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Économie

Privé des clients du Golfe, le tourisme libanais cherche des substituts

Liban - Conjoncture

Si les sanctions économiques de Riyad et ses alliés frappent de plein fouet les professionnels du secteur, ceux-ci réfléchissent déjà depuis quelque temps aux moyens de réduire leur dépendance.

29/02/2016

Alors que l'ensemble des agents économiques redoutent une escalade des sanctions saoudiennes, ces dernières frappent pour l'instant un secteur en particulier : le tourisme. En deux jours, cinq pays du Conseil de coopération du Golfe – l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et Bahreïn – ont demandé à leurs citoyens de quitter le Liban et déconseillé tout voyage dans ce pays.

De quoi faire craindre une sérieuse rechute de l'activité touristique alors que celle-ci a enregistré une hausse de 12,1 % en 2015, avec 1,52 million de visiteurs. « Cette affaire nous inquiète et nous touche à la fois au niveau économique, politique et au niveau identitaire », déclare le ministre du Tourisme, Michel Pharaon, à L'Orient-Le Jour. « Depuis 2012 il y a déjà eu cinq ou six appels de ces pays à quitter le Liban pour des raisons sécuritaires, mais cette fois-ci la crise semble prendre une plus grande ampleur, car elle a été accompagnée du gel de l'aide de l'Arabie saoudite de quatre milliards de dollars à l'armée libanaise », note Nicolas Chammas, président de l'Association des commerçants de Beyrouth (ACB). Or, en 2012, la perte des touristes du Golfe s'était traduite par une chute générale de 17,5 % en rythme annuel, à 1,37 million de visiteurs.

(Lire aussi : Salamé rassure sur la livre dans un climat de psychose entretenu par Riyad)

 

Irremplaçables ?

Mais depuis, la donne a sensiblement changé : « Les retombées sur le secteur touristique vont dépendre de la longueur de cette crise, mais cela fait déjà plusieurs années que le nombre de touristes du Golfe se rendant au Liban est en baisse pour des raisons sécuritaires, donc l'impact à ce niveau sera minime », observe M. Pharaon. « Ces touristes avaient diminué de 60 % par rapport à 2011. Bien que certains continuaient à venir, car ils sont très attachés à ce pays et y ont une résidence secondaire, ils n'encourageaient pas le secteur touristique directement mais plutôt le secteur commercial », rappelle Imad Wehbé, responsable des ressources humaines à l'agence de voyages Sun Holiday Tours.

Si les touristes irakiens, jordaniens ou européens ont donc compensé numériquement ceux du Golfe, beaucoup de professionnels considèrent néanmoins ces derniers comme irremplaçables : « Les touristes du Golfe représentaient 60 % des ventes détaxées par an en 2011, dont 25 % pour la seule Arabie saoudite. De plus, un touriste du Golfe dépense en moyenne cinq fois plus que les autres touristes. Nous ne pouvons donc pas nous passer de ces derniers ni abandonner le tourisme de luxe », déplore M. Chammas. « Nous ne pouvons pas faire une croix sur ces touristes, il faut rester optimiste », rappelle Rita Saad, directrice des relations publiques à l'hôtel Le Gray.

N'ayant prise sur les événements, les professionnels sont néanmoins contraints de songer à des alternatives. « Les touristes chinois seraient un atout de taille pour le Liban, car ils ont un pouvoir d'achat important. De plus, ce marché est gigantesque », explique M. Chammas. Selon un rapport de l'agence Global Blue en 2015, les Chinois sont les touristes qui dépensent le plus dans le monde depuis quatre ans, devant les Russes. Ce sont ces mêmes raisons qui ont poussé l'agence de voyages Sun Holiday Tours à proposer des packages à destination des touristes chinois : « Pour l'instant ils sont encore trop peu nombreux à venir, mais le projet avance à petits pas », explique Imad Wehbé.

Image ternie

Autre piste, subventionner les billets d'avion en provenance de Jordanie, d'Égypte et d'Irak pour permettre d'abaisser le prix du billet d'avion à 100 dollars – contre environ 270 aujourd'hui – et permettre d'attirer cette clientèle. La demande a été formulée au ministère du Tourisme et au Premier ministre en janvier, elle est pour l'instant restée lettre morte.

De son côté, le ministère du Tourisme travaille depuis quelques années sur le développement de marchés plus ciblés et à même d'attirer d'autres profils. « Nous avons lancé plusieurs initiatives pour le tourisme durable – tourisme rural, expatrié, médical et religieux –, et si ces nouveaux segments prennent du temps pour se développer, ils ont le bénéfice d'être résilients aux minicrises », expose M. Pharaon. Reste néanmoins à régler un autre problème, de taille :
« La crise actuelle va contribuer à ternir l'image du Liban à l'international », résume le président du syndicat des établissements touristiques, Jean Beyrouthi. Pour M. Pharaon, « la crise des déchets a été plus néfaste pour le secteur touristique que la crise politique, la crise actuelle avec l'Arabie saoudite...».




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IMB a SPO

Vous croyez vraiment qu'avec le HEZ en charge du Pays vous allez avoir des touristes???? Faut pas rever! Faut nettoyer toute la zbeleh du Pays (les politiques et la vrais) avant de penser a attirer les touristes...

AIGLEPERçANT

Le génie libanais en marche pour contrer la barbarie ben saoudite même habillée en prada.

On a pas besoin de ce genre de clientèle arrogante et inculte.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES SUBSTITUTS... AUX PIEDS NUIS, AUX CALECONS COUSUS ET AUX POCHES TROUEES... IL Y EN A EN TONNES... MAIS ILS SONT TOUS POUR PRENDRE ET NON POUR DONNER...

M.V.

Ben voyons ...faut faire de la pub ..chez les éboueurs de tous pays ...car ils ont 'habitude de barbotaient dans les ordures en pleine rue ...

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