Nos Lecteurs ont la Parole

Joseph Saadé : une leçon pour notre mémoire

Hommage
06/04/2016

Joseph Saadé nous a quittés à l'âge de 86 ans, le 30/3/2016, peut-être en inconnu pour la génération qui n'a pas vécu et subi les premières années des guerres multinationales au Liban en 1975-1990.
Joseph Saadé est parmi les premiers membres de l'équipe dynamique pour la relance du journal Le Jour, en 1964, avec lequel fusionnera plus tard L'Orient. Il était notre compagnon, attelé à la tâche de la maquette du journal et ses suppléments, père tranquille, avec de très bons rapports professionnels et amicaux avec tous. Nous étions pour la plupart plus jeunes que lui, dans la chambre adjacente. Il allait et venait pour s'enquérir d'une difficulté ou pour lancer une boutade.

* * *
Ses épreuves tragiques commencent avec le commencement des guerres au Liban. En septembre 1975, son premier jeune fils, Roland, est kidnappé et assassiné. En décembre 1975, son second jeune fils, Élie, est encore kidnappé et assassiné dans la région de Fanar !
Dans le cadre de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente, créée dans les années 1980 en vue d'un sursaut collectif salutaire contre le Liban arène de conflits régionaux et internationaux et trottoir, au sens péjoratif français, je pense aujourd'hui à Joseph Saadé, le père tranquille et le professionnel zélé qui s'est trouvé englouti dans l'engrenage, qui le dépasse et nous dépasse tous, de la violence meurtrière et mortifère. Chacun de nous, le plus paisible en apparence, peut passer de l'état de victime à celui de bourreau, lui-même englouti dans la violence périlleuse et sans issue.

* * *
Quand on aborde le problème de la mémoire des guerres au Liban avec un légalisme superficiel, quand on dénonce toute amnistie, quand on vocifère contre tous les militants et toutes les milices et on exige, en vue de la paix civile, la culpabilisation de soi-disant acteurs internes, souvent victimes, instruments ou pions, je pense à l'expérience tragique du paisible et tranquille collègue et père de famille, Joseph Saadé.
La violence est en chacun de nous. Une stratégie planifiée et diabolique de peur, de mort et d'autodéfense peut ravager une société démantelée. Combien on risque de mal comprendre nombre d'acteurs internes dans les guerres au Liban.
Le fait d'avoir accepté de témoigner de son expérience la plus pénible – peu l'ont fait et le font – est la preuve que, enfin, humainement, il est sorti du cycle infernal. Seule la compassion, la miséricorde, de source divine, nous permet d'appréhender et de vraiment comprendre une situation aussi extrême. Ceux qu'on croit méchants peuvent êtres des victimes malheureuses.
Joseph Saadé mérite de retrouver la paix à laquelle il a tant rêvé. Telle est la leçon de Joseph Saadé, amputé de ses deux jeunes fils et de lui-même : la miséricorde.

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel Chaire Unesco-USJ

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