Liban

La Constitution, cette grande absente de la séance d’investiture

Éclairage
02/11/2016

« Où est la Constitution ? » Ce sont là les premiers mots prononcés par le président de la République fraîchement élu et que les Libanais ont entendus sur les différentes chaînes de télévision nationales qui retransmettaient la séance électorale, puis celle consacrée à l'investiture, en direct.

En effet, pourquoi le texte de la Loi fondamentale n'a pas été placé devant le président Michel Aoun ? La solennité du moment exigeait sa présence et le bout de papier sur lequel le président de la Chambre avait griffonné les quelques phrases qui constituent la prestation de serment semblait médiocre et en deçà de l'importance d'un événement qui était en tous points historique. Les observateurs s'étonnent d'ailleurs que le président élu ait accepté de prêter serment en l'absence de la Loi fondamentale, un texte qu'il est lui-même chargé de préserver, conformément aux dispositions de l'article 49, alinéa 2, qui dispose : « Il (le président de la République) veille au respect de la Constitution. »

Or lundi, c'est toute la symbolique du poids et de l'importance de la Constitution qui a été battue en brèche. Sans chercher à spéculer sur les raisons qui ont conduit à l'absence de ce livre-référence dans un pays et une région plus que jamais en perte de repères, il est nécessaire de rappeler que cette entorse aux us et coutumes constitutionnelles est, véritablement, une première.

 

(Lire aujourd'hui : Les consultations présidentielles contraignantes démarrent aujourd'hui, l'inconnue Berry persiste)

 

Lors de toutes les élections précédentes, un rituel immuable attendait le candidat à la présidence qui venait d'accéder à la magistrature suprême : le secrétaire général du Parlement, en l'occurrence aujourd'hui Adnane Daher, s'avance de la tribune à gauche du président élu, lui tenant à disposition le texte de la Constitution. Ce dernier pose sa main gauche sur la couverture du livre et lève la main droite tout en répétant les phrases qui lui sont soufflées par le secrétaire général.

Lundi, le président élu s'est vu répondre par le chef du législatif : « Ne vous inquiétez pas, je vous ai tout préparé. » Au-delà de la symbolique – inquiétante ? – de l'absence du texte fondamental, c'est toute la gestuelle, tout le langage corporel du président en devenir qui s'est vu affecté par cette bourde ou pire, cet oubli intentionnel. Le mystère reste entier, mais il est certain que lire une feuille les yeux baissés n'a pas le même poids symbolique que de répéter, tête haute et regard tourné vers les députés qui viennent de l'élire, les phrases qui constituent le texte de la prestation de serment.

À ce sujet, l'ancien député et expert constitutionnel Salah Honein indique que même si, de manière globale, le président de la Chambre a géré la séance de manière correcte, il reste que ce point est totalement contraire à ce qu'il appelle « l'esprit du moment ». Autre « bourde » que M. Honein estime déplacée et qui affecte le poids et l'importance de la séance, c'est le discours de politique générale que le chef du législatif s'est arrogé le droit de prononcer avant même de donner la parole au nouveau président du pays. « Ce n'est pas à lui de dessiner la feuille de route de l'étape à venir », souligne à cet effet M. Honein. Le chef du législatif doit certes présenter le nouveau président de la République, et dans ce contexte « le fait pour lui d'avoir remercié le candidat d'avoir redonné la légitimité à un Parlement qu'il n'a eu de cesse de qualifier d'illégitime et d'illégal était habile et bienvenu ». Mais pour Salah Honein, il aurait été préférable de s'abstenir de se lancer dans des considérations de politique générale car le discours du président élu devant le Parlement sert justement à cela, à jeter les bases de la prochaine phase, à présenter son programme en quelque sorte.

 

Lire aussi : Comment le nouveau président va-t-il naviguer entre les forces politiques ?)

 

Lundi dernier, de nombreux couacs et un manque de sérieux généralisé délibérément affiché par bon nombre de députés présents dans l'hémicycle ont certes entaché le déroulement de la séance. Mais aucun des incidents relevés n'était réellement anticonstitutionnel, même s'ils ont tout bonnement érodé la solennité du moment.

Toutefois, l'absence physique du texte de la Constitution et le – maladroit ? – timing choisi par le chef du législatif pour prononcer un discours de politique générale aussi détaillé avant même que le président élu n'ait eu l'occasion de s'exprimer marqueront le début du mandat du 13e président de la République libanaise depuis l'indépendance.

 

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Bery tus

ce que je voudrais relever, permettez moi il y a certain qui s'offusquait de voir les partisans du hezb et des FL célébrer ensemble l'election de Aoun, je vous rappelle que j'étais un des premiers ici meme sur l'OLJ et a plusieurs meme a vouloir un rapprochement entre ces 2 partis en affirmant qu'ils ne sont pas si différents que ca du moment qu'ils feront passer le Liban en premier !!!

LIBAN D'ABORD

Peut etre le President devrait commencer par interdire a tout membre de sa famille directe et indirecte d'avoir un poste quelconque dans le gouvernement ou la marche du pays. Nous ne sommes pas en Afrique que je sache

C'est sur cet example numero UN qu'on le jugera

M Bassil, chef d'un groupe politique n'a rien a voir a rester avec le President durant les discussions pour indiquer leur preference d'un Premier Ministre . Le President doit comprendre qu'est aujourdh'ui le President du Liban et pas le President d'honneur du CPL
premiere gaffe

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND ON NE PEUT PAS COMPRENDRE QUE LES ANALYSES CHANGENT AVEC LA DONNE ET QU,ILS NE SONT PAS DES AVIS PERSONNELS MAIS DES RESULTATS DES CHANGEMENTS DES DONNES C,EST QU,ON EST BORNE !

George Khoury

constitution absente mais sa fille etait bien assise sur la table lors de la premiere reunion au palais de Baabda. Voila une des filles deja sur la liste des salariees. On ne perd pas de temps pour mettre du beurre dans les epinards chez les aoun.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS SON DISCOURS D,INVESTITURE LE PRESIDENT MICHEL AOUN A PARLE DE RESPECTER ET D,APPLIQUER LE PACTE NATIONAL ET TAEF DANS TOUTES SES CONDITIONS... ET IL LE FERA ! JE SUIS PAR LE DIALOGUE ET L,ENTENTE, APRES LA CONSTITUTION DU GOUVERNEMENT, POUR LA REVISION DE TAEF DE MANIERE A CLARIFIER SES CLAUSES POUR EVITER LES EQUIVOQUES ET LES INTERPRETATIONS ARBITRAIRES !

Yves Prevost

La Constitution ayant été absente de tout le processus électoral depuis plus de deux ans, il est extrêmement significatif qu'elle n'ait pas fait sa réapparition pour la cérémonie d'investiture.

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