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Chantal Kassargy, la jeune ingénieure et les incessants nouveaux défis...

PORTRAIT

Intelligente, courageuse, ambitieuse, Chantal Kassargy perfectionne l'art de prendre des risques. Aujourd'hui, à 28 ans, la jeune chercheuse libanaise a à son actif plusieurs découvertes.

12/08/2017

Son rêve d'enfance était de devenir ingénieure mécanique. « Choisir une spécialisation considérée pour hommes était le premier défi que j'ai relevé », confie Chantal Kassargy. « Je voulais montrer que les filles sont capables d'exceller dans ce domaine aussi. » Sa première année d'études en génie mécanique au Conservatoire national des arts et des métiers (CNAM) à Beyrouth n'était pas facile. « Nous étions deux filles en classe, face à quarante garçons. Cela nous exposait à des commentaires désobligeants. On nous demandait par exemple si nous nous considérions suffisamment intelligentes pour réussir », se rappelle-t-elle. Ne prêtant pas l'oreille à ces critiques, Chantal Kassargy décroche son diplôme d'ingénieure mécanique en 2013 et sort major de sa promotion.

En 2014, l'ambitieuse ingénieure intègre un master recherche en énergie renouvelable commun entre l'UL et l'USJ. Classée deuxième de promotion, on lui propose un stage au département systèmes énergétiques et environnements (DSEE) à l'École des mines de Nantes. Un nouveau défi se présente à elle : quitter le poste qu'elle occupe depuis 4 ans dans une entreprise spécialisée dans la climatisation pour effectuer un stage à l'étranger. Au moment où les jeunes femmes de son âge cherchent la stabilité et la sécurité, elle opte pour une nouvelle aventure. « J'avais beaucoup d'ambitions. Par ailleurs, je sentais que j'étais dans la routine — non pas dans la stabilité — et que j'étais toujours jeune pour prendre des risques », confie-t-elle.

 

Plusieurs découvertes
Chantal Kassargy passe six mois au DSEE à transformer les plantes végétales non comestibles en biocarburant. « En ayant l'environnement de mon pays en tête, j'ai proposé d'utiliser la Pistacia atlantica, une plante qui pousse dans le sud du Liban et qui contient 40 % d'huile », précise-t-elle. Cette huile est extraite par un procédé thermochimique avant d'être transformée en un biocarburant dont la chercheuse libanaise précise les propriétés physiques. « J'ai validé la découverte de ce biocarburant écologique dans un article scientifique », explique-t-elle.

Avant même de soutenir son mémoire, la brillante jeune libanaise obtient une bourse de l'École doctorale de l'UL et du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) pour compléter une thèse de doctorat à l'École des mines de Nantes en cotutelle avec l'UL. « Je pouvais poursuivre le travail que j'avais commencé dans le cadre de mon stage de master, mais j'ai refusé », assure la jeune doctorante qui a opté pour un sujet plus risqué : transformer les déchets plastiques non recyclables en un carburant liquide. « Mon encadrant m'a averti que ce sujet est plus difficile surtout qu'il se peut que je n'arrive pas à un résultat », se rappelle-t-elle, souriante. Mais encore une fois, elle a accepté courageusement ce nouveau challenge. Et d'ajouter : « La crise des déchets survenue à l'époque au Liban était une raison supplémentaire qui m'a incitée à choisir ce sujet, surtout que 60 % des ordures collectés sont des déchets plastiques non recyclables. »

Après de longues journées de travail sur une installation écologique, Chantal Kassargy réussit à transformer les déchets plastiques en un gaz qu'elle condense en un carburant liquide. Une nouvelle découverte qui est vite suivie par d'autres. « Ce liquide était un mélange de plusieurs fractions que j'ai séparées par distillation fractionnée en deux grandes phases qui respectent les normes européennes et peuvent être utilisées industriellement sur le moteur diesel et le moteur essence », précise-t-elle. Et d'ajouter : « Ce projet pourrait être installé au Liban, mais la récupération des déchets plastiques non recyclables est difficile à cause de l'absence du tri à la source. »

Le parcours de Chantal Kassargy n'a pas été sans difficultés. « Chaque jour survenait un nouveau problème au laboratoire, je pensais parfois que je n'aurai pas de résultats », confie-t-elle. Pourtant, armée de patience, de persévérance et de détermination, la dynamique chercheuse atteint son objectif.
La jeune doctorante soutiendra sa thèse en janvier 2018. Elle confie préférer travailler dans le secteur industriel et les laboratoires de recherche, plutôt que dans l'enseignement. Elle n'est donc pas sûre de trouver un travail qui lui conviendrait au Liban. Entre-temps, elle poursuivra son parcours, « refusant d'écouter les remarques négatives qui mettent des bornes à ses ambitions ».

 

 

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