernement Hariri comme un gouvernement ami ».

Et sa visite, ainsi que celle du diplomate iranien, aurait pour finalité de « réaffirmer leur positionnement dans la région et au Liban » où, semble-t-il, l'influence iranienne ne serait pas tout à fait acquise, dans un contexte de pressions américaines accrues pour réduire la marge d'action du Hezbollah.

 

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Le Faucon Pèlerin

Un sixième héros de la vaillante armée libanaise, Yasser Haïdar Ahmed el-Farès, meurt au Champ d'Honneur sur le champ de bataille de la Patrie reconnaissante.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE NE CROIS PAS A CE QUE DIT LE TITRE !

LA TABLE RONDE

La question qui reste cruciale , c'est comment desarmer une resistance qui a botte le cul aux envahisseurs israeleins et a leurs suppletifs de l'epoque , et qui a récidivé en 2006 , tout en ayant cassé la gueule aux bactéries que israel manipule chez nous et à qui la résistance libanais du hezb a pété la gueule ?????

Il est tres rare quon me publie QUAND je commente les articles de Mme noujeim, je croise les doigts ....

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