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La Dernière

Léa Baroudy, marcher main dans la main

Positive Lebanese
23/08/2017

Sans tomber dans le cliché qui veut que le Liban soit le pays de toutes les contradictions, force est d'admettre qu'il y a tellement de diversités dans ces quelques kilomètres carrés que nous pouvons les envisager au gré comme autant de clivages ou comme autant de richesses. Pour Léa Baroudy, il ne fait aucun doute que les choses qui rassemblent les Libanais sont bien plus importantes que celles qui les séparent.

Issue d'une famille ouverte et tolérante, la jeune femme, dotée d'un diplôme de business et de commerce, décide, dès 2010, de se lancer dans une louable bataille qui consiste à privilégier au maximum cette liberté d'expression, clé de toute communication. L'association March voit le jour. March comme la dynamique d'avancer, mais aussi March comme un printemps éternel. Et March contre la censure sous toutes ses formes. Après plusieurs victoires remportées sur plusieurs tentatives de musèlement de la société civile dans ses formes d'expression artistique, elle décide de se pencher sur ces jeunes Libanais issus de milieux défavorisés qui n'ont souvent pas d'autre choix que de se radicaliser. Et c'est le théâtre qu'elle choisit comme plateforme pour les faire se rencontrer. Après un diplôme de médiation, outil formidable de résolution des conflits, que la jeune fille décroche, c'est à Tripoli que March décide de concentrer ces activités. En 2014, le conflit entre Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh faisait rage et de nombreux jeunes gens avaient décidé de prendre les armes. Pauvreté, sentiment d'injustice, besoin de s'affirmer, les raisons sont nombreuses pour plonger dans un extrémisme dangereux.

Mais rien n'arrête Léa Baroudy, profondément convaincue de l'effet thérapeutique et rassembleur de l'art sous toutes ses formes. Même si convaincre et mettre les choses en place s'avèrent être un processus long et tendu, 16 jeunes hommes entre 16 et 25 ans venus des deux bords, sans emploi et ayant pris les armes, se retrouvent finalement sur une même scène à raconter leur parcours difficile. Lucien Bourjeily écoute, s'inspire et écrit Guerre et amour sur le toit, une pièce à la hauteur de la volonté de ces jeunes libanais de s'en sortir. Le succès est au rendez-vous et les liens forts tissés entre les membres de la troupe prouvent bien que les clivages même profonds peuvent être dépassés. Pour ne pas laisser cette formidable aventure humaine sans suite, pour garder à ces jeunes un lieu où se retrouver, échanger leurs douleurs et leurs espoirs, un café voit le jour. Café bi kaffak est aujourd'hui un grand succès avec des ateliers de formation et des projets rassembleurs. Comme celui de restaurer les boutiques de la ligne de démarcation entre Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh endommagées par les événements. Ce sont ces jeunes eux-mêmes qui avaient un jour pris les armes, aujourd'hui formés aux métiers du bâtiment, qui se retrouvent main dans la main à reconstruire ce que la vie les avait forcés à détruire. Les filles ne sont pas en reste avec des formations de graphisme pour imaginer des enseignes modernes et fraîches.

Après cette success story à Tripoli, Léa Baroudy s'est penchée sur les quartiers sensibles de Beyrouth et les jeunes de Tarik Jdidé, la banlieue et Khandak el-Ghamik se sont également retrouvés sur les planches avec une pièce, Houna Beyrouth, écrite par Yahya Jaber, et qui décrit leur quotidien et leur volonté de dépasser leurs différences. Après Beyrouth, ça a été le Akkar, région totalement délaissée par le gouvernement et où 63 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Et là aussi, des jeunes assoiffés de culture, d'art et d'espoir se retrouvent sur scène avec une pièce musicale satirique, Habib el-kell, écrite par Nehmé Nehmé et Danil Sayegh pour la musique.
Cette pièce qui raconte la grande kermesse des batailles électorales a remporté un immense succès au Akkar et sera présentée en septembre à Beyrouth. Léa Baroudy continue sa marche dopée par cette formidable générosité de ces jeunes, hier ennemis, aujourd'hui prêts à se prendre par la main pour construire un Liban d'espoir.

 

*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient une Libanaise ou un Libanais courageux, innovant, optimiste et plein d'amour pour son pays. (voir ici)

 

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