La Dernière

Fady Abounaoum, de cadre supérieur à pizzaïolo, sans complexes

Papilles
30/03/2017

Pendant douze ans, il a été directeur régional chocolat chez Nestlé. Aujourd'hui, il est pizzaïolo, un artisan boulanger heureux, spécialisé dans la fabrication de pizzas. Son look quelque peu débraillé, cheveux longs et tatouages, confirme son désir de liberté et le courage de se renouveler, fort de ses convictions.

Fady Abounaoum, 45 ans, père de deux enfants, a décidé de suivre son rêve jusqu'au bout, effectuant un véritable saut dans le vide. Aujourd'hui, il est le propriétaire de deux pizzerias, l'une à Gemmayzé et l'autre à Naccache, baptisées tout simplement « La PizzAria ».

Diplômé en International Economics and Energy Environement, Science and Technology de l'Université Johns Hopkins aux États-Unis, il travaille durant un certain temps dans l'entreprise familiale, puis décide de se lancer en solo. « J'avais 32 ans, je suis reparti à zéro et j'ai trouvé un emploi chez Nestlé. J'ai gravi les échelons pour devenir directeur régional chocolat pour le Moyen-Orient. Je vivais entre la Suisse et les Émirats arabes unis. Mais, au bout de dix ans, j'étais très malheureux. Je n'aimais même plus me lever, m'habiller et sortir de chez moi pour aller au bureau. C'était devenu infernal », se souvient-il.

Fady Abounaoum passe ainsi plus d'un an à réfléchir sur ce qu'il fera de sa vie. « J'avais un très bon salaire, des bonus et des offres d'autres entreprises... Durant cette période de recul, j'ai pensé aux choses que j'aime, à d'éventuels métiers que je pourrais exercer. Je me suis souvenu que, depuis ma tendre enfance, j'aimais le pain, son odeur, sa texture ; j'ai alors décidé de devenir pizzaïolo », raconte-t-il.

Possédant déjà la langue italienne – il avait habité durant plusieurs années à Bologne, bien avant son emploi chez Nestlé –, il lui restait à se familiariser avec la cuisine du pays et surtout annoncer la nouvelle à son épouse et ses proches.
« Nous étions en vacances à Rome, ma femme et moi. Je lui ai versé du vin, tout en sachant qu'elle ne boit pas trop, et je l'ai invitée à trinquer, en lui disant : "Tu rentreras seule à Beyrouth et j'irais à Naples pour apprendre à faire des pizzas." Elle n'a pas réalisé au début ce que je lui racontais. Puis, elle a cru que j'avais perdu la tête ! »

En dépit de ses inquiétudes et de ses réticences, d'une longue année où il était loin d'elle, en « mission culinaire » à Naples, Micha Gemayel accepte le choix de son mari et le soutient.
Au bout de son apprentissage et des six mois passés auprès d'un important pizzaïolo de la ville, qui lui livre ses secrets, il rentre au Liban et ouvre au début de 2015, dans un tout petit local de la rue Gouraud, une pizzeria de quartier, qui connaît tout de suite un succès. Le nouveau chef ne rechigne pas sur la qualité des ingrédients ni sur la manière de préparer sa pizza.
« Entre l'année passée en Italie et l'ouverture du restaurant, j'ai épuisé toutes mes économies. Mais j'ai tenu à aller jusqu'au bout », confie-t-il. Aujourd'hui, il est derrière les fourneaux, et c'est sa femme qui a pris en charge le côté relations publiques. « Notre vie a complètement changé. Je me levais à 6 heures 30 et je dormais à 21 heures. À présent, je démarre toujours aussi tôt pour préparer les enfants avant leur départ à l'école, mais je dors très tard à cause du travail. Le restaurant est également devenu un lieu de rencontre pour nos amis », dit-elle avec un grand sourire.

A-t-il eu des doutes ? « Je me suis demandé, lorsque j'étais en Italie, si j'allais savoir faire ce métier et réussir dans un domaine inconnu pour moi. Mais j'ai rapidement dissipé toutes mes craintes », dit-il, conseillant à tous ceux qui ont une envie de le suivre et d'aller jusqu'au bout. « Bien sûr, on fait des erreurs, mais la vie est là pour nous apprendre », poursuit-il.
Ses futurs projets ? Continuer à rêver et avancer. « Dans l'immédiat, je vais servir un petit déjeuner libano-italien, tous les jours, au restaurant de Naccache. Dans les mois à venir, j'irai en Italie pour apprendre la technique, selon les régions, des pâtes fraîches et du risotto, pour, je l'espère, avoir ma propre trattoria », conclut-il.

 

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Michele Aoun

Une pizza delicieuse avec tous les ingredients importes d'Italie. Meme la farine! Bravo et bonne continuation!

TYAN Georges

Il faut dire que Fady a de qui tenir. Son père de professeur de lettres s'est transformé en capitaine d'industrie.

C'est un brillant jeune homme, je lui souhaite plein de succès.

Lebreton Alain

La meilleure vraie pizza à l'italienne de Beyrouth. Un vrai délice!

NAUFAL SORAYA

C'est fantastique d'aller au bout de ses rêves! Nous devrions suivre son exemple! Bravo!

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