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Culture

L’« escale » des artistes d’outre-Masnaa dans Beyrouth « l’accueillante »

Quatre ans après le soulèvement en Syrie

Tarek Butayhi, 33 ans, originaire de Damas, expose actuellement à la galerie Art on 56th. Comme d'autres créateurs forcés de quitter la Syrie, il a choisi de s'installer à Beyrouth. Temporairement ? Il en parle.

16/03/2015

« J'ai été contraint de quitter la Syrie il y a deux ans et demi, pensant y retourner après six mois. Malheureusement, la situation s'est détériorée et le provisoire a duré. »
Ces mots sont ceux de Tarek Butayhi, le jeune et talentueux peintre syrien. « Si je fais face quotidiennement à Beyrouth à certains problèmes d'ordre matériel (loyer, cherté de vie), je me considère cependant chanceux d'avoir eu la reconnaissance du milieu artistique libanais, notamment par l'intermédiaire de la galerie qui accueille mes œuvres pour la deuxième fois, alors que beaucoup de mes amis vivent encore dans la misère en Syrie. Il faut dire que la cherté de vie et l'instabilité sécuritaire ne sont pas des problèmes qui touchent uniquement les exilés syriens, mais aussi tous les Libanais. En outre, n'ayant subi en Syrie que des pertes d'ordre matériel alors que mes autres compatriotes ont enterré des êtres chers, ce serait indécent de me plaindre », reconnaît-il.

C'est donc par pudeur que l'artiste choisit de ne pas trop s'attarder sur la peine morale infligée par les pertes de sa maison et de son atelier, pas plus que sur les difficultés encourues à la frontière syro-libanaise. Il préfère parler de cette belle occasion qui s'est présentée à lui et de ce Liban qui l'accueille avec une hospitalité artistique et un contexte propice à la liberté d'expression.
Tarek Butayhi ouvre donc une nouvelle page sans pour autant tourner la précédente. Il lui aurait été impossible, avoue-t-il, d'exposer en Syrie ses portraits de femmes affichant leur nudisme, ni ses croquis aux postures provocatrices. « Au Liban, ces œuvres sont fort appréciées », note-t-il, confiant à ce propos que ses ventes ont excédé ce qu'il aurait pu récolter en dix ans de travail dans son pays natal. Il aurait ainsi gagné, en l'espace de deux ans, une belle reconnaissance et une bonne visibilité.

Ressent-il un sentiment de marginalisation ? Aurait-il perçu une sorte de ras-le-bol de la part des Libanais vis-à-vis de la présence « envahissante » des Syriens ? « Pour ma part, je n'en ai pas souffert alors que d'autres me rapportent certains échos malveillants. Mais là encore, c'est compréhensible. La Syrie, bien avant le Liban, avait eu à gérer le raz-de-marée irakien et des déplacés et autres réfugiés par centaines de milliers. Cela est un problème d'ordre national qui ne doit pas toucher un artiste », élude-t-il.
Qu'envisage-il de faire à l'avenir ? « Il y a un an, nous avions encore de l'espoir, mais aujourd'hui, nous savons qu'il n'y a pas de possibilité de retour, du moins pas avant une dizaine d'années. Rester au Liban ne serait pas raisonnable, d'autant que la sécurité y demeure précaire. Il faudrait songer à partir de nouveau. Probablement vers l'Europe ou Dubaï. Beyrouth aura donc été une pause, une station agréable et accueillante. »

 

Lire aussi dans notre dossier spécial : Quatre ans après le soulèvement en Syrie
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