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Économie

Deux femmes entrepreneuses lauréates des Brilliant Lebanese Awards

Liban - Récompense

Deux femmes entrepreneuses ont été récompensées lors de l'édition 2014 des Brilliant Lebanese Awards, organisés par la BLC Bank pour promouvoir le développement des PME au Liban. Portraits croisés d'Aline Kamakian du restaurant Mayrig, lauréate du prix de la femme entrepreneuse de l'année, et de Sawsan Jabri, fondatrice des centres d'amaigrissement Diet Center, élues meilleures business de l'année.

22/12/2014

 

Aline Kamakian, la combattante

Aline Kamakian n'a jamais aimé les projecteurs. Ce dont elle se régale, ce sont les camera obscura : les cuisines, par exemple, du restaurant Mayrig (« grand-mère » en arménien) qu'elle dirige depuis onze ans. De fait, Aline Kamakian n'avait jamais imaginé se retrouver à « pitcher » sa carrière devant un jury. Pourtant, il y a quelques semaines, cette cuisinière en chef est devenue la femme entrepreneuse de l'année.

L'histoire commence il y a quelques mois quand l'une des organisatrices du concours Brilliant Lebanese Award, organisé par la BLC Bank, l'approche avec cette question : « N'aimerais-tu pas que ton succès encourage d'autres femmes à se lancer ? » Pour Aline Kamakian, la réponse ne fait pas de doute : c'est oui.

Femme entrepreneuse, Aline l'est assurément. Son emploi du temps fonctionne sur 15 heures de travail par jour. Quant à son agenda, les pays s'y télescopent souvent. Car Aline et son cousin Serge Maacaron, avec qui elle est associée depuis le lancement de Mayrig en 2003, ne se sont pas contentés du succès du restaurant de Gemmayzé. En 2013, ils ouvrent à Dbayé « Batchig by Mayrig » (« bisous de grand-mère » en arménien), pour un investissement de 2,2 millions de dollars. D'une capacité de 200 places, ce bistrot arménien propose des mets arméniens traditionnels, aux recettes revisitées.

Aujourd'hui, les deux associés lancent les boutiques « Made in Mayrig ». La première a été ouverte en même temps que Batchig ; la seconde doit être inaugurée avant le Nouvel An sur la devanture de Mayrig, rue Pasteur, pour un investissement de 70 000 dollars.

 


Aline Kamakian a été élue femme entrepreneuse de l'année lors de la cérémonie des Brilliant Lebanese Awards en décembre.


Aline Kamikian voit plus grand que le Liban : en 2009, elle et son cousin ont signé une première franchise à Djeddah (Arabie saoudite). Le contrat a été rompu au bout de deux ans faute de parvenir à s'entendre avec le prête-nom local. « Cela a été aussi une bonne leçon », souligne Aline Kamakian. Mieux préparés, en 2013, ils inaugurent une nouvelle franchise Mayrig à Dubaï pour un investissement de 2 millions de dollars et une capacité d'accueil de 200 places. Ils s'apprêtent même à retourner à Djeddah avec un nouveau partenaire.

Rien ne prédestinait pourtant Aline Kamakian à cette vie de femme d'affaires. À 46 ans, cette autodidacte revient même de loin : à treize ans déjà, elle multipliait les petits boulots. Preneuse de lumière... Employée à tout faire... « Dès mon plus jeune âge, mon père a voulu que je sois une femme forte, indépendante, prête à affronter la vie », se souvient-elle.
À 18 ans, à la mort de son père, elle entame ce qui est toujours son « vrai » métier : les assurances. D'abord, dans un cabinet de courtage, puis dans sa société, créée à 27 ans, qu'elle continue de gérer, Insurance Investment Company. « Mon business, ce sont les contrats d'assurances ; ma passion, c'est Mayrig », souligne-t-elle.

Lorsque le cabinet a atteint sa vitesse de croisière, Aline Kamikian cherche à réaliser le rêve de son père : « Tenir un restaurant. » L'idée de Mayrig émerge lors d'un déjeuner en famille : son cousin lance l'idée. Elle le suit. En tout, ils investissent 150 000 dollars, en partie sur fonds propre, en partie grâce à un prêt bancaire. Le vendredi suivant, le contrat de location du local de Gemmayzé est signé. Le succès est immédiat. « Nous avions prévu de fermer le dimanche. Nous n'avons jamais pu. » Aujourd'hui, Mayrig emploie une centaine de salariés dont une quarantaine de femmes arméniennes.

On pourrait imaginer qu'avec pareille réussite, elle lâche du lest. Ce serait mal la connaître. « Aujourd'hui, je veux conquérir le monde avec Mayrig », dit-elle, avec ce côté « combattante prête à tout », qui la distingue.
Elle étudie désormais le marché jordanien, et compte ouvrir d'ici à un an un établissement à Londres, tout en regardant aussi vers Los Angeles.

 

 

Sawsan Jabri, la diététique à domicile

Sourire au coin des lèvres, Sawsan Wazzan Jabri a du mal à dissimuler sa fierté : son entreprise « Diet Center » a été distinguée meilleur business de l'année, lors des Brilliant Lebanese Award, organisés par la BLC Bank. « J'ai concouru face à six personnalités différentes, qui représentaient des entreprises de secteurs de pointe, comme des applications mobiles, insiste-t-elle. Alors oui, je suis surprise, mais aussi très fière de ce prix. »

Pour cette mère de quatre enfants, l'entreprise qu'elle a fondée avec son mari en 1990 est un peu un cinquième bébé. Son concept est simple : Diet Center livre à domicile des plats diététiques préparés en fonction du régime alimentaire de chacun. Le client est d'abord reçu par un diététicien de l'équipe de Diet Center. Son « profil diète » déterminé, l'entreprise lui livre ensuite ses différents repas selon son « ordonnance ».

 

Le prix du meilleur business de l'année délivré par la BLC est revenu à la société de Sawsan Jabri, Diet Center.

 

Avec deux centres et deux boutiques, cette PME emploie aujourd'hui une centaine de salariés au Liban. On la retrouve également en Arabie saoudite, au Qatar et au Koweït où Sawsan Jabri et son mari ont également lancé un réseau de franchises. Son mari gère plus spécialement l'Arabie saoudite où ils se sont implantés à Riyad en 1995, à Djeddah en 1998, puis Khobar en 2006. Dans ce pays, Diet Center emploie près de 1 000 personnes.
Le secteur est, il est vrai, juteux : aux États-Unis, où le concept est né, les Weight Watcher et autres Jenny Craig pèsent pour près de 60 milliards de dollars. Au Liban, entre 150 et 300 clients souscrivent à un programme de ce type tous les mois, selon la fondatrice des Diet Centers. Ses abonnements sont aussi relativement onéreux : entre 780 dollars et 1 100 dollars mensuels. L'an passé, Sawsan Jabri a investi 100 000 dollars pour lancer « Tickle », un traiteur made in « Diet Center » pour les événements grand public ou professionnels.

Formée à la diététique sur les bancs de l'Université américaine de Beyrouth (AUB), Sawsan Jabri a quitté le Liban en 1988 pour fuir la guerre de 1975. Direction les États-Unis où elle découvre le marché colossal des centres de diététique. Quand elle rentre en 1990, elle veut importer ce concept, encore inconnu au Liban. Le couple investit 300 000 dollars pour lancer le premier « Nutrition and Diet Center » à Verdun, qui se transformera bientôt en Diet Center, plus simple à retenir. En 1996, Sawsan Jabri ouvre en plus à Hamra une boutique proposant à la vente les produits préparés « Made in Diet Center » pour un investissement de 150 000 dollars. La même année, elle a l'idée de préparer des mets de la gastronomie libanaise en version allégée, qui viennent s'ajouter à l'un de ses grands succès, son burger light.
Sawsan Jabri ne s'en tient pas là : en 2008, elle inaugure un second centre, à Rabié, pour un investissement de 100 000 dollars.

Passée la cinquantaine, Sawsan Jabbri aspire à transmettre le flambeau à ses quatre enfants. « Durant ces 25 ans, mon plus grand obstacle n'a été ni les prêts bancaires ni les caprices politico-sécuritaires au Liban, mais la difficulté à concilier ma vie de famille et mon business. » Cette révolution-là, elle la laisse à ses enfants.

 

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Ali Farhat

Bravo les filles! Pendant que les autres fabriquent des bombes, pendant que certains utilisent leurs couteaux pour égorger le prochain, VOUS.. vous nous faites du tabboulé et kibbé nayyé... On préfère ce que vous faites, vous, avec les coutaeux et puis... dans le manger, il y a là un des plaisirs majeurs de la vie.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE BONNES CUISINIÈRES... MAIS : KHAFIFOULNA HAL AKEL BAA... C'EST POURQUOI NOS ABRUTIS BYIKBAR BATNONE OU BYIZGHAR 3A2LONE !!!

Houri Ziad

La reussite Libanaise est seulement dans la bouffe...franchement ce n'est pas trop glorieux...

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