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Culture

Un violon roi pour Bach, au seuil du paradis

Festival al-Bustan

Découvrir et savourer le violon de Renaud Capuçon. Un état de grâce (bien court, hélas !) entre terre et ciel.

07/03/2016

Sa réputation de violoniste haut de gamme n'est plus à faire. Pas plus que son allure de jeune premier pour des fans (surtout du côté féminin) qui hurleraient sur son passage comme pour une superstar rock. Et pourtant, pour la star du violon, c'est bien d'un répertoire éminemment classique qu'il s'agit.
Samedi soir, dans le cadre du Festival al-Bustan, il a joué exclusivement du Bach. Avec, en vedette, un Guarneri ayant appartenu à Isaac Stern niché sur son épaule, au creux du cou. Comme quoi les légendes sont chevillées aux légendes...
Pour les deux Concerto (n1 et 2) du Cantor de Leipzig qui ont gommé le temps en cette soirée, la réplique est donnée, sous la double férule de Capuçon en tant que soliste et chef d'orchestre, par l'Ensemble des cordes du Philharmonique de Géorgie.
Comment expliquer cet enchantement, cette féerie baroque comme une bague échappée à un Laurent le Magnifique, un François Ier ou un dauphin de Mayence, ce rayonnement d'une musique lumineuse venue du plus bel et chantant humanisme de la Renaissance ?


Il est certain que toutes les fées se sont penchées sur le berceau de ce violoniste hors pair pour cumuler jeunesse – le Français a tout juste 40 ans –, charme, distinction, port princier, netteté d'un archet au son incomparable et sens premier d'une mélodie restituée dans sa plus resplendissante beauté native.
Il y a du conte musical dans ce concert où s'épanouissent en fines arches sonores les phrases à l'architecture dentelée du maître de chapelle de Kothen. De par la fascinante et sidérante interprétation de Renaud Capuçon. Qui lui confère une dimension particulière et particulièrement grisante.
Une interprétation qui met dans la coupe de sa boîte à errance une approche subtile et irréprochable, entre souplesse de jeu, sans raideur aucune, et spiritualité intense nimbée d'une narration au naturel confondant.
Dialogue cependant peu lisse entre les cordes d'un orchestre aux accents peu chaleureux (surtout dans ce Divertimento de Mozart en solo d'ouverture orchestrale) et le lyrisme d'un violon omniprésent, vif, sans effets outranciers ou démonstration tapageuse.


Fluidité d'un instrument qui ne s'embarrasse pas de sensationnel mystique ou de prosodie baroque guindée. Mais touche surtout par une immense impression de sérénité, d'élévation et d'épanouissement. Une touche terrienne, portée par un esprit limpide, léger, insaisissable. Comme un souffle aérien chargé de poésie.
On s'arrête devant la précision de ces attaques, devant ces réverbérations de cordes frottées qui jettent des étincelles sans aveugler, devant l'ampleur juste des timbres et la pureté de source des sons. Ceux d'un violon inspiré, discrètement habité, qui sait doser richesse et scintillement.
Les cheveux châtain clair coupés « neat and clean », vêtu d'un costume sombre avec chemise blanche et cravate noire, Renaud Capuçon, sous les trombes d'applaudissements et après avoir fait la révérence à l'auditoire, lance : « Je suis très heureux d'être au Liban que je visite pour la première fois. »
En rappel, la reprise du joyeux premier mouvement du Concerto n1 suivie par la suite, en solo absolu du violon, par un frémissant chant de sirène, captivant et au bord d'un cœur en chamade : un air d'Orphée en quête d'Eurydice dans les ténèbres selon Gluck... Non une descente aux enfers, mais une remontée vers la lumière, au seuil du paradis !

 

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