X

Culture

Coup de foudre pour un violoncelle !

Rencontre/Festival al-Bustan

Vingt et un printemps. En une alliance explosive, toute la fougue et la maturité du monde. Prodigieux Edgar Moreau. Il interprète ce soir au violoncelle une œuvre majeure et périlleuse de Prokofiev. Rencontre pour délier les cordes d'un accord, d'une fusion, d'un lien secret...

15/03/2016

Superfatigué après un voyage de plus de quinze heures entre taxi, train et avion pour rentrer de Chambéry à Paris. Pour avoir joué un Sextuor de Brahms pour les 40 ans de Renaud Capuçon, qui, justement, venait de boucler sa valise et sa boîte de violon à Beit Méry sous les vivats des festivaliers. Départ de l'un, accueil de l'autre, ce sont les chassés-croisés de l'Auditorium Émile Bustani...
Allure d'absolue jeunesse avec cheveux en bataille, souriant visage d'un enfant de chœur, hoodie gris à capuchon sur T-shirt noir, baskets, doigts longs et fins (atout pour la vélocité, précise-t-il) pour le jeune violoncelliste qui est au devant de la scène depuis l'âge de 17 ans. Avec des propos fluides et simples, mais non sans pertinence.

Voilà mon destin
Moreau, c'est de la famille de Gustave le peintre, ou de Jeanne l'actrice ? « Ni l'un ni l'autre, répond-il du tic au tac, en toute complicité. Si Edgar est un prénom unique et rare, autant Moreau est un nom courant en France... Si je n'ai pas dans la famille des artistes, mon père, marchand de tableaux, a quand même longtemps fréquenté la rue Drouault. Et c'est là, dans une boutique, que j'ai vu pour la première fois une petite fille à sa leçon de violoncelle. Ce fut un coup de foudre ! Non pour la petite fille, mais pour le violoncelle. Et depuis, voilà mon destin... »
Certains auteurs ont comparé les galbes d'une femme aux courbes d'un violoncelle. Quelle part de vérité accordez-vous à cette analogie ?
« La comparaison tient la route. On tient cet instrument entre les bras, les jambes, on le serre. C'est une posture sensuelle, et la comparaison avec le corps d'une femme illustre bien un contact humain... C'est porteur... »
Comment situez-vous cette Symphonie concertante de Prokofiev que vous allez jouer ce soir en soliste avec l'Orchestre des jeunes d'Arménie ? « Je la joue pour la première fois. C'est une œuvre pleine de couleurs et dépeint l'URSS de cette époque. C'est un pastiche d'un contexte historique. S'il y a beaucoup de violence, il y a aussi des passages de tendresse, d'irréel. C'est une alternance russe. Pourquoi c'est difficile ? Il y a la célérité, le rythme soutenu, pas de mouvement lent : ça n'arrête pas, c'est une avalanche de notes. C'est épuisant et demande beaucoup d'investissement. »

Rostropovitch roi
Pour Edgar Moreau, son violoniste préféré, dans un dosage équilibré de l'humain et de l'artistique, c'est Rostropovitch. « On a tant écrit pour lui, dit-il, et il a apporté tant à la musique et au violoncelle. Mais il y a aussi Yo-Yo Ma, pour son modèle de partage... »
Jeune homme parfaitement dans le vent, le musicien apprécie le sport (mais jamais de temps suffisant pour pratiquer son fitness...), la lecture (Balzac, Zola et Bel-Ami, de Maupassant), mais là aussi le temps fait défaut.
Et y a-t-il une œuvre en particulier que le jeune virtuose aimerait interpréter un jour ? Grand sourire et petite confidence : « Des concerti pour violon, que je transcrirai pour violoncelle... Sibelius, Tchaïkovsky... »
Et pour en venir à cet accueil libanais, pays et public confondus ?
« Très heureux d'être au Liban, dit le musicien. Le Liban, c'est plus enrichissant que d'autres destinations... Lieu agréable (en faisant allusion à ce coin réception du Bustan), un mélange suisse, oriental, italien, et la gentillesse des gens. Pour faire de la musique, ici, tout est super... »


---

 

Programme et récompenses

Deuxième prix du XIVe concours Tchaïkovski à Moscou en 2011, prix du Jeune soliste du dernier concours Rostropovitch en 2009, premier prix et plusieurs prix spéciaux au Young Concert Artists de New York en novembre 2014, Révélation instrumentale 2013 et Soliste instrumental 2015 aux Victoires de la musique classique, Edgar Moreau interprète ce soir, dans le cadre du Festival al-Bustan, en soliste au violoncelle La symphonie concertante de Prokofiev. Pour lui donner la réplique, l'Orchestre des jeunes d'Arménie sous la direction de Sergey Smbatyan qui donnera par la suite Les tableaux d'une exposition de Moussorgsky.

 

Lire aussi
Quand deux violoncelles font vibrer les pierres de Mar Sassine

Un violon roi pour Bach, au seuil du paradis

Renaud Capuçon : « J'aime être sur scène parce que les premières fois étaient heureuses »

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

Je te/nous hais !

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué