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En "tournée" avec le Hezbollah dans le jurd de Ersal

Liban/Reportage

L'Orient-Le Jour faisait partie d'un convoi de 59 véhicules transportant des journalistes, 48h après le début du cessez-le feu, sur le champ de bataille où se sont affrontés le parti chiite et les jihadistes du Front Fateh el-Cham.

30/07/2017

Quarante-huit heure à peine après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu dans le jurd de Ersal (Békaa) entre le Hezbollah et les jihadistes de Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra), le parti chiite a organisé samedi une tournée sur le terrain à l'intention des médias.

Pour l'occasion, le Hezbollah - qui grosso modo avait donné le "la" de l'offensive - avait vu large : plus d'une centaine de journalistes locaux et étrangers étaient invités à constater sur le terrain ce que le parti a qualifié de victoire-éclair après une semaine d'intenses combats.

Il est vrai que le Hezbollah avait déjà arrangé, durant les derniers jours de l'offensive, quelques visites de terrain pour certains journalistes. Mais cette fois-ci, c'est un impressionnant convoi de 59 véhicules tout terrain qui a gravi les pentes du jurd, aux portes de la Syrie. Et ce malgré la présence encore d'éléments jihadistes à quelques kilomètres des positions du parti.

Retour sur cette tournée médiatique encadrée aux confins du Liban.

 

(Voir aussi : Retour, en images, sur l'offensive du Hezbollah dans le jurd de Ersal)

 

Mad Max Fury Road à la libanaise

Il est 9h45. Un petit groupe de journalistes, dont de nombreux étrangers, patientent devant un kiosque situé derrière un checkpoint de l'armée libanaise dans la localité de Younine, au sud-ouest de Ersal. Un combattant du Hezbollah en treillis demande poliment aux journalistes de se garer sur le côté de la route, alors qu'un embouteillage commence à se former. 

Ce n'est que quarante minutes plus tard que le convoi démarre. Direction : le jurd de Ersal. Le parti chiite a déployé une poignée de ses hommes dans des pickups pour escorter les visiteurs.

 

Photo Matthieu Karam

 

Sous une chaleur écrasante et dans un environnement désertique, l'ascension semble interminable. Des véhicules du Hezbollah semblent s'impatienter, multipliant les va-et-vient entre les lignes de front et la colonne de journalistes. Le tout dissimulé par des nuages de sable et de poussière, dans un Mad Max Fury Road à la libanaise.

L'ambiance est détendue, des combattants jeunes et moins jeunes empruntant le chemin inverse sourient aux photographes et autres cameramen tout en faisant le V de la victoire. 

Après plus d'une heure de chemin, un premier barrage du Hezbollah apparaît au bas des montagnes. Mais ce n'est qu'au second que les véhicules et leurs occupants sont inspectés par les hommes armés. Interdit de filmer. C'est un homme en civil qui l'annonce, au grand dam des journalistes. 

Après d'interminables dunes de sable, les arbres fruitiers font leur apparition. Mieux encore, une route asphaltée au milieu de nulle part... Certains journalistes se laissent tenter et cueillent une poignée d'abricots. "Allons, vous savez bien que ceci est inacceptable", lance un combattant du Hezbollah, mais sur un ton poli. "Les propriétaires de ces terrains comptent sur nous pour protéger leurs plantations", explique-t-il, en référence aux habitants de Ersal, privés d'accès depuis des années à leurs terres par les jihadistes.

C'est depuis ce secteur dont ils viennent d'être délogés par les combattants chiites, soutenus ponctuellement par l'aviation syrienne, que les jihadistes avaient lancé, en août 2014, l'attaque contre les militaires libanais à Ersal. Ils avaient également planifié des attentats et confectionné des explosifs depuis ce repaire.

 

(Lire aussi : L'accord entre le Hezbollah et le Fateh el-Cham "scellé")

 

La grotte d'Abou Malek al-Tallé

Ce n'est que vers 13h30, après près de trois heures de route, que les journalistes atteignent le lieu où ils voulaient arriver :  le secteur de Wadi el-Khayl. Là, se trouve une grotte creusée il y a plusieurs décennies par les Fedayin palestiniens. Avant d'en être délogés par les hommes du Hezbollah, les jihadistes de Fateh el-Cham avaient fait de ce lieu leur QG. "C'est ici qu'ils se trouvaient, c'est ici qu'ils ont été vaincus", peut-on lire sur une paroi. Abou Malek al-Tallé, chef du groupe dans le secteur du jurd de Ersal, aurait même séjourné dans ce lieu nommé "Kalaat el-Hosn".

Photo Matthieu Karam

 

 

Les journalistes sortent de leurs véhicules caméra au poing. "Interdit de filmer", leur lancent les hommes du parti chiite. "Nous ne sommes tout de même pas venus ici pour être empêchés de filmer", s'indigne un journaliste étranger. "Ne vous inquiétez pas, vous pourrez prendre des photos juste après la visite guidée", lui dit un combattant...

A l'intérieur de la grotte, on découvre un véritable bric-à-brac. Des obus de mortiers gisent au sol, plus loin, une cuisine improvisée, des matelas, et même ce qui ressemble à une prison composée de cellules individuelles dans lesquelles les militaires libanais qui étaient otages des jihadistes entre 2014 et 2015 auraient été incarcérés, aux dires du Hezbollah.

Photo Matthieu Karam

Photo Matthieu Karam

 

Un peu plus loin, au fond de la grotte, une salle de projection a été improvisée par le Hezbollah. Chaises en plastique et bouteilles d'eau ont été prévues pour chaque journaliste. Dans un coin, trois combattants chiites prennent un selfie. "Que Dieu vous garde", lance l'un d'eux.

Photo Matthieu Karam

 

Sur un écran, un responsable militaire expose les avancées du Hezbollah sur le terrain. Il sera moins volubile au moment de la séance de questions-réponses. "Combien de combattants le Hezbollah a-t-il perdu ?", demande une journaliste. "Je ne répondrai pas à cette question", lui rétorque le responsable, agacé, après avoir tenté d'esquiver la requête. 

 

(Lire aussi : Bataille du jurd : un accord avec Fateh el-Cham pour encourager Daech... par Scarlett Haddad)

 

Appareil photo confisqué

Soulagement. Les journalistes peuvent enfin aller récupérer leur matériel laissé en voiture, et filmer l'intérieur de la grotte.

Photo Matthieu Karam

 

A la sortie, un combattant du Hezbollah semble agacé. Il a un appareil photo en bandoulière. Confisqué à un journaliste. Le milicien se dirige vers nous, et nous demande de lui donner le nôtre. Il visionne quelques clichés, puis retire la carte mémoire de l'appareil et la passe à son collègue. "Vous la récupérerez à la fin de la visite", lance-t-il, devant notre indignation. Mais une heure plus tard, l'un de ses supérieurs, tenu au courant de l'incident, s'assure de la nature des clichés, puis remet les appareils à leur propriétaire. "Veuillez nous excuser. Vous pouvez prendre des photos, mais évitez de photographier nos combattants s'il vous plaît", explique-t-il.

En milieu d'après-midi, les journalistes visitent Dahr el-Houwé et Tallet el-Rahbé, deux secteurs repris il y a quelques jours aux jihadistes. Quatre ou cinq kilomètres plus loin, dans le jurd de Flita en territoire syrien, les jihadistes du groupe État islamique sont toujours retranchés, selon des responsables du Hezbollah.

18h30 : dernier arrêt dans le secteur dit des "700 carrières". Cette colline surplombe le village de Ersal et les camps de déplacés syriens où sont également retranchés les derniers combattants de Fateh el-Cham.

Ersal et les camps de déplacés syriens, vus depuis la "colline des 700 carrières".
Photo Matthieu Karam

 

La tournée est finie. Le responsable média du parti chiite remercie les journalistes, et va jusqu'à présenter  ses excuses pour la pause déjeuner hâtive offerte par le Hezbollah. Avant de prendre le chemin du retour, il confie qu'un petit groupe de journalistes distrait s'était perdu en chemin, avant de se retrouver dans le jurd de Flita, en Syrie. "Heureusement, les combattants du parti sont venus à leur rescousse à temps", ajoute-t-il, mi-figue, mi-raisin.

Le long convoi désormais totalement couvert de poussière redescend du jurd, alors que le soleil finit de plonger dans la Méditerranée. "Restez en file, et surtout ne prenez pas vers la droite lorsque vous arrivez sur la route asphaltée, sinon vous vous retrouverez directement chez les derniers jihadistes d'al-Nosra", lance en guise d'au-revoir un responsable militaire du parti aux journalistes. Des jihadistes qui attendent, en contrepartie du retour de combattants du Hezbollah détenus par Fateh el-Cham, d'être rapatriés en Syrie, au terme de l'accord conclu, sous l'égide du directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim.

 

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C.K

Merci, mais ils vont nous défigurer le jurd avec des monuments hideux et des portraits géants avec ou sans turban, avec ou sans fusil d'assaut?????

Wlek Sanferlou

Super! voilà qu'on vit à l'heure Holywoodienne: vidéos de combats et puis visites triomphales... tout pour époustouflé le libanais et lui faire avaler la pillule de la prise en possession de notre patrie!!
La patrie n'a besoin que de son armée, ses forces de sécurités et sa culture purement libanaises!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU POSITIF ! LE HEZB S,ETANT CONDUIT MAGNANIMEMENT... IL Y A ACCORD TACITE ENTRE L,ETAT, L,ARMEE ET LE HEZB ... MAIS ON AURAIT PREFERE QUE CE SOIT L,ARMEE QUI LEBERE CES PARCELLES DU SOL NATIONAL !

Talaat Dominique

c'est le Hezbollah qui fait le sale boulot pour libérer les terres occupés par les terroristes
malgré les attaques de soi-disant patriotes libanais qui préfèrent protéger les terroristes parce qu'ils sont sunnites

LA TABLE RONDE

Content d'apprendre que l'olj participe à ce "hezb résistance tour" et constate que si pour le convoi , il a fallu 3 heures de poussière à avaler dans un rodéo "mad max" imaginez que la prise de ersal s'est faite à pied par les combattants de la résistance libanaise en moins d'une semaine finalement .

A croire qu'ils sont arrivés en soucoupe volante .

L'important est que cette région ait été rendue à ses habitants sunnites , et que cela éloigne la partie chrétienne de dangers imminents .

Pour ma part , on peut ne pas aimé la résistance et son chef , mais au moins si on ne veut pas changer d'avis après ce chef d'œuvre militaire , au minimum, qu'on se taise plutôt que d'en dire du mal .

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