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Économie

Des investissements en trompe-l’œil dans l’hôtellerie de luxe

Tourisme

En dépit de nombreuses annonces d'inauguration ou de travaux dans des établissements cinq étoiles, les propriétaires affirment qu'ils restent confrontés à une baisse de la fréquentation et des tarifs.

10/05/2016

Alors que l'ensemble du secteur hôtelier libanais traverse une passe difficile depuis le début de la crise syrienne, plusieurs opérateurs chargés de gérer des enseignes de luxe ont annoncé ces derniers mois des travaux d'amélioration tandis que d'autres décident d'ouvrir de nouveaux établissements. Mais pour de nombreux professionnels contactés par L'Orient-Le Jour, ces investissements ne peuvent être interprétés comme un signe de reprise du secteur, voire de ce segment en particulier.

Inaugurations et extensions
Régulièrement annoncée depuis les années 2000, l'inauguration du Summerland Kempinski, complexe balnéaire construit sur les ruines de l'ancien Summerland au sud-ouest de Beyrouth, est prévue pour cet été. « Nous espérons communiquer une date plus précise d'ici à juin », indique une source proche de la direction de l'opérateur hôtelier allemand Kempinski qui va gérer l'établissement. Lancé en 2010 avec une enveloppe d'environ 200 millions de dollars – dont 155,5 millions de dollars investis en bénéficiant des avantages fiscaux proposés par l'Autorité de développement des investissements au Liban (Idal) –, le projet accuse déjà plusieurs années de retard sur son calendrier initial. « Un délai normal pour un chantier de cette envergure », avance la source précitée, qui n'a pas voulu en dire davantage... En plus des 151 suites de l'hôtel, le complexe comprendra également un village résidentiel, inauguré simultanément et composé de 73 appartements pour une fourchette de prix comprise entre 18 000 et 25 000 dollars le m². « Plus du tiers des propriétés ont déjà trouvé preneur », affirment Patrick et Serge Carnaby, associés et gérants de l'agence immobilière Carnaby Real Estate qui a obtenu l'exclusivité sur la vente de ces appartements. Ils évoquent « une clientèle composée à 70 % de Libanais et 30 % de ressortissants des pays du Golfe ».

De son côté, l'hôtel Le Gray, situé sur la place des Martyrs et géré par le groupe Campbell Gray Hotels, a lancé des travaux d'extension pour ajouter une vingtaine de chambres supplémentaires et agrandir le hall d'entrée, des aménagements qui seront achevés d'ici à un an.
À Hamra, le Rotana Gefinor a entrepris pour sa part de rénover toutes ses chambres courant 2016, révèle Nada Alameddine, associée dans la société de conseil en hôtellerie et restauration Hodema. Enfin, en novembre dernier, le groupe Starwood a inauguré de son côté le premier hôtel de l'enseigne Grand Hills à Broummana. De nouvelles places qui viennent s'ajouter aux 23 000 chambres du parc hôtelier libanais de catégorie quatre et cinq étoiles, selon Hodema.
Quant à l'hôtel Markazia Monroe, dont la fermeture imminente était annoncée pour fin 2015, il est toujours en activité. « Les grands groupes hôteliers parient sur l'avenir, parce qu'ils ont le sentiment que l'activité peut reprendre d'un moment à l'autre », commente Nada Alameddine.

D'autres établissements continuent pourtant de reporter leur inauguration aux calendes grecques. C'est notamment le cas du Grand Hyatt Hotel à Beyrouth : « L'ouverture de ce nouvel hôtel de luxe de 450 chambres – un projet de 200 millions de dollars – était prévue pour fin 2008, mais ses propriétaires attendent une amélioration durable de la situation pour le redémarrer », confie Issam Tannir, le directeur général de la Société Méditerranée des grands hôtels à qui appartient l'hôtel. Il dément par ailleurs des rumeurs sur les difficultés financières qu'auraient rencontrées les investisseurs du projet.


(Lire aussi : Malgré la crise, les restaurateurs n'ont pas perdu leur appétit d'investissement)



Rogner sur les marges et les coûts

Car, dans leur ensemble, les hôtels de luxe au Liban affirment toujours subir de plein fouet les conséquences de la situation politico-sécuritaire régionale. Et, en particulier, la désertion des touristes en provenance du Golfe, renforcée par la décision, fin février, des gouvernements de 5 membres du Conseil de coopération du Golfe – l'Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et les Émirats arabes unis – d'appeler leurs ressortissants à ne pas se rendre au Liban ou quitter le pays. « Ces derniers ont été remplacés depuis longtemps par les touristes irakiens, jordaniens ou égyptiens, qui ont un pouvoir d'achat moins élevé », rappelle inlassablement le président du syndicat des hôteliers, Pierre Achkar. « La situation est encore plus difficile pour les cinq étoiles que pour les établissements moins huppés », renchérit Nada Alameddine.
La plupart des propriétaires interrogés affirment ainsi rogner sur leurs marges et coûts de fonctionnement. Si le taux d'occupation moyen des hôtels de Beyrouth au premier trimestre n'a baissé que d'un point en glissement annuel – à 54 %, selon le cabinet Ernest & Young, le tarif moyen par chambre est désormais à 139 dollars, l'un des plus bas de la région. « Les hôtels cinq étoiles sont obligés de s'aligner sur les prix des établissements 4 étoiles », constate Marwan Salha, le vice-président de la Société des grands hôtels du Liban, à qui appartient l'hôtel Phoenicia InterContinental, à Beyrouth, avant de déplorer que le Phoenicia a dû pratiquer des prix inférieurs de 40 % à ses tarifs habituels.
« Nous avons même été obligés de licencier près de 80 collaborateurs ces derniers mois – dans le cadre de procédures de licenciement régulières – afin de pouvoir alléger nos charges en attendant des jours meilleurs », ajoute-t-il.

 

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