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Liban

Les consultations présidentielles contraignantes démarrent aujourd’hui, l’inconnue Berry persiste

La situation
02/11/2016

Journée surchargée aujourd'hui à Baabda où le président Michel Aoun entamera ses consultations contraignantes pour la nomination d'un chef du gouvernement. Deux jours durant, M. Aoun recevra les différents blocs parlementaires ainsi que les députés indépendants qui doivent, à raison d'un bloc ou d'un député tous les quarts d'heure, lui communiquer chacun le nom de son candidat pour la présidence du Conseil.

Ce sont les anciens Premiers ministres Tammam Salam, Nagib Mikati, Fouad Siniora, ainsi que le vice-président de la Chambre Farid Makari qui seront reçus les premiers à Baabda dans la matinée. On serait tenté d'ajouter l'expression « comme le veut l'usage », mais ce n'est pas le cas. Car s'il fallait maintenir l'usage, c'est le président de la Chambre, Nabih Berry, qui est supposé être accueilli le premier par Michel Aoun, avant les anciens chefs de gouvernement. Nabih Berry est aussi supposé se rendre une deuxième fois auprès du président, à la tête de son bloc parlementaire, pour les consultations d'usage, puis une troisième fois pour que le chef de l'État lui communique les résultats de celles-ci, avant que le Premier ministre désigné ne soit convoqué à Baabda, comme le veut toujours la coutume. Or, suivant le calendrier-programme distribué hier par Baabda, M. Berry et son bloc seront les derniers à faire part au chef de l'État, jeudi en fin de matinée, de leur choix par rapport à la présidence du Conseil.

 

(Lire aussi : Comment le nouveau président va-t-il naviguer entre les forces politiques ?)

 

Ce changement au niveau d'une coutume suivie depuis des décennies ouvre la voie à diverses interprétations, d'autant qu'il est intervenu à la demande expresse du président de la Chambre. Nabih Berry a en effet demandé durant le tête-à-tête qu'il avait eu avec le chef de l'État après son élection, mardi, à être reçu le dernier avec son bloc, pour lui communiquer le nom de leur candidat et pour obtenir dans le même temps les résultats des consultations.

À cela, deux explications peuvent être données : la première, pratique, se rapporte à une question de sécurité personnelle. Nabih Berry limite depuis plusieurs mois déjà ses déplacements. La deuxième, et la plus importante sans doute, est d'ordre politique et s'inscrit dans le prolongement de l'irritation manifestée par le président de la Chambre depuis qu'il a été écarté sans autre forme de procès de l'arrangement qui a débouché sur l'appui de Saad Hariri à la candidature de Michel Aoun puis sur l'élection de ce dernier à la tête de l'État.

Dans les milieux proches du président de la Chambre, on entretient le suspense sur le point de savoir si le bloc de la Libération et du Développement souhaite ou non désigner Saad Hariri pour former le nouveau gouvernement. On sait que le bloc Berry doit se réunir aujourd'hui pour prendre sa décision. On sait aussi que les contacts avec lui ne se sont pas interrompus depuis hier. Va-t-il s'aligner sur la position de son allié de toujours, le Hezbollah ? D'aucuns avancent la thèse d'une distribution de rôles au sein du tandem chiite, qui ne souhaite pas jouer la carte de l'opposition afin que son attitude ne soit pas considérée comme un front chiite formé face au tandem sunnito-chrétien représenté par le courant du Futur et le CPL ou encore pour ne pas rester en dehors d'un gouvernement et perdre ainsi ses acquis. Ils se réfèrent pour cela au dernier discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui avait annoncé que son parti avait « consenti un sacrifice énorme » en acceptant que Saad Hariri soit désigné pour former l'équipe qui succédera à celle de Tammam Salam. Les tenants de cette thèse considèrent que le Hezbollah s'abstiendra de nommer le chef du courant du Futur, mais ne s'y opposera pas, en ce sens qu'il laissera le bloc Berry le désigner pour former le gouvernement.

 

(Lire aussi : Nouveau gouvernement : l'attente ne serait pas longue, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

Dans le même ordre d'idées, des sources proches du président de la Chambre ont indiqué hier à L'Orient-Le Jour qu'il n'est pas « nécessaire que les réserves exprimées au cours des derniers jours portent sur la personne du futur chef du gouvernement ». Des propos qui renvoient à ceux que M. Berry avait aussi tenus la semaine dernière à Genève, lorsqu'il avait annoncé que « le plus dur était à venir » et comparé la formation du gouvernement à un « jihad » (guerre sainte). Pratiquement, cela signifie que le président de la Chambre ne va pas se poser en obstacle à l'accession du chef du courant du Futur à la tête du gouvernement, mais qu'il ne va pas lui faciliter non plus la mise en place de son équipe.
En d'autres termes, Nabih Berry pourrait bien placer haut la barre de ses revendications au moment des consultations parlementaires engagées par le Premier ministre désigné. De sources informées, on souligne que le bloc Berry souhaite garder le portefeuille des Finances et obtenir celui de l'Énergie. Une troisième condition, et la plus difficile sans doute, se rapporte à la minorité de blocage, à laquelle le tandem chiite semble tenir et qu'on verrait mal Saad Hariri, et même le nouveau président, tous deux déterminés à assurer un démarrage en force du régime, la lui concéder. À moins que les deux, dans un souci d'éviter des tiraillements politiques qui handicaperaient le régime, ne la leur accordent en partant du principe que la durée de vie du cabinet est de toute façon courte, étant donné qu'il démissionnera dès que les législatives, prévues en mai prochain, se tiendront.

 

(Lire aussi : Cafouillages et votes fantaisistes : des messages politiques adressés à Aoun)

 

Ce scénario est cependant contesté par des figures du 14 Mars qui, comme le ministre des Télécoms, Boutros Harb, ou les députés Jamal Jarrah et Antoine Zahra, redoutent une configuration ministérielle boiteuse de nature à affaiblir le régime. M. Harb a sans détour jugé nécessaire que le nouveau gouvernement soit composé d'une majorité loyaliste.

Quoi qu'il en soit, la désignation du chef du courant du Futur à la tête de la nouvelle équipe ministérielle est pratiquement acquise. Saad Hariri est assuré facilement d'une centaine de voix, dit-on dans son entourage, grâce à l'apport de son propre bloc, mais aussi celui des Forces libanaises et du CPL et d'un grand nombre d'indépendants. Les trois députés des Marada qui ont glissé des bulletins blancs dans l'urne mardi vont également désigner M. Hariri pour former le nouveau gouvernement, a-t-on appris de sources proches du parti. Le PSNS et le Baas dont les députés seront reçus en fin de journée aujourd'hui par le président Aoun, doivent tenir chacun une réunion aujourd'hui afin de décider du choix à faire.

Les plus optimistes ne voient pas de difficultés dans la naissance du nouveau gouvernement, en se fondant sur le soutien international apporté à Michel Aoun qui a reçu hier les vœux du secrétaire d'État américain, John Kerry, et du roi d'Arabie saoudite, Salman ben Abdel Aziz, et qui doit accueillir aujourd'hui une délégation irakienne.

 

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IMB a SPO

YAANI, maintenant c'est une opposition menee par Istez Nabeuh qui va entraver le processus.....Et puis faut pas oublier que le discours de Aoun au parlement constitue une "declaration de guerre" vis a vis du Hezb..... Ce sera drole de voir comment cela va etre....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

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