Des membres du HALO Trust (Hazardous Area Life-support Organisation), une ONG humanitaire spécialisée principalement dans le déminage et l’élimination d’autres engins explosifs laissés par les conflits, se préparent à faire exploser des restes de guerre non explosés dans la banlieue de Jobar, au nord-est de Damas, le 12 août 2026. Photo Louai BESHARA / AFP
Le matériel nucléaire découvert sur un site non divulgué en Syrie n'est pas dangereux et restera sous la garde syrienne, sous réserve de garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a déclaré mardi le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad el-Chaïbani.
Il a ajouté au cours d’une conférence de presse conjointe à Damas avec le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, que la Syrie avait le droit d’utiliser ce matériel à des fins civiles et pacifiques. « Le 17 juillet, nous avons adressé une lettre officielle à l'agence, dans laquelle nous déclarions de notre plein gré la présence de matières nucléaires sur un site non déclaré, faisant partie de l'héritage laissé par l'ancien régime », a déclaré M. Chaibani. M. Grossi « et l'équipe de l'agence ont achevé leur visite du site ce matin et ont prélevé les échantillons nécessaires », a-t-il ajouté. « D'après les évaluations techniques, ces matières ne présentent aucun risque », a assuré le ministre syrien. « Ces matières resteront sous la garde de la Syrie, tout en étant soumises au système de supervision de l'agence », a-t-il précisé.
De son côté, le directeur général de l'AIEA a affirmé qu'il s'agissait de « quelques tonnes de matières nucléaires » qui seront placées sous « supervision internationale ». Il a confirmé que l’agence avait pu accéder au site après que le gouvernement syrien l’en a informée. « Après votre décision courageuse de nous informer de l'existence d'un site où des matières nucléaires avaient été entreposées, nous avons pu accéder à cet endroit. (...) Nous parlons de quelques tonnes de matières nucléaires susceptibles d'être utilisées à mauvais escient », a déclaré M. Grossi. Des experts syriens collaboreront avec ceux de l'agence onusienne pour assurer le stockage sécurisé de ces matières, a-t-il dit.
Le responsable de l'AIEA s'est ensuite rendu sur un site situé à Deir Ezzor, dans l'est du pays, que l'agence soupçonne d'avoir par le passé abrité un réacteur nucléaire. L'AIEA avait annoncé l'année dernière avoir découvert des particules d'uranium sur le site pendant une inspection en 2024. Israël avait reconnu en 2018 y avoir effectué un raid aérien secret onze ans plus tôt contre ce qu'il avait qualifié de « réacteur nucléaire en construction ». Sur ce site, « des travaux approfondis d'excavation et d'exploration sont actuellement en cours », a déclaré M. Grossi. « C'est très important car cela confirme l'évaluation de longue date de l'AIEA selon laquelle une installation nucléaire était en train d'être construite en secret », a-t-il ajouté.
La visite de M. Grossi a eu lieu après que le site américain Axios a rapporté la semaine dernière des propos de responsables américains et israéliens indiquant que Washington et l'AIEA avaient conclu un accord prévoyant le retrait par l'agence de matières nucléaires entreposées sur un site clandestin en Syrie, après avoir « trouvé des terrains d'entente avec la Syrie et Israël ». Selon le site, Israël surveillait de près un lieu baptisé « Site 99 » — que les autorités israéliennes présentent comme le site où le régime Assad entreposait des matières nucléaires liées au projet de Deir Ezzor — et avait menacé de le bombarder.
Depuis la fuite de l'ex-président Bachar el-Assad à la fin de 2024, les nouvelles autorités syriennes se sont engagées à collaborer avec l’organisme de surveillance nucléaire des Nations unies afin de traiter le legs des activités nucléaires menées au cours des décennies de pouvoir de la famille Assad. La Syrie n’est pas connue pour détenir des stocks opérationnels de matériel nucléaire dans le cadre d’un programme d’armement.

