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Liban

La bataille de Ersal, pour compenser les pertes subies en Syrie ?

Focus

Les milieux de l'opposition chiite passent au crible l'offensive du Hezb et ses motifs.

Yara ABI AKL | OLJ
27/07/2017

Si le Hezbollah et son chef ont tenu à présenter la bataille du jurd de Ersal comme « un triomphe » du Liban contre les terroristes du Front Fateh al-Cham, en multipliant les symboles visant à ancrer son action dans un cadre territorial libaniste face à ceux qui l'accusent d'œuvrer dans une optique paniranienne, la polémique continue d'enfler autour de sa décision de s'engager de son propre chef dans une bataille aussi délicate, au nez et à la barbe des autorités libanaises.


Le tollé s'est amplifié ces dernières heures, tant sur les réseaux sociaux que dans les milieux politiques, poussant certains protagonistes même à faire le deuil de la souveraineté et de l'État, en raison notamment du quasi-mutisme des milieux proches de Baabda et des membres du cabinet Hariri quant à l'offensive du Hezb.
Pour certains milieux politiques, à travers ses tout derniers choix militaires, le Hezbollah a voulu adresser des messages très clairs au président de la République, Michel Aoun, en dépit du fait que ce dernier est son plus grand allié chrétien. Selon ces milieux, le parti a voulu affirmer à travers son action que la décision de paix et de guerre est exclusivement entre ses mains et que les autorités libanaises ne peuvent pas l'empêcher de déclencher de nouvelles batailles, tout comme elles n'ont pas pu l'empêcher de se lancer dans la guerre syrienne, en dépit de son adhésion à la déclaration de Baabda du 11 juin 2012 et au principe de la neutralité du Liban. Mais un intellectuel chiite indépendant réfute cette thèse. « Le Hezbollah n'est pas tenu d'adresser des messages politiques au chef de l'État, puisque ce dernier gravite déjà dans l'orbite du parti depuis plus d'une décennie », estime-t-il.

 

(Lire aussi : Nasrallah : La décision de lancer la bataille du jurd de Ersal n'était ni syrienne ni iranienne)

 

« De la pure propagande »
Dans les milieux proches des démocrates chiites opposés à la ligne du Hezbollah, les derniers propos tenus hier par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah – selon lesquels l'offensive du jurd de Ersal est « une décision intérieure » qui ne concerne ni Damas ni Téhéran – ne sont que de la poudre de perlimpinpin. Pour ces milieux, l'offensive ne répond pas à des calculs stratégiques propres au périmètre national. « C'est de la propagande pure et simple, ce dont il a besoin pour compenser ses pertes politiques et militaires sur le terrain en Syrie », affirme ainsi une source politique chiite indépendante. À travers le cessez-le-feu conclu par la Russie et les États-Unis le 7 juillet dernier dans certaines zones du sud de la Syrie (dont notamment Qouneitra, Deraa et Soueida), Téhéran et ses alliés locaux se seraient retrouvés écartés de la nouvelle équation syrienne. Partant, l'Iran ne pouvait que riposter, pour s'ériger en acteur régional important.
Ainsi, pour le journaliste Imad Qomeiha, également opposé à la ligne du Hezbollah, « à la lumière des derniers développements en Syrie, l'Iran tente de jouer la carte libanaise pour préserver ses acquis sur le terrain, en tant que partenaire à part entière aux puissances internationales et régionales ».
Si Michel Aoun s'est félicité, lors de sa réunion, mardi, à Baabda, avec le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, des développements enregistrés près des frontières
libano-syriennes, dans la mesure où « ils rendront la stabilité à cette zone », M. Qomeiha ne semble pas aussi optimiste. « Il ne s'agit que d'une manœuvre militaire », dit-il à L'OLJ.

 

(Lire aussi : Hariri : "Je préférerais que l'armée libanaise fasse ce que fait le Hezbollah aujourd'hui dans le jurd de Ersal")

 

Échapper à la reddition de comptes
Pour le journaliste Ali Mohammad Hassan el-Amine, un autre enjeu se cacherait derrière l'offensive. « Le Hezbollah a besoin de présenter cette bataille comme un exploit à son actif pour éviter de rendre des comptes à ses compatriotes libanais au moment de son retour de Syrie », explique-t-il à L'Orient-Le Jour. Selon lui, « le Hezbollah voudrait se présenter comme le protecteur des Libanais, à l'heure où l'axe de la moumanaa enregistre de grandes pertes sur le terrain en Syrie ».
Au plan strictement local, le journaliste ne manque pas de stigmatiser le mutisme des autorités libanaises quant à l'action du parti dirigé par Hassan Nasrallah, pointant par la même occasion un doigt accusateur en direction de « celles qui se disent forces souverainistes ». « Celles-ci sont en collusion avec le Hezbollah au sujet de Ersal », déclare-t-il sans détours.
Au-delà des rapports de force locaux et régionaux, un intellectuel chiite proche du camp souverainiste met en garde contre le danger de la bataille du jurd de Ersal pour l'armée, notamment à la lumière des informations selon lesquelles la troupe affrontera de manière imminente le groupe État islamique à Qaa et Ras-Baalbeck.
Si cette confrontation relève du devoir de l'institution militaire, elle n'en est pas moins dangereuse, dans la mesure où elle répondrait à une volonté d'entraîner l'armée dans la stratégie du Hezbollah. Cette source chiite estime que la troupe devrait établir une nette distinction entre la protection des frontières et la bataille du jurd, déclenchée par une faction armée.

 

(Lire aussi : Salam : La bataille du jurd peut être positive, à condition qu'elle ne fasse pas l'objet de surenchères internes)

 

Le réflexe minoritaire
À ce tableau, vient s'ajouter un élément important : la satisfaction ressentie dans les milieux chrétiens du 8 Mars à l'égard de la protection que leur assure désormais le Hezbollah face aux jihadistes. Une personnalité chiite indépendante qui a requis l'anonymat minimise cependant la portée de cette passion « minoritariste » pour le parti chiite. Pour cette personnalité, « il s'agit de maintenir la communauté chrétienne, ainsi que d'autres communautés, dans le traditionnel réflexe de la minorité épouvantée et qui a donc besoin d'un protecteur coûte que coûte ». « Dans les prochains jours, des voix chrétiennes, mais aussi chiites, sunnites et druzes s'élèveront certainement pour stigmatiser les actions du Hezbollah », assure-t-elle.

 

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gaby sioufi

C tres drole,mis a part certains- rares- personne ne parle plus du probleme 1er qui est celui du hezb arme .
plus drole encore, parler haut et fort ET pour certains voulant la chose et son contraire - hier l'armee ne devant pas intervenir, ce jour , il aurait fallu qu'elle fasse - ces cris donc ne sont le fait QUE des politiques.
le libanais sait tres bien a quoi s'en tenir sans besoin des commentaires de ceux la.
le peuple libanais ne peut pas vivre selon leur humeur versatile.
le peuple libanais sait tres bien que le hezb est le seul maitre a bord, babord et tribord.
laissant qqs miettes au restant des politiques .
POUR LE MOMENT.
PLUS TARD, ce sera bien pire puisque nous serions menes -par le hezb- a constituer une societe de guerre -a la vietnam- pour liberer plusieurs parties du monde arabe sous le joug des israeliens,m saoudiens, et tutti quanti .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE QUI EST FAIT EST FAIT ! REMERCIONS LE HEZB ET QUE LA TROUPE LIBANAISE PRENNENT IMM. LA RELEVE ET ASSURE LA DEFENSE DE TOUT LE SOL NATIONAL...
JE CONSEILLE A TOUS LES PARTIS LIBANAIS DE DIALOGUER AVEC LE HEZB POUR ASSAINIR L,ATMOSPHERE DANS LE PAYS ET POUR TIRER LES CHOSES AU CLAIR...

Bery tus

A propos des frontières j' en ai parler depuis longtemps déjà si comme le dit et je veux bien le croire le hezb c'est pour protéger le liban qu'ils sont parti en syrie, cependant ils auraient pu protéger les frontières En partenariat avec l'armée au lieu d'aller combattre en Syrie il y aurait eu bcp moins de morts et enfin les terroristes n'auraient pas pu passer la frontière comme une passoire !!

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