Des engins de chantier, des secouristes et des habitants fouillent le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un quartier du village de Deir el-Zahrani, au Liban-Sud, le 15 août 2026. Photo Mohammad Yassine/ L'Orient-Le Jour
Au lendemain de l'escalade meurtrière israélienne au Liban-Sud, qui a coûté la vie à onze personnes dont des femmes et des enfants, Israël a menacé dimanche de réitérer ses attaques, et affirmé avoir tué deux responsables du Hezbollah dans ses frappes, l'un de l'unité Badr à Deir Zahrani, et l'autre de l'unité al-Radwan à Ansar.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a ainsi indiqué sur X que l'État hébreu allait régler ses comptes avec ses ennemis « sur tous les fronts ». « Aucun compte ne restera impayé, sur aucun front. Nous défendrons avec force nos soldats et nos citoyens », a écrit le ministre dans un bref message sur X.
Semblant souffler le chaud et le froid avec son allié israélien, Washington a, cette fois, « imputé l'entière responsabilité de la présence d’Israël sur le territoire libanais » au Hezbollah. « C'est précisément pour cette raison que le Hezbollah doit être désarmé et démantelé », a affirmé un porte-parole du département d’État, selon des propos relayés par le média israélien I24News. « Le Hezbollah a été le principal obstacle au redressement économique du Liban, la seule tache sur sa réputation internationale et la plus grande menace pour la sécurité et la stabilité du pays », a-t-il souligné. Il y a quelques jours pourtant, le même département d'État avait fustigé les propos d'Israel Katz, qui avait affirmé qu’Israël ne « se retirerait pas » des territoires occupés au Liban-Sud, estimant que de telles déclarations n’étaient « pas conformes aux engagements pris dans le cadre de l’accord-cadre » conclu en juin entre le Liban et Israël.
D'ailleurs, l’administration américaine aurait « accepté les explications d’Israël concernant les actions du Hezbollah » ayant justifié les frappes meurtrières de samedi, rapporte le média israélien Haaretz. Selon le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'escalade venait en riposte à une « attaque de drone » contre des soldats israéliens au Liban-Sud, dans laquelle trois militaires, dont un officier, ont été grièvement blessés. Le parti-milice pro-iranien n'a cependant pas revendiqué d'attaques.
Le département d'État a encore affirmé dimanche que Washington « continuera de soutenir » l’accord-cadre, rejetant la balle du côté de l'armée libanaise, dont l'entrée dans la « zone pilote » de Zaoutar el-Gharbiyé fin juin a été contrariée par le retour des forces israéliennes dans la localité. « Le processus des zones pilotes reste la seule voie viable vers une paix et une sécurité durables pour le Liban et Israël. Nous attendons avec intérêt que l’armée libanaise achève les opérations de sécurisation dans les premières zones pilotes et, une fois ces opérations vérifiées, le processus sera étendu », a dit le porte-parole. Et d’affirmer : « Le désarmement du Hezbollah fait partie intégrante de ce processus ».
La crête stratégique de Ali Taher sous le feu israélien
Après avoir indiqué samedi avoir tué un cadre de la force al-Radwan à Ansar, l'armée israélienne a justifié dimanche sa frappe meurtrière sur un bâtiment à Deir Zahrani, dans la matinée de samedi, qui a fait quatre morts, en disant avoir ciblé et tué Abou Hassan Alaa, un haut commandant de l’unité Badr du Hezbollah, indique un communiqué d’une porte-parole de l’armée israélienne sur X. Selon les informations disponibles, l’unité Badr se concentre sur la collecte de renseignements et les missions de reconnaissance. Pour l’armée israélienne, sa mort « porte un coup aux capacités de commandement de l’unité ». Il a été visé « en réponse à l’opération menée par le Hezbollah terroriste contre les forces de l’armée israélienne » samedi, écrit l’armée. Abou Hassan Alaa aurait « participé à la mise en œuvre de nombreux projets d’attaque contre les forces israéliennes » au Liban-Sud. « Ces dernières années, cet homme a commandé plusieurs zones de combat du Hezbollah terroriste dans le cadre des affrontements contre les forces de l’armée israélienne », affirme encore l’armée.
Par ailleurs, les forces israéliennes ont concentré leurs frappes dans la nuit de samedi à dimanche sur les hauteurs de la région de Nabatiyé, principalement la crête stratégique de Ali Taher, qu'Israël chercherait à contrôler, rapporte notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah.
Les attaques ont également visé une région plus au sud, sur les hauteurs du caza de Jezzine. Les forces occupantes ont, entre autres, lancé des obus au phosphore blanc sur les hauteurs de Ali Taher, y ont mené des frappes aériennes et ont tiré à la mitrailleuse depuis un hélicoptère. Dans la même région, des attaques aériennes ont ciblé Dohat Kfarremmane et les collines de Tahra et Dabché qui surplombent ce village, des tirs d'artillerie Habbouche. Les opérations se sont ensuite étendues dans la zone dite de Jabal el-Rafii, à la périphérie de Sejoud, sur les hauteurs de Rihane, dans le caza de Jezzine.
Les attaques israéliennes se sont poursuivies dans d’autres secteurs du Liban-Sud durant la nuit. À 1 h 40, des avions de chasse ont ciblé une zone située entre Qantara et Deir Seriane, dans le caza de Marjeyoun. Plus tôt, des tirs d’artillerie ont visé le village de Mansouri, Wadi Zebqine en direction de Chehine (caza de Tyr), ainsi que Wadi Houjeir, à la périphérie de Touline (caza de Marjeyoun). L’armée israélienne a également procédé à une détonation dans la zone située entre Kounine et Tiri, dans le caza de Bint Jbeil. Par ailleurs, la municipalité de Tayr Debba (caza de Tyr) a démenti les informations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles Israël aurait menacé de frapper une maison dans le village, appelant les habitants à ne pas se laisser influencer par les rumeurs et à se fier aux sources officielles.



