Liban

Le Haut Conseil libano-syrien, une « relation de maître à laquais »

Coordination avec Damas
26/08/2017

À l'heure où le Hezbollah réclame des négociations directes avec le régime syrien au sujet des soldats otages de l'État islamique depuis août 2014, plusieurs voix se sont élevées pour appeler à une réactivation du Haut Conseil libano-syrien qui pourrait assumer le rôle de négociateur entre les deux pays et sauver ainsi la face à ceux qui refusent de parlementer avec le régime syrien. Deux anciens militaires et un ex-ministre commentent.

La signature, en 1991, de l'accord dit de fraternité et de coopération entre le Liban et la Syrie, sous le mandat du président Élias Hraoui, avait donné naissance à un Haut Conseil de coopération libano-syrien au niveau gouvernemental ainsi qu'à un bureau de coopération militaire. Le retrait des troupes syriennes du Liban, en 2005, suivi de l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri puis de l'inauguration, en 2008, de l'ambassade syrienne à Beyrouth ont peu à peu eu raison des activités du Haut Conseil, bien qu'il continue d'exister et que son secrétaire général, Nasri Khoury, effectue de temps à autre des réunions avec les leaders libanais au sujet de questions d'actualité.

Ce comité pourrait-il être réactivé et entamer des négociations avec la Syrie au sujet des militaires libanais aux mains de l'EI ? Interrogé par L'Orient-Le Jour, un ex-officier de la troupe estime que la demande du Hezbollah s'apparente à un « chantage » et que le Haut Conseil « ne sert plus à rien ». « Ce Conseil n'a jamais été efficace. Les Syriens le contournaient et parlaient directement avec le président de la République », indique cet officier à la retraite ayant requis l'anonymat. « En gros, on demande au gouvernement d'avoir des relations directes avec la Syrie. Il s'agit d'un chantage politique pour faire basculer le Liban à nouveau dans le giron syrien », déclare-t-il.

Dans un discours avant-hier, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait fait comprendre aux autorités libanaises qu'elles n'avaient d'autre choix que d'engager un dialogue avec Damas si jamais elles décidaient de négocier avec l'EI au sujet des soldats prisonniers.
« Il y a déjà des canaux de contact établis avec la Syrie par le biais du directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, qui a parlementé notamment dans l'affaire des religieuses de Maaloula (brièvement détenues en 2014 par le Front al-Nosra). Alors pourquoi en ouvrir de nouveaux ? » se demande encore l'officier.

 

(Lire aussi : La nouvelle équation de Nasrallah, une « gifle » pour les forces souverainistes du gouvernement)

 

Une relation « nécessaire »
Une autre ancien militaire, qui confie à L'OLJ avoir participé à une réunion du Haut Conseil libano-syrien, parle de « servilité pure » et de « relation de maître à laquais » pour décrire l'ambiance qui y régnait. « S'il faut incliner la tête pour récupérer les soldats, je dis qu'il vaut mieux mourir debout qu'à genoux », lance cet officier avant d'ajouter : « Il ne faut pas accepter le chantage, quitte à ne pas mener de négociations au sujet des soldats prisonniers. Gardons la tête haute. »
Contacté par L'OLJ, un ancien haut responsable à l'époque de la tutelle syrienne souligne pour sa part que la relation du Liban avec la Syrie « a été posée comme une évidence lors de l'entente nationale à Taef » et qu'elle demeure « nécessaire ». « À un moment ou un autre, il va falloir trouver une formule de coordination pour les relations avec la Syrie. Il va falloir négocier avec la Syrie, même si Bachar el-Assad reste au pouvoir. Je comprends que certains attendent un feu vert de l'Arabie saoudite pour le faire. Malheureusement, le pays a toujours été polarisé », déclare-t-il. « Quand Nasrallah s'est exprimé jeudi soir, il était clair que les Syriens lui avaient fait comprendre qu'ils étaient mécontents qu'on n'évoque pas la coopération avec eux », ajoute-t-il.

 

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Irene Said

Depuis août 2014...quand le Hezbollah s'est-il soucié de libérer les soldats libanais otages de l'Etat islamique ?
Brusquement cela le démange jour et nuit et il nous abreuve de déclarations, réclame, ordonne avec un sans-gêne incroyable !

Au fait...pourquoi lui accorder tant d'attention ?
Si on le laisse parler dans le vide...il finira par se lasser ?!
Irène Saïd

Le Faucon Pèlerin

Le Haut-Conseil libano-syrien, présidé par un membre éminent du PSNS, ne doit plus exister depuis le retrait syrien du Liban. Je le compare à un comité Théodule* imposé par l'occupant par provocation envers le Liban, le seul Etat démocratique des pays dits arabes.

* En France, un comité Théodule est un comité ou une commission qui a peu ou pas d'utilité.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POUR QUE LE TITRE SOIT JUSTE IL FAUT DIRE LE HAUT CONSEIL SYRO-LIBANAIS ETC...

RE-MARK-ABLE

La seule différence avec le passé politique du Liban, c'est que dans la relation de maître à esclave , seul le maitre a changé.

De l'indépendance à 2000, le maitre avait un autre visage.

C'EST TOUT .

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