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Droits des femmes

Un programme permet à trente entrepreneuses de s’émanciper en développant leur société

Les 30 entrepreneuses primées par al-Majmua posent avec leur certificat. Photo : D.R.

Tout sourire, Mona Hachem, 47 ans, lève les bras en victoire vers le ciel avant de descendre du podium après la photo officielle prise lors de la cérémonie organisée hier à l'hôtel Monroe pour clôturer le programme biennal de formation à l'entrepreneuriat organisé par l'ONG de microcrédit libanaise al-Majmua, en partenariat avec la fondation Cherie Blair. Cette femme au foyer de 47 ans a commencé il y a deux ans à fabriquer des savons dans une salle vide du bureau de son mari. Dans le cadre du programme, elle a été formée entre autres à la finance, au marketing ou à la relation avec les banques. « Mon ambition, c'est d'avoir un jour mon propre magasin, de pouvoir embaucher et exporter à l'étranger », explique-t-elle.

Sortir du secteur informel
Mona fait partie des 30 femmes les plus prometteuses sur plus de 300 sélectionnées lors du début du projet dans les secteurs du design, de la santé et l'alimentation, le commerce électronique et les services destinés aux femmes. « Le modèle classique, c'est une femme au foyer de plus de 35 ans. Ses enfants ont grandi, elle a besoin d'un peu d'argent et commence une petite entreprise chez elle. Mais elle est vite bloquée : elle ne peut pas exporter ou devenir fournisseuse, car elle évolue dans le secteur informel », explique Nada Yared, directrice exécutive du cabinet de conseil ECE, qui a participé à l'élaboration d'un rapport constitué de plusieurs recommandations afin de faciliter l'accès des femmes entrepreneuses aux marchés.
La première d'entre elles porte sur l'intégration des Libanaises à l'économie formelle. Le défi est de taille : une femme sur quatre travaille au Liban, selon la Banque mondiale. Pour l'ECE, trois quarts des entrepreneuses œuvrent dans l'informel. En cause ? Plusieurs types de barrières à l'entrée. « Enregistrer son entreprise coûte cher : entre 2 000 et 3 000 dollars, en plus des frais d'avocat. Nous proposons donc qu'une femme puisse s'enregistrer sous son nom personnel, ce qui coûte environ 300 dollars. Plus tard, elle pourra s'enregistrer en tant qu'entreprise », explique l'économiste Roger Melki, qui a participé à l'élaboration du rapport. Il y a aussi des obstacles culturels. « Si une femme demande un prêt personnel à sa banque, on demandera une garantie de la part de son père ou son frère », s'indigne Maya Margie Younès, de la banque BLC. Cet établissement propose aux femmes entrepreneuses des prêts sans garantie allant jusqu'à 20 000 dollars. Au total, 61 % des femmes entrepreneuses qui ont participé au projet d'al-Majmua ont fait une demande de prêt.

 

(Lire aussi : Les microentreprises, un vecteur d'émancipation des femmes rurales au Liban)

 

Changer le statut personnel ?
Le rapport préconise aussi d'alléger les taxes les trois premières années suivant l'enregistrement des sociétés et la création d'une unité dédiée aux femmes entrepreneuses au sein du ministère de l'Économie. « Cela les aiderait à se créer un réseau, en les mettant en contact avec les ONG appropriées par exemple », précise Roger Melki. Le rapport recommande que ce réseau soit appuyé par un portail Internet détaillant les démarches nécessaires : mise en contact avec la diaspora libanaise, commerce en ligne et possibilités d'accès aux marchés européens.
« Il faudrait aussi un suivi de la part des autres ministères concernés par les nombreuses discriminations qui touchent les femmes, comme le fait qu'elles n'aient pas accès à la Caisse nationale de Sécurité sociale dans certains secteurs tels que l'agriculture, ou qu'elles n'ont pas les mêmes droits que les hommes en termes de succession », proteste Raghida Ghamlouch, militante contre les violences domestiques. « Toutes les lois discriminatoires ont été recensées par la Banque mondiale en 2011. On sait exactement ce qu'il faut faire », relève l'ancien ministre de l'Économie Nasser Saïdi. « Malheureusement, les droits de la femme sont intimement liés à la loi sur le statut personnel, qui est régie par la religion. D'où la frilosité des hommes politiques qui hésitent à s'attaquer à la loi », ajoute-t-il.

 

*Cet article a été rectifié le 17 septembre à 22h00

 

 

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