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Économie

Quand l’hôtellerie libanaise tourne à deux vitesses

Conjoncture

Alors que les syndicats professionnels tirent la sonnette d'alarme, le secteur continue pourtant à attirer les investissements et développer de nouvelles stratégies pour inverser la tendance.

04/11/2015

« La situation du secteur touristique est catastrophique », a lancé la semaine dernière le président du syndicat des hôteliers du Liban, Pierre Achkar, lors d'une conférence de presse. Une déclaration alarmante qui fait écho à sa décision de fermer son hôtel, le Markazia Monroe suites au centre-ville : « Si la situation n'évolue pas, je vais mettre la clé sous la porte à la fin de l'année. Notre taux d'occupation est de 42 % et nous avons dû abaisser les prix des suites, passant de 250 dollars la nuit à 110 dollars depuis fin août. Malgré ces mesures, nous n'arrivons toujours pas à attirer de nouveaux clients ! »
déplore Pierre Achkar. « Nous avons déjà perdu notre clientèle du Golfe, des clients irremplaçables du fait qu'ils se rendent au Liban généralement pour de très longs séjours et ont un fort pouvoir d'achat », continue-t-il. S'ajoute à cela la récente dégradation de la situation politique du pays. « La demande s'est dégradée depuis la crise des déchets, car les touristes "culturels" européens, qui se rendaient encore au Liban, ont arrêté de venir », renchérit Jean Beyrouthi, président du syndicat des établissements touristiques.

 

Guerre des prix
Une crise touristique qui semble donc se creuser de plus en plus, même si les professionnels du secteur font état d'une substitution de cette demande. « Les touristes du Golfe ont été remplacés par des ressortissants irakiens ou égyptiens qui viennent visiter le Liban pour la plupart en groupe. Mais ils n'ont pas le même pouvoir d'achat. Donc, pour réussir à attirer ces nouveaux clients, une "guerre des prix" s'est déclenchée dans l'hôtellerie de luxe. Les hôtels cinq étoiles ont parfois dû aligner leurs tarifs sur ceux des quatre étoiles pour attirer cette nouvelle clientèle », explique Nagi Morkos, PDG du cabinet de conseil en tourisme et hôtellerie Hodema.


Une situation qui se répercute sans conteste sur le parc hôtelier libanais. Selon Jean Beyrouthi, les taux d'occupation des hôtels à Beyrouth pour le mois d'octobre n'excèdent pas les 45 % tandis que les tarifs moyens des chambres ont été divisés par deux : de 80 à 220 dollars, ils atteignent désormais les 40 à 150 dollars depuis août. « Les hôtels sont obligés de fermer la moitié de leurs chambres pour limiter leurs coûts, et, bien que les hôtels du centre-ville soient les plus touchés, la crise fait tache d'huile et se répercute aussi sur ceux en dehors de Beyrouth », explique-t-il.
« Nous n'avons pas eu d'investissements dans le secteur hôtelier depuis une longue période, notre personnel qualifié quitte le Liban pour travailler dans les pays arabes où la demande est soutenue, et les investisseurs libanais préfèrent se tourner vers l'étranger. Nous avons urgemment besoin d'une initiative politique pour sauvegarder ce secteur », s'inquiète Jean Beyrouthi.

 

Nouveaux venus
Pourtant, les professionnels s'accordent à dire que les performances de l'année 2015 restent meilleures que celles de 2014. « L'année 2015 a bien démarré, même si cette tendance pourrait être entravée par la crise non résolue des poubelles. Jusqu'au 31 juillet 2015, les taux d'occupation d'hôtels étaient de 56 % contre 48 % sur la même période en 2014, tandis que le taux moyen de vente de la chambre est de 179,7 dollars, soit 11,6 % de plus que l'année dernière sur les mêmes périodes. Ce, même si nous restons loin derrière l'année faste de 2010 avec 73 % d'occupation », explique Nagi Morkos, en citant les chiffres du rapport annuel d'Ernst & Young.


Malgré tout, la situation n'a pas réussi à décourager les investisseurs puisque plusieurs projets hôteliers ont été annoncés ces dernières semaines : le Mandarin Oriental a par exemple annoncé le 8 septembre sa venue au centre-ville en 2018 contre un investissement de 208 millions de dollars avec 280 chambres, 25 appartements et 103 résidences de luxe attendus. Autre projet confirmé, le Golden Tulip ouvrira ses portes à Jounieh dès 2016 avec 60 chambres et suites pour un investissement de 12 millions de dollars. Enfin, l'hôtel Le Gray a informé L'Orient-Le Jour du début de ses travaux d'agrandissement, prévus pour être achevés avant Noël 2016. « Nous allons augmenter la capacité de l'hôtel avec 18 nouvelles chambres, des salles de conférences, une salle de projection ainsi qu'un lobby. Agrandir va nous permettre d'accéder à un nouveau marché, le marché MICE (NDLR : acronyme anglais de Meetings, Incentives, Conferencing, Exhibitions), car il y a une forte demande à ce niveau », explique Rita Saad, directrice des relations publiques de l'hôtel Le Gray, qui n'a pas souhaité communiquer le montant des investissements. Un projet qui témoigne d'une stratégie de diversification d'un l'hôtel qui, lui, connaît un taux d'occupation de 65 % pour le seul mois d'octobre. « Nous avons fait le choix stratégique de ne pas seulement dépendre de l'arrivée des touristes, et avons donc aussi misé sur les hommes d'affaires qui eux se rendent au Liban toute l'année », continue Rita Saad. Une stratégie dont pourront s'inspirer d'autres acteurs, si la crise touristique peine toujours à se résorber...

 

 

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M.V.

A deux vitesses.. ? ou sans dérailleur...? car sinon ...il ne reste que la marche avant et la marche arrière ...

AIGLEPERçANT

Comme dans toute situation economique , on a un prix plancher et un prix maximum .

Le prix plancher proche des caniveaux d'evacuation des dechets , et le prix max celui des clienst honorable qqui ne viennent plus a cause de la crise presente et a venir , chez eux .

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