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Nos Lecteurs ont la Parole - Adib Y. TOHMÉ

Les dix commandements pour la destruction d’un pays : (II) annihiler les ressources

Dans une première partie, j'ai expliqué, en cinq premiers commandements, comment détruire un pays en donnant l'illusion de le reconstruire par un travail de sape de l'État. Mais cela n'est pas suffisant, il faut annihiler les ressources et dénaturer la pensée. C'est ce que je vais développer dans les cinq derniers commandements suivants :

Sixième commandement :
avoir les idées fixes
L'idée est d'une simplicité brutale : après le hold-up sur la livre libanaise au début des années 1990, le Liban introduit le taux de change fixe. Un dollar oscille aux alentours de 1 500 livres libanaises. On a crié au génie, et on ne cesse de le répéter en toute occasion. Le Liban expérimente alors les conséquences typiques de la mise en place d'une politique de stabilisation du taux de change. Les premières années de ce régime de change peuvent paraître favorables économiquement, à savoir une appréciation réelle du taux de change et une explosion des flux d'investissements et de la consommation, et ce malgré une quasi-absence de compétitivité. Les chiffres de la croissance s'améliorent, mais la détérioration de la balance commerciale est inquiétante. Celle-ci se trouve masquée à court terme par la stabilisation de la balance courante en raison des transferts d'argent de la diaspora vers le Liban. L'emprunt est utilisé pour maintenir le niveau des dépenses publiques, en partie au profit des groupes d'intérêts politiques et financiers.
Cependant, si le pays ne réussit pas à mettre en place les réformes structurelles nécessaires à l'intégration dans la mondialisation et pour se départir de ses pratiques clientélistes, cette politique devient un surcoût difficile à supporter pour l'économie. Les premières années de stabilisation n'ont été en définitive que le prélude à une croissance ruineuse des dépenses et de l'emprunt.

Septième commandement :
vider le pays de ses ressources humaines
Les premières victimes de ce système sont les jeunes qui, frappés par le chômage, soumis à une concurrence internationale élevée et à un environnement qui se dégrade, sont obligés de partir. Il faut que les jeunes talents, ceux qui ne supportent plus de vivre dans l'hypocrisie et la manipulation permanente, ceux qui veulent exister en tant qu'individus et non pas en tant que loques humaines, émigrent pour envoyer de l'argent vers ce système. Il faut qu'ils convertissent leur temps, leurs efforts, leur solitude et leur éloignement en argent comptant pour faire vivre tous les parasites publics et un tout petit peu leurs propres familles. C'est le prix à payer, et çà tout le monde le sait. Mais ce qu'on ne sait pas, c'est le flux contraire, cette immigration vers le Liban. Ceux qui partent sont remplacés par d'autres qui arrivent, mais pas dans la même catégorie, ni dans les mêmes proportions. À la longue, un remplacement de population se trame, lentement, insidieusement, inexorablement. Le Liban régresse et la classe politique semble dire : « Si le système ne plaît pas au peuple, on change le peuple. »

Huitième commandement :
vider le pays de ses ressources naturelles
Il ne suffit pas de remplacer un peuple, il faut rendre le pays inhabitable. Pour cela, rien de plus simple. Le Liban c'est quoi ? Une mer et une montagne ? La nature et l'air pur ? Il faut tout démolir. Il faut privatiser la mer, la rendre inaccessible, la cannibaliser et ériger des murs entre le peuple et sa mer. La mer était là, elle a disparu. Derrière les façades de béton, dressées comme des emblèmes indécents du pouvoir de la richesse, ce qui subsiste c'est une mer poubelle. Et les montagnes, abîmées elles aussi par la loi sur la légalisation des constructions illégales au début des années 1990 et par la distribution des licences de carrières pour l'extraction de roches et de sables aux hommes forts du régime. Le tout, en faisant croire au peuple qu'on est en train de reconstruire sa capitale, alors que celle-ci appartient à une société privée.

Neuvième commandement :
abrutir le peuple

Il faut transformer les citoyens en des consommateurs effrénés. La société a ses nouveaux temples, les centres commerciaux qu'on appelle couramment « malls ». Ce sont les nouveaux lieux de culte dans lesquels on est ensemble, mais chacun est seul devant l'objet de ses désirs. Les malls rivalisent de grandeur et témoignent de la régression de notre société. Puis il y a la guerre contre l'éducation et la délivrance de certificats de fin d'études depuis l'école (baccalauréat), sans parler de la triche érigée comme phénomène de société. On apprend aux écoliers à tricher depuis le plus bas âge et on se demande comment ils vont devenir incorruptibles après. Abrutir le peuple c'est aussi annihiler ses droits et ses choix dans les droits et les choix de sa communauté. C'est le manipuler par des médias créés dans l'unique dessein de manipuler et de rendre les gens idiots. Ils rivalisent de programmes absurdes et élèvent les charlatans et les voyant(e)s au rang de faiseurs d'opinions.

Dixième commandement :
tuer la démocratie

La légalité, c'est ce qui appartient au pouvoir, la démocratie, ça appartient au peuple. Un Parlement légal, mais non démocratique et vicié dans son essence, et n'a pas le droit de représenter le peuple et d'élire un président en son nom. Depuis le début des années 1990, le peuple a été mis à l'écart par la confiscation de son droit de vote. Par la nomination des députés par le gouvernement, la promulgation de lois censée amener au pouvoir des députés sur mesure, le déplacement des populations pour garantir l'élection des députés choisis, l'achat des voix, le chantage et la prolongation des mandats des députés existants. La liste est longue et le résultat est consternant. L'élite a organisé la société pour son propre bénéfice au détriment de la majorité du peuple. Et les protestations pour des droits égalitaires des communautés sont le plus souvent des disputes pour le partage des ressources entre les chefs de ses communautés. Chacun en fin de compte s'est enrichi et a enrichi sa clique. Leurs intérêts ne sont pas nos intérêts, leurs combats ne sont pas nos combats.
Voyez où nous en sommes. Pour nous en sortir, il faut faire le chemin inverse, le contraire de ses commandements. Par où commencer ? Par nous organiser, nous mettre d'accord sur les objectifs, mettre en place une stratégie. Savoir ce qu'on veut, sur les valeurs spirituelles qui nous unissent et nous guident, et se tenir à ses valeurs. Ce qui passera après est tout simplement secondaire.

Adib Y. TOHMÉ


Dans une première partie, j'ai expliqué, en cinq premiers commandements, comment détruire un pays en donnant l'illusion de le reconstruire par un travail de sape de l'État. Mais cela n'est pas suffisant, il faut annihiler les ressources et dénaturer la pensée. C'est ce que je vais développer dans les cinq derniers commandements suivants :
Sixième commandement :avoir les idées...

commentaires (2)

CONFIEZ-LE AUX LIBANAIS...

LA LIBRE EXPRESSION

09 h 33, le 01 octobre 2015

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Commentaires (2)

  • CONFIEZ-LE AUX LIBANAIS...

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 33, le 01 octobre 2015

  • "Pour nous en sortir, il faut faire le chemin inverse. Par où commencer ? Par nous organiser, nous mettre d'accord sur les objectifs, mettre en place une stratégie. Savoir ce qu'on veut, sur les valeurs spirituelles qui nous unissent et nous guident, et se tenir à ses valeurs." ! Oui, OK, mais qui ça, NOUS ; khallîîîlé yééék ; Mister Adib ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 56, le 01 octobre 2015

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