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Économie

Kanaan : Nous pouvons financer la grille des salaires sans augmenter les taxes

Interview

Le président Michel Aoun réunit aujourd'hui à Baabda les acteurs socio-économiques pour aborder le relèvement de la grille des salaires et les nouvelles mesures fiscales votées en juillet par les députés pour la financer. Entre-temps, le président de la commission des Finances et du Budget, Ibrahim Kanaan, plaide dans une interview à « L'Orient-Le Jour » pour la mise en place de réductions budgétaires dès 2017 afin de réduire l'impact du coût de la nouvelle grille sur les finances publiques.

14/08/2017

Vous avez affirmé à plusieurs reprises qu'environ 663 millions de dollars d'économies budgétaires (sur des dépenses totales de 15,7 milliards de dollars) pourraient être réalisées dès 2017 et représenteraient une alternative à l'introduction de nouvelles mesures fiscales. Quels sont les postes de dépenses concernées, tel qu'identifiées par la commission des Finances et du Budget, chargée de l'examen du projet de budget ?
Il s'agit essentiellement de lois-programmes ministérielles jugées non prioritaires ou dont les coûts ont été surévalués de certaines dépenses courantes comme celles allouées à des enveloppes à usage discrétionnaire réservées aux récompenses ou aux heures supplémentaires, ou encore à des dépenses pour l'achat de certains équipements électroniques.

Le budget du ministère des Télécoms, par exemple, fixé à 497 millions de dollars dans le projet de budget 2017, prévoyait d'affecter 298 millions de dollars (146 millions la première année, NDLR) à un programme d'investissement visant à développer la fibre optique. Or l'année est quasiment finie et le ministère n'est plus en mesure de dépenser toute cette somme en quatre mois. De plus, le ministère des Télécoms n'avait au départ fourni aucune indication sur ce programme d'investissement.

La commission est finalement parvenue, d'un commun accord avec le ministère des Télécoms, à baisser le budget de ce dernier de 100 millions de dollars (en augmentant notamment la durée d'exécution du programme d'investissement, NDLR). Nous allons faire de même avec d'autres ministères et établissements publics, en réduisant les budgets de lois-programmes non prioritaires et certaines charges opérationnelles.

Nous nous sommes aussi intéressés aux associations dites caritatives qui bénéficient de financements publics, dont le total est estimé à 265 millions de dollars dans le projet de budget. La majorité de ces associations sont en réalité affiliées à des partis politiques et servent leurs intérêts. Une partie de ces fonds est d'ailleurs allouée à des associations présidées par les conjointes des principaux leaders politiques. Nous prévoyons de mettre un terme au financement de ce type d'associations dès 2017.

 

(Lire aussi : Aoun remet sur le tapis aujourd’hui le financement de la grille des salaires)

 

Qu'en est-il de la réduction prévue du budget de l'armée, sera-t-elle maintenue en dépit de la polémique qu'elle a suscitée ?
Le projet de budget 2017 tel qu'approuvé en Conseil des ministres prévoyait de réduire de 20 % le budget des militaires (à 1,5 milliard de dollars, NDLR). La commission des Finances tente de redistribuer une partie des économies budgétaires aux militaires pour combler partiellement cette baisse.

Êtes-vous sûr que ces réductions budgétaires de 663 millions de dollars peuvent être réalisées dès l'exercice 2017 ?
Absolument.

Vous vous êtes opposé à l'introduction de nouvelles mesures fiscales dédiées au financement du relèvement de la grille des salaires. Est-ce que les réductions budgétaires que vous prévoyez pour l'exercice 2017 suffiront-elles à financer ce relèvement ?
Un crédit de 796 millions de dollars pour le financement de ce relèvement est prévu dans le projet de budget, mais le ministère des Finances n'a pas encore communiqué une estimation finale de son coût annuel.
Au fur et à mesure des années, nous arriverons à réaliser de plus en plus de réductions budgétaires et nous réussirons à couvrir la totalité du coût annuel de la grille, sans procéder à une hausse des taxes. Si l'on prend l'exemple de la mesure prévoyant le relèvement d'un point de la TVA à 11 % (votée au Parlement en mars, parmi les mesures fiscales censées financer la nouvelle grille des salaires, NDLR), qui est une mesure injuste puisqu'elle vise indistinctement toutes les catégories sociales, elle devrait générer 171 millions de dollars de recettes supplémentaires. C'est une somme équivalente aux coupes budgétaires que l'on prévoit de réaliser sur le budget alloué au financement des associations, ou encore à celui octroyé à la loi-programme du ministère des Télécoms.

 

(Lire aussi : Jreissati promet une loi pour séparer les caisses de solidarité de la grille des salaires)

 

Le président de la République, Michel Aoun, n'a pas encore signé la loi sur le relèvement de la grille des salaires votée le 18 juillet au Parlement, ni la loi sur les mesures fiscales censées la financer également votée au Parlement le lendemain. Conformément à la Constitution, il a jusqu'au 19 août pour les renvoyer au Parlement pour être rediscutées. Vous êtes de la même famille politique, pensez-vous qu'il prendra en compte vos propositions de réductions budgétaires comme une alternative aux nouvelles mesures fiscales ?
Le président a été placé dans une situation délicate, car il doit à la fois prendre en compte les droits des bénéficiaires du relèvement de la grille des salaires et les intérêts économiques du pays. Mais je pense que oui, il sera sensible à mes propositions et les prendra en compte.

D'autres députés estiment qu'à ce stade de l'année, une bonne partie des dépenses publiques ont été engagées, rendant difficile toute possibilité de réduction...
Nous n'avons toujours pas reçu l'état des dépenses effectuées du début 2017 à aujourd'hui, alors que nous en avons fait la demande à plusieurs reprises auprès du ministère des Finances. Mais effectivement, il y a d'autres possibilités de réductions budgétaires qui ont été identifiées par la commission des Finances au cours des derniers mois et qui ne peuvent être mises en place qu'à partir des prochaines années, puisqu'elles concernent des dépenses déjà effectuées. En 2018, nous pourrons réaliser des économies budgétaires d'environ 2 milliards de dollars.
Pour les prochains exercices, nous ciblerons en priorité les locaux loués par l'État qui lui coûtent 76 millions de dollars chaque année. Nous pouvons par exemple construire un centre gouvernemental pour 13 à 19 millions de dollars et économiser une bonne partie de cette somme.
Nous comptons également demander un droit de regard sur le mode de fixation des taux d'intérêt des bons du Trésor (en livres, NDLR), car nous estimons que les risques encourus par les banques ne justifient pas des taux à 7 ou 8 %.

Nous sommes déjà en août 2017. Or selon les délais constitutionnels, le gouvernement devrait transmettre au Parlement le projet de budget de 2018 dès début octobre 2017. Ne risque-t-on pas de faire face à de nouveaux retards ?

Nous avons entamé en commission un véritable travail de réforme des finances publiques. Il fallait une vision globale de la politique financière de l'État. Le ministère des Finances a assisté à toutes nos réunions et prendra acte de nos avancées dans la préparation des prochains projets de budget, y compris celui de 2018.
Le ministère des Finances utilisera le travail fourni par la commission pour la préparation du projet de budget de 2018 qu'il a d'ailleurs déjà entamé, afin que le gouvernement soit en mesure de le transmettre dans les délais constitutionnels au Parlement.

 

 

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gaby sioufi

cafouillage quand tu nous tiens !

non mais, non mais, il nous prend pour des ignorants ou quoi ?

et il est demande au president Aoun de demeler, lui, cet imbroglio ?

Khlat Zaki

A prévoir une subtile orchestration d'un laborieux télescopage des budgets 2017 et 2018 sur fond de renvoi de tout projet d'arrêté de comptes pour complément d'étude probablement du ressort de la future Assemblée!

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