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#LaRépubliquePoubelle

Crise des déchets : le Conseil des ministres annule les résultats des appels d'offres

Le gouvernement décide d'accorder 100 millions de dollars sur trois ans pour le développement du Akkar.

Le Conseil des ministres, réuni en session extraordinaire, mardi 22 août. Photo Ani

Le Conseil des ministres, réuni mardi en session extraordinaire au Grand sérail, a décidé d'annuler les résultats des appels d'offres pour la gestion des déchets des six régions du pays, considérant que les prix proposés par les entreprises, et dont les offres ont été retenues, étaient très élevés.

Le ministre de l’Environnement, Mohammad Machnouk, "a souligné que les prix des offres étaient élevés, et qu’ils ne devaient pas être retenus", a déclaré le ministre de l'Information, Ramzi Jreige, dans un communiqué lu à l'issue du Conseil. "Après débat, le Conseil des ministres a donc décidé de rejeter les résultats des appels d’offres", a-t-il dit. Le dossier sera par conséquent renvoyé à la commission gouvernementale en charge du dossier.

L'ouverture des plis, lundi au siège du Conseil du développement et de la reconstruction, avait révélé les noms des sociétés qualifiées. Aussitôt après, les critiques ont fusé de toutes parts, notamment sur deux points : les prix proposés par les compagnies, jugés trop élevés, et ce qui semble être un partage politique des parts,  même si les principaux intéressés s'en défendent.

Le président du Parlement Nabih Berry avait ainsi déclaré, lundi, que l'appel d'offres "devrait être remis en question en raison des prix très élevés, susceptibles de grever le budget de l'État, ou alors il devrait être annulé totalement". L'entrepreneur Riad el-Assaad, l'un de ceux qui ont remporté les offres, avait lui aussi estimé que les prix étaient "très élevés et calculés sur mesure", ajoutant cependant que s'il y avait eu plus de compétition, "les prix auraient été plus bas".

Mardi, le leader du Parti socialiste Progressiste, Walid Joumblatt, a de son côté affirmé que le résultat des appels d'offres pour la gestion des déchets ménagers est "un grand scandale". Il a estimé que les appels d'offres devraient être refaits sur la base de nouvelles règles, assurant par ailleurs qu'il n'a pas de liens avec des sociétés désignées.

Le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, a également indiqué qu'"il faudra revoir les prix proposés dans le cadre de cet appel d'offres qui sont beaucoup plus élevés qu'attendu". Le ministre d'État Nabil de Freige a lui aussi déclaré qu'il faudra revoir les prix "si cela est possible". "Nous voulons une justification des prix proposés", a également exigé Alice Chaptini, ministre des Déplacés. Quant au ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, il a affirmé qu'on pouvait "refaire les appels d'offres".

"Un grand cafouillage"
Le Conseil des ministres, réuni mardi en session extraordinaire au Grand sérail, a finalement décidé d'annuler les résultats des appels d'offres pour de nouvelles discussions. Une réunion ordinaire du gouvernement est prévue jeudi.

Après plusieurs heures de débats houleux, les ministres du Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun, ceux du Hezbollah et du Tachnag se sont par ailleurs retirés de la séance avant sa fin. Le parti des Marada (de Sleimane Frangié) a expliqué que le ministre Rony Araiji n'était pas à la session car en voyage à l'étranger et a indiqué être solidaire de la décision des ministres alliés de se retirer.

"Le consensus au sein du gouvernement est un impératif constitutionnel", a martelé quelques heures plus tard le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, lors d'un point de presse. "Toute autre formule porte atteinte au principe du partenariat. Nous n'accepterons pas de siéger dans un gouvernement où le consensus est absent. S'il n'y a pas de consensus, nous n'irons pas en Conseil des ministres".

Réagissant à l'annulation des résultats des appels d'offres, le chef des Forces libanaises (FL) Samir Geagea, a critiqué le processus dans son intégralité. "La manière dont se sont déroulés les appels d'offres, et dont les résultats ont été annulés, et ce qui s'est passé en Conseil des ministres aujourd'hui, sont preuve d''incompétence, d'irresponsabilité et d'un grand cafouillage", a affirmé M. Geagea sur sa page Twitter.

Le Hezbollah a appelé à mettre un terme à la crise des déchets qu'il a qualifiée de "mascarade". "Il faut mettre un terme aux conséquences négatives de cette crise des déchets qui sont une mascarade, afin de trouver des solutions raisonnables à court terme, pavant la voie à un plan stratégique", a souligné le parti. "Il faut mettre un terme à la corruption au niveau de ce dossier afin de prémunir nos enfants et protéger leur avenir et celui de notre société".

Le président du Mouvement écologique libanais et membre de la campagne "Vous Puez!", Paul Abi Rached, a de son côté salué l'annulation des résultats des appels d'offres."Nous sommes heureux d’apprendre cela, et nous remercions le Conseil des ministres pour cette décision. Les Libanais n’avaient auparavant pas leur mot à dire quant aux décisions du gouvernement. Aujourd’hui ce n’est plus le cas", a-t-il lancé depuis la place Riad Solh.

 

100 millions de dollars pour le Akkar
Par ailleurs, M. Jreige a souligné que "le Conseil des ministres a décidé d’accorder au Conseil du développement et de la reconstruction 100 millions de dollars sur trois ans pour des projets de développement, d’infrastructure et de services publics au Akkar (Liban-Nord). Le Premier ministre (Tammam Salam) a souhaité que cela puisse apporter une solution immédiate à la crise. La population du Akkar pourrait nous aider à trouver une solution à la crise des déchets".

La mise en place d'une décharge dans cette région du nord afin d'accueillir les déchets de la capitale et ses environs, en échange de projets de développements est débattue depuis plusieurs jours entre les différents responsables et pôles politiques concernés. Il n'est toujours pas clair si une telle solution pourrait être appliquée. Le ministre de la Justice Achraf Rifi a exprimé son refus de voir une décharge créée dans le Akkar, tout en réclamant un plan de développement pour la région.

Le ministre de l'Information a également affirmé que "le Premier ministre a rappelé que le gouvernement doit assumer ses responsabilités, étant la dernière institution étatique à fonctionner. Il a ajouté : Les dégâts causés par la crise des déchets (…) touche toute la nation et nécessite des solutions immédiates.

Interrogé à sa sortie du Grand sérail, M. Jreige a assuré à la LBCI que les déchets seront ramassés des rues de la capitale et de ses environs par la société Sukleen, dont le contrat est arrivé à terme le 17 juillet dernier. Il a affirmé que Beyrouth et ses banlieues seront propres d’ici deux jours, sans plus de précisions.

 

Après plusieurs heures de débats houleux, les ministres du Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun, ceux du Hezbollah et du Tachnag se sont retirés de la séance avant sa fin. "Nous nous sommes retirés de la séance car de nombreuses parties insistent à ne pas écouter les revendications allant dans le sens d'un véritable partenariat", a déclaré le ministre hezbollahi Hussein Hajj Hassan cité par la LBC. "Nous nous sommes retirés car nous sommes opposés à cette pièce de théâtre censée résoudre la crise des déchets", a de son côté indiqué le ministre aouniste Gebran Bassil.

Réagissant au retrait de ses collègues, le ministre de la Justice a critiqué leur comportement, estimant que "les premiers à avoir porté atteinte au principe du partenariat sont le CPL et le Hezbollah".

 

Enquête
Par ailleurs, M. Rifi a indiqué avoir "contacté le procureur général pour qu'il poursuive son enquête" relative aux violences qui ont eu lieu place Riad Solh durant le weekend, en marge des manifestations citoyennes organisées pour dénoncer notamment l'incurie du gouvernement face à la gestion de la crise des déchets. M. Rifi a également estimé que même si le Hezbollah a affirmé hier, lors de sa dix-septième séance de dialogue avec le Courant du Futur, qu'il n'a rien à voir avec les agitateurs infiltrés parmi les manifestants, "la décision sécuritaire sur la scène chiite lui appartient ".

Dimanche, pour la deuxième journée consécutive, des Libanais s'étaient rendus par milliers dans le centre-ville de Beyrouth pour dénoncer l'incapacité du gouvernement à trouver une solution à la crise des déchets. Des appels à la démission du gouvernement ont également été lancés. Mais la manifestation avait fini par dégénérer. Des agitateurs ont lancé des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre présentes sur la place Riad el-Solh et ces derniers ont riposté à coup de jets d'eau et de bombes fumigènes et lacrymogènes.

 

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Le Conseil des ministres, réuni mardi en session extraordinaire au Grand sérail, a décidé d'annuler les résultats des appels d'offres pour la gestion des déchets des six régions du pays, considérant que les prix proposés par les entreprises, et dont les offres ont...

commentaires (3)

Il est vraiment dommage que les Mandataires Protecteurs français de la "Mère" tendre et hanoûne soient partis, en 43, si tôt ! Äâââl "indépendance", äâââl !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

15 h 09, le 25 août 2015

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Commentaires (3)

  • Il est vraiment dommage que les Mandataires Protecteurs français de la "Mère" tendre et hanoûne soient partis, en 43, si tôt ! Äâââl "indépendance", äâââl !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 09, le 25 août 2015

  • CAMOUFLAGE DES INTÉRESSÉS... LOGIQUEMENT SI UNE SEULE SOCIÉTÉ AURAIT ÉTÉ CHOISIE SON COÛT À LA TONNE POUR TOUT LE PAYS SERAIT BEAUCOUP PLUS BAS... MAIS... IL FAUT PARTAGER LE GÂTEAU QUITTE À CE QUE LE CONTRIBUABLE PAIE PLUS ! COMME çA : HABSA IL GHALLÉ... OU HABSA IL...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 40, le 25 août 2015

  • Oui pour la baisse des prix, a condition de commencer par eliminer la marge pot-de-vin par en-dessous de la table.

    Remy Martin

    12 h 25, le 25 août 2015