Liban

Législatives libanaises : ce qu’il faut savoir pour s’en sortir dans l’isoloir

Repère
14/06/2017

Les principaux points de l'accord conclu hier sur la réforme électorale se répartissent en deux catégories. La première comprend les actes, relativement faciles à assimiler, qui doivent être accomplis par l'électeur, et la seconde regroupe ceux, nettement plus complexes et enchevêtrés, qui doivent être menés par les candidats, les agents publics et les magistrats chargés du déroulement du scrutin et des opérations de dépouillement et de décompte.

En théorie donc, le Liban se dote d'un mode de scrutin proportionnel sur la base d'un découpage en quinze circonscriptions de dimensions assez inégales, allant de cinq sièges pour la plus petite (ville de Saïda/Jezzine) à treize sièges pour la plus grande (Aley-Chouf). Mais cette proportionnelle est assortie de garde-fous et de spécificités locales (on peut même parler de curiosités) qui lui donnent un caractère si particulier que nombre d'observateurs y voient d'ores et déjà une majoritaire déguisée.

Mais pour l'heure, et avant d'entrer dans les implications politiques du système qui se dessine, une approche purement didactique, consistant à en déchiffrer quelques aspects techniques, s'impose.

 

(Lire aussi : Loi électorale : Pour ses détracteurs, un texte qui porte toutes les causes de son échec_

 

Bulletins préimprimés : vers une révolution majeure ?
Au-delà du mode de scrutin, le principal changement qui concernera à la fois les agents publics et les électeurs résidera, si ce point est confirmé, dans les bulletins de vote préimprimés. C'est une révolution majeure par rapport à ce qui se faisait jusqu'ici au Liban, cette espèce de foire aux bulletins qui se déroulait à l'extérieur des bureaux de vote, où des partisans des listes en présence distribuaient des petits bouts de papier à peine lisibles sur lesquels étaient imprimés les noms des candidats, avec tout ce que cela pouvait permettre comme manipulations et tricheries.

Désormais, l'électeur devra théoriquement attendre d'entrer à l'intérieur du bureau de vote pour pouvoir se procurer son bulletin de vote. Là, sur une table, doivent être disposées de façon bien visible et parfaitement neutre des bulletins de vote déjà imprimés par les pouvoirs publics pour chacune des listes qui se présentent dans la circonscription concernée.

L'électeur est censé retirer un papier de chaque tas, représentant chacun une liste, de manière à ne pas montrer aux personnes présentes dans le bureau pour qui il va voter. Muni de tous ces papiers, il entre obligatoirement dans l'isoloir, et c'est là qu'il va choisir une des listes en présence.

 

(Pour mémoire : Loi électorale : Les « détails » seront-ils « survolés », au grand dam de Bassil ?)

 

Dans l'isoloir, un vote en deux actes
Supposons qu'il y a quatre listes. L'électeur, qui a en main quatre bulletins, va en choisir un seul et jeter les trois autres à la poubelle. Par ce choix, il aura accompli le premier acte du vote, à savoir le suffrage qu'il donne à la liste qu'il préfère, sachant que les listes sont fermées et que, contrairement au mode de scrutin précédent, le panachage est inexistant sous le régime de la proportionnelle.

Avant d'introduire le bulletin choisi dans une enveloppe mise en principe à sa disposition, l'électeur devra accomplir un second acte : il lui est demandé de cocher un nom parmi les candidats figurant sur la liste qu'il a choisie. C'est ce qu'on appelle le vote préférentiel. En vertu de l'accord conclu hier, ce vote à l'intérieur du vote devra être donné à un ou une candidat(e) se présentant dans le caza où est inscrit l'électeur.

Prenons par exemple un électeur de la circonscription de Kesrouan/Jbeil. Cette unité comprend huit sièges (cinq au Kesrouan et trois à Jbeil). Un électeur inscrit à Jbeil optera pour l'une des listes en présence dans toute la circonscription, pouvant donc regrouper jusqu'à huit noms (sept maronites et un chiite), mais lorsqu'il s'agira de procéder au vote préférentiel, il devra impérativement voter pour l'un des candidats de la liste briguant les sièges de Jbeil, à l'exclusion de ceux du Kesrouan.

 

(Lire aussi : Près de la moitié des députés n’ont présenté aucune proposition de loi au cours des 8 dernières années)

 

Le décompte des voix...
Le rôle de l'électeur se termine à ce stade. Commence alors un véritable chemin de croix pour les agents électoraux et les candidats eux-mêmes.

L'accord conclu reste plus ou moins opaque concernant le procédé de décompte des voix accordées aux listes en présence. En théorie, dans la proportionnelle, chaque liste est supposée emporter un nombre de sièges équivalent à la proportion de voix obtenues. Dans une circonscription de dix sièges, par exemple, la liste A, qui a obtenu 40 % des voix, est censée emporter quatre sièges (4 sièges = 40 % des 10 sièges) ; la liste B, avec 30 % des voix, 3 sièges, et ainsi de suite. Mais dans un système conditionné notamment par la répartition des sièges en quotas confessionnels et par le vote préférentiel, rendu obligatoire du fait de l'impossibilité pour les partis politiques au Liban de présenter des listes hiérarchisées, l'affaire est loin d'être entendue.

 

... avec un twist : le « coefficient électoral »
Ce qu'il faut retenir, c'est le paramètre essentiel que constitue pour le décompte des voix la notion de « coefficient électoral ». Ce coefficient est obtenu en divisant le nombre de suffrages exprimés (nombre de voix moins les bulletins blanc et nuls) dans une circonscription donnée par le nombre de sièges que compte cette circonscription. Ainsi, une circonscription où l'on dénombre 100 000 suffrages exprimés et qui compte dix sièges aura un coefficient électoral de 10 000 (ce qui correspond à 10 %). Ce que l'on sait à ce stade, c'est qu'en vertu de l'accord conclu hier, le seuil d'éligibilité pour les candidats qui seront départagés au vote préférentiel a été fixé au coefficient électoral (autrement dit à 10 % dans l'exemple cité plus haut), un seuil très élevé qui signifie grosso modo que le système va rester étroitement verrouillé par les grandes formations politiques.

Le seuil d'éligibilité ne veut pas dire que tous les candidats ayant un nombre de voix supérieur au coefficient électoral sont élus. Il signifie simplement que tous les candidats n'ayant pas atteint ce coefficient sont éliminés, quel que soit par ailleurs le résultat de leur liste.

 

 

Pour mémoire
Législatives libanaises : l'informatisation du scrutin, une fausse promesse ?


Le Parlement et le gouvernement attendent l'entente...

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Nader Marc

Et si on demandait à chacun de nos "chers" partis de simplement nommer de façon discrétionnaire ceux qui les représenteront au parlement de Médeult ? Le citoyen pourra vaquer à ses activités en attendant les résultats ... Sans poudre aux yeux, tranquilos pour nous manants !

TYAN Georges

pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, le résultat est connu d'avance. Pauvre démocratie et surtout pauvre Liban.

Grognon

C'est d'un compliqué...
Donc si j'ai bien compris, il faut choisir des listes de noms?
Qu'en est-il des candidats indépendants alors?
Et si sur une liste de 10 noms il a neuf bons et un c**, on devrait aussi voter pour celui-là dans la foulée?
Et s'il y a un bon et neuf c**s, on doit voter pour eux aussi afin que le bon soit élu?
En tout cas, en ce qui me concerne, s'il y a un seul c** sur une liste, cela pénalisera TOUTE la liste.
Alors messieurs-dames les futurs candidat(e)s, vous n'avez qu'à bien choisir vos co-listiers!
La solution est le vote uninomial.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MA IL ENOUN IL ORTHODOKSI... IBN 3AMMOU !

Yves Prevost

Pour le vote préférentiel, pourquoi ne pas avoir aligné les circonscriptions sur les cazas? Comment empêcher les électeurs de désigner un candidat d'un autre caza? Combien de bulletins devront être annulés pour cause d'erreur?
Encore une fois, la question qui se pose est: Pourquoi se casser la tête faire simple quand il est si simple de faire compliqué?
Enfin, la véritable interrogation est : Pourquoi tout le monde refuse-t-il le mode de scrutin le plus démocratique et le plus simple, à savoir, le vote uninominal?

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

La reconstruction de la Syrie et les clivages politiques internes

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.